"Demande irrationnelle": DAZN et les opérateurs se déchirent, les fans de foot belges pris en otage
Alors que la sixième journée de la Pro League commence ce vendredi, aucun accord entre DAZN et les opérateurs télécoms n'a été trouvé, les négociations n'ont encor rien donné. Les supporters belges en sont les premières victimes.

- Publié le 28-08-2025 à 14h10
- Mis à jour le 29-08-2025 à 09h37
La hache de guerre n'est pas encore enterrée entre DAZN et les opérateurs télécoms en Belgique. Au détriment des fans de football belges, en particulier pour ceux qui suivent les championnats nationaux (la Jupiler Pro League (D1) et la Challenger Pro League (D2), qui ne sont toujours pas diffusés via les canaux classiques en l'absence d'accord.
En coulisses, les tensions restent fortes. Voire montent, alors que des discussions ont lieu ce jeudi.
Quel est le problème ?
DAZN, la plateforme britannique qui a obtenu les droits TV pour le football (belge et européen, bien qu'il ne soit pas l'unique acteur pour les diffusions européennes), vend ses abonnements directement au consommateur (à un prix minimum actuellement en promotion de 19,99 euros par mois en cas de souscription annuelle, et de 34,99 euros par mois pour la formule "total" sans engagement annuel), mais souhaite aussi vendre les droits aux opérateurs télécoms. La raison ? De nombreux Belges passent encore via la TV classique pour regarder le football, et cela représente un public conséquent.
Enfin, DAZN, qui a obtenu un accord plus avantageux que par le passé, n'a déboursé "que" 79 millions d'euros uniquement pour les droits de diffusion en direct des matches de première division entre 2025 et 2030, contre 100 millions pour la période précédente. Somme qui couvrait néanmoins à la fois les droits live, les rediffusions et divers programmes annexes. Aujourd'hui, DAZN paierait au total environ 84 millions d'euros. La plateforme précise toutefois que l'économie réalisée sur le deal concerne surtout les contenus auxiliaires, et non les droits de diffusion en direct, sans fournir davantage de détails.
Les opérateurs télécoms - Proximus, Orange et Telenet - entendent profiter de cette "baisse" dont bénéficie DAZN pour renégocier leur accord avec la plateforme britannique, détentrice des droits du football belge. "On ne veut plus perdre de l'argent ni subsidier le football belge", confie une source du secteur, qui souligne que les opérateurs n'ont plus "tant d'intérêt" à maintenir la diffusion. Dans le contexte actuel, poursuit-elle, cela "ferait grimper le prix des abonnements télécoms", ce que les consommateurs verraient d'un mauvais œil.
Le gros problème pointé du doigt par l'ensemble des opérateurs est que DAZN souhaite vendre l'ensemble du football dans un seul et même pack, sans possibilité de n'acheter "que" les matchs du championnat belge, comme cela a été le cas jusqu'à présent.
Mais précisons – élément important – que depuis cette saison, les trois opérateurs Proximus, Orange/Voo et Telenet ont signé des accords pour diffuser la Premier League anglaise et la Bundesliga allemande, dont Telenet a acquis les droits, ce qui limite les intérêts des opérateurs à conclure un accord avec DAZN pour l'achat de l'ensemble des championnats européens.
"On ne voit pas pourquoi on devrait leur faire une autre offre (...). Quand tu as une offre comme cela, tu acceptes."
"Ce serait illogique de vendre autre chose aux opérateurs télécoms que ce qu'on vend à nos clients. Ils ont toujours pris les championnats étrangers par le passé. On ne voit pas pourquoi on devrait leur faire une autre offre", explique une source chez DAZN, qui affirme que le montant négocié au départ était certes élevé, mais qu'il aurait désormais diminué de manière conséquente. "Quand tu as une offre comme cela, tu acceptes", affirme-t-elle.
Plus le temps passe, plus ça sent mauvais
Du côté des opérateurs télécoms, qui voient déjà leurs abonnements TV en diminution, on nous affirme que le sport n'est plus "la" priorité, bien que ce soit également une posture de négociation.
"La proposition initiale était irrationnelle (...). C'est facile de baisser les prix par après. Il y a eu des efforts de la part de DAZN mais ça reste déséquilibré."
Chez Proximus, le porte-parole Fabrice Gansbeke avance que "la proposition initiale était irrationnelle". "C'est facile de baisser les prix par après. Il y a eu des efforts de la part de DAZN mais ça reste déséquilibré", avance-t-il.
"Au stade actuel, la dernière étape est qu'on a fait une contreproposition et on attend une réponse. On a l'ambition de continuer à offrir le foot belge à nos clients, mais à des conditions réalistes et raisonnables. On calque ce genre de décision d'investir ou non dans les droits sur la réalité du marché. C'est l'équilibre entre ce que les clients sont prêts à payer et l'investissement demandé par l'autre partie. Et là, on n'y est pas. Et le marché est sous pression ces dernières années", explique-t-il.
