Chez Alan, IA et emploi font la paire : "Le rôle des personnes se transforme, il ne disparaît pas"
La "licorne" française, active dans l'assurance santé, fait la démonstration que l'IA ne se substitue pas à l'humain. Démonstration par Charles Gorintin, cofondateur et CTO d'Alan.

- Publié le 09-11-2025 à 10h00

Fondée en 2016 par Jean-Charles Samuelian-Werve et Charles Gorintin, deux entrepreneurs de la French Tech, la société Alan a rapidement acquis le statut de "licorne". Sa valorisation s'élève aujourd'hui à 4 milliards d'euros.
En moins de dix ans, Alan est parvenue à s'imposer sur un marché – celui de l'assurance santé – occupé par quelques grands acteurs historiques (dont les groupes mutualistes). La société opère aujourd'hui en France, en Espagne, en Belgique et au Canada. Elle revendique un portefeuille de plus de 970 000 membres et 35 000 entreprises (indépendants, PME, grandes entreprises, etc.), avec un chiffre d'affaires annuel récurrent proche des 700 millions d'euros.
Le numérique et l'intelligence artificielle ont joué un rôle important dans l'ascension rapide d'Alan. "Il y a eu trois phases dans notre stratégie IA, nous explique Charles Gorintin, "chief technology officer" d'Alan. La première a été de considérer l'IA comme une source de gains de productivité pour tous les collaborateurs de l'entreprise. C'est, par exemple, la retranscription automatique de réunions. La deuxième phase a été de recourir à l'IA pour réduire le coût et augmenter la qualité de processus existants, comme la transcription des factures. Aujourd'hui, c'est automatisé. Au lieu de prendre plusieurs jours, ça permet de rembourser nos affiliés en quelques minutes. Cela change complètement l'expérience. Enfin, la troisième phase a été d'identifier les services et les produits rendus possibles par l'IA générative. Un exemple : notre assistant médical qui, sous la supervision de médecins, permet d'avoir une réponse immédiate à des questions. Cela change complètement l'expérience du client".
"L'IA, c'est 10% de technologie et 90% d'humain. La question est de savoir comment on réinvente la manière dont on travaille."
Alan démontre que le recours à l'IA peut aller de pair avec la création d'emplois. De deux en 2016, la société est passée à 700 collaborateurs en moins de dix ans. "On automatise des tâches, on n'automatise pas des personnes. Le rôle des personnes se transforme, il ne disparaît pas, insiste Charles Gorintin. Je répète souvent que l'IA, c'est 10 % de technologie et 90 % d'humain. La question est de savoir comment on réinvente la manière dont on travaille. Le rôle de l'humain va être beaucoup moins dans l'exécution, avec des missions qui peuvent être aliénantes, et beaucoup plus dans la supervision et l'orchestration".
Levier d'innovations
Sur les gains de productivité générés par l'IA, Charles Gorintin conteste la thèse défendue par Daron Acemoglu, professeur au MIT et Prix Nobel d'économie en 2024. Selon M.Acemoglu, l'IA n'amènerait que 0,5 % de productivité cumulée sur les dix années à venir. "J'ai eu un débat assez musclé avec lui sur le sujet. Daron Acemoglu raisonne dans le cadre d'une économie statique. Les choses ne sont évidemment pas figées. L'IA va être un levier d'innovations importantes, ce qui va alimenter les gains de productivité dans les prochaines années".
Charles Gorintin reste, enfin, convaincu de la nécessité de continuer à se former au code informatique. "Le métier de développeur évolue. Il devient moins important d'apprendre la syntaxe que de comprendre la philosophie derrière les techniques de code. Grâce à l'émergence du 'vibe coding' – ou, plutôt que d'écrire chaque ligne de code, le développeur décrit l'intention et l'IA crée le code fonctionnel, NdlR -, chacun devient capable de développer des outils utiles à l'accomplissement de son travail".
