Tout-électrique en 2035 : deux géants allemands préviennent, "nous fonçons à pleine vitesse contre un mur"
En voulant bannir les moteurs essence et diesel neufs dès 2035, l'UE risquerait de précipiter l'industrie automobile dans un crash annoncé, estiment les géants du secteur.

- Publié le 12-08-2025 à 17h26
- Mis à jour le 12-08-2025 à 21h41

En quelques jours, les CEO des deux géants allemands Ola Källenius (Mercedes-Benz) et Oliver Zipse (BMW) ont sonné la même alarme. Celle qui indiquerait que l'Europe prend un virage dangereux avec son calendrier d'interdiction des véhicules essence et diesel neufs. Et ils n'ont pas l'intention de rester les bras croisés.
"Nous avons besoin d'un retour à la réalité. Sinon, nous fonçons à pleine vitesse contre un mur", lance Ola Källenius. Le patron de Mercedes-Benz et président de l'Association des constructeurs européens (ACEA), ne mâche clairement pas ses mots. Dans un entretien accordé le 11 août 2025 au quotidien allemand Handelsblatt relayé par BusinessAM, il cible directement l'interdiction programmée, à partir de 2035, des ventes de voitures thermiques neuves dans l'Union européenne.
Effet pervers du tout-électrique
Selon lui, cette mesure risque de déclencher un effet pervers. Lequel ? Un rush sur les modèles essence et diesel juste avant la date butoir, puis un marché en chute libre, incapable de basculer vers l'électrique.
Mais que propose-t-il comme alternative ? Plutôt qu'une interdiction radicale, le patron de Mercedes défend une "décarbonation technologiquement neutre", c'est-à-dire créer une fiscalité incitative, baisser le coût de recharge et instaurer une compétitivité renforcée face aux marques chinoises. Le tout sans déstabiliser l'économie d'un secteur qu'il considère déjà sous pression.
Quelques jours avant cette sortie, Oliver Zipse, patron de BMW, avait déjà planté le décor lors du bilan semestriel mitigé de son groupe. "Mettre tous ses œufs dans le même panier est préjudiciable à un secteur."
Certes, BMW et Mini ne sont pas en reste sur l'électrique – 25 % des ventes européennes du groupe sont déjà à batterie – mais son CEO refuse le virage tout-électrique imposé par l'UE. Il plaide en effet pour un mix technologique où l'hydrogène, les carburants synthétiques et les hybrides auraient encore leur place. Selon lui, plus de 250 millions de véhicules déjà en circulation dans l'UE pourraient réduire dès maintenant leurs émissions grâce aux carburants renouvelables si seulement le cadre réglementaire et les investissements suivaient.
Voilà donc un appel du pied qui pourrait influencer les instances politiques européennes. Ces deux interventions rapprochées ne doivent en tout cas rien au hasard. Elles traduisent un front commun de l'industrie automobile européenne à l'approche de la révision, prévue au second semestre 2025, du texte actant l'interdiction des moteurs thermiques neufs.