"Les clients sont frustrés, on le comprend bien, ils veulent suivre leur équipe préférée, mais la discussion est bloquée", avance-t-il.
Chez Orange, même son de cloche que Proximus, à peu de chose près.
"On reste sur notre position, le dialogue est ouvert, on n'a pas fermé la porte. Mais il y a un statu quo. On veut arriver à un deal qui convienne à toutes les parties", explique Sven Adams, le porte-parole.
Précisons que les clubs ainsi que les sponsors des clubs commencent à grincer des dents, car la visibilité des matchs est actuellement réduite, alors que la sixième journée de championnat commence ce vendredi. DAZN communique par ailleurs sur ses chiffres exceptionnels de "vues", mais pas sur les abonnements effectifs, bien qu'on nous assure qu'ils sont en forte hausse.
Une pression de la maison-mère de DAZN ?
Si DAZN Belgique nous affirme être constructif dans les discussions, plusieurs acteurs du secteur des télécoms ainsi que des observateurs du domaine estiment que la maison-mère de DAZN Belgique pourrait lui forcer la main à être très dur dans les négociations, pour taper dans la fourmilière et voir à quel point DAZN pourrait se passer des opérateurs télécoms à l'avenir, alors que les clients se détournent de plus en plus de la télévision classique. "Une tendance dont on est conscient", répond un opérateur. Mais reste à voir si cela est viable pour la plateforme... À quasiment 35 euros par mois pour un abonnement sans souscription annuelle, un fan de foot ne profiterait que d'une poignée de matches de son club par mois, ce qui fait "cher" le match. Autant aller directement au stade, serait-on tenté de dire.
"C'est tout à fait faux. Ce sont des rumeurs."
"C'est tout à fait faux. Ce sont des rumeurs. Il n'y a aucune volonté d'être uniquement en B2C (business to consumer, donc en contact direct avec les clients, sans intermédiaires business comme les opérateurs, NdlR). Si tel était le cas, on n'aurait jamais fait les propositions faites", affirme Jan Mosselmans, directeur des programmations de DAZN Belgique, à propos de cette prétendue volonté de la maison-mère.
"On a eu des discussions ce jeudi matin avec un opérateur mais ça n'avance pas du tout. Après des mois de négociations, sans résultats tangibles, la chance d'obtenir un accord disparaît de plus en plus. Malgré les dernières propositions faites qui avançaient significativement par rapport aux requêtes des opérateurs télécoms. On veut continuer à discuter, mais il faut que ces intentions se reflètent chez les opérateurs, sinon ce sont des paroles en l'air. Surtout pour les fans qui méritent de la transparence", avance-t-il encore.
"Soit on a un deal avant fin septembre, soit ce sera foutu pour la saison"
"C'est le bras de fer. Les opérateurs et DAZN poussent pour voir si une des parties craque. Pour les spectateurs, les sponsors et les clubs, ce n'est pas une bonne chose. Les opérateurs peuvent vivre sans. Ça ferait mal, c'est embêtant, mais ça ne remplit pas leurs caisses. Et plus le temps passe, moins le deal est intéressant pour eux", avance encore une autre source du secteur.
"Soit on a un deal avant fin septembre, soit ce sera foutu pour la saison", lance cette même source. Mais il nous revient que les discussions de ce jeudi pataugent encore.
Le risque de l'illégalité
Pour les opérateurs comme pour DAZN, le risque de l'absence d'accord est également que les consommateurs se tournent vers les offres illégales de diffusion du football, comme l'IPTV, qui a déjà fortement grimpé en Europe ces dernières années. On estime à près de un million d'utilisateurs en Belgique et plus de 20 millions en Europe.
"Sans deal, tout le monde sera perdant", avance un observateur. "Enfin, côté technique, multiplier les apps devient embêtant. C'est quand même plus facile quand tout est intégré à la télévision", avance-t-il.
Enfin, il nous revient que certains utilisateurs de DAZN ont souscrit à la promo spéciale de cet été de 7 jours gratuits, mais qu'ils n'ont pas réussi à se désinscrire avant la fin des 7 jours à cause d'un problème technique, et se sont vus basculer directement sur l'abonnement le plus cher à 34,99 euros par mois (sans engagement annuel donc).
"On est conscients du problème, c'est une question technique et il y a toujours moyen de résilier l'abonnement. Les clients peuvent contacter le service et c'est réglé", précise le responsable programmation de chez DAZN.
Notons enfin que pour la Champions League, championnat des meilleurs clubs européens, Proximus (avec Pickx) et RTL ont déjà les droits de diffusion. D'ailleurs, étant donné que l'USG et Bruges en font partie, ces matches seront donc déjà diffusé, sans forcément passer par l'application DAZN donc.
