Un énorme "convoi à la Mad Max" plein d'uranium, probablement à destination de Poutine, arraché des mains de la France
Le Niger met fin à son partenariat avec l'entreprise française Orano pour son uranium. Un important convoi d'uranium traverserait le Sahel, potentiellement à destination de la Russie. Ce qui provoque de sérieuses inquiétudes.

- Publié le 05-12-2025 à 08h12
- Mis à jour le 05-12-2025 à 11h28

Le Niger, dirigé par un régime militaire, a annoncé dimanche dernier vouloir revoir sa stratégie concernant l'exploitation de ses ressources naturelles, en particulier l'uranium. Le pays a décidé de rompre son partenariat avec Orano (ex-Areva) et de mettre son uranium à disposition du marché international, sous la loi du plus offrant.
Cette annonce intervient peu après la perte du contrôle de la mine de Somaïr (Société des mines de l'Aïr), dans le nord du Niger, par Orano. Le site a été nationalisé par Niamey en juin dernier. L'entreprise française en détenait jusqu'alors 63,4 % des parts, contre 36,6 % pour l'État nigérien.
"Une décision souveraine", a déclaré publiquement le dirigeant Abdourahamane Tiani, arrivé au pouvoir en 2023 à la suite d'un coup d'État.
Russie et Iran en embuscade ?
Les autorités nigériennes affichent désormais clairement leur volonté de vendre leur uranium à de nouveaux partenaires, notamment l'Iran et la Russie. Cette dernière avait déjà exprimé son intérêt en juillet pour exploiter les gisements nigériens. Elle joue d'ailleurs depuis des années sur le ressentiment "anti-français", lié à l'histoire coloniale, en Afrique de l'Ouest pour en tirer bénéfice.
C'est "le droit légitime du Niger de disposer de ses richesses naturelles, de les vendre à qui souhaite acheter, dans les règles du marché, en toute indépendance", a affirmé quant à lui Abdourahamane Tiani.
1 300 tonnes de concentré d'uranium seraient entreposées sur le site, qui disposerait de réserves de plus de 200 000 tonnes.
Selon Orano, qui aurait perdu le contrôle opérationnel de la Somaïr dès décembre 2024, environ 1 300 tonnes de concentré d'uranium ("yellow cake"), d'une valeur estimée à 250 millions d'euros, resteraient entreposées sur place.
Le gisement est quant à lui considéré comme l'un des plus importants du monde, avec des réserves estimées à 200 000 tonnes. Le Niger fournit actuellement près de 4,7 % de l'uranium mondial.
Un convoi d'uranium de 170 millions de dollars ?
Selon l'AFP, qui a tenté de vérifier des informations relayées par LSI Africa et Wamaps (un collectif de journalistes spécialisé dans la sécurité au Sahel), un convoi transportant 1 000 tonnes d'uranium serait récemment parti d'Arlit, où se situe la Somaïr, pour rejoindre le port de Lomé, au Togo. Valeur estimée autour de 170 millions de dollars (environ 150 millions d'euros). Le tout en passant par le Burkina Faso depuis la fermeture de la frontière avec le Bénin. L'AFP n'a pas pu confirmer ces éléments pour le moment, mais plusieurs vidéos, diffusées sur divers canaux ainsi que sur TV5 Monde, semblent corroborer cette hypothèse.
"Un convoi à la Mad Max"
Le tracé passe par ailleurs dans une région déjà déstabilisée par les violences et tensions, notamment celles provoquées par l'État islamique au Grand Sahara et le JNIM (le groupe salafiste Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin). Ce transport suscite donc de fortes inquiétudes sécuritaires.

TV5 Monde relaie des propos faisant état "d'un convoi à la Mad Max" d'une quarantaine de camions. Celui-ci se dirigerait vers Lomé, où l'attendrait un navire russe, le Matros Shevchenko, depuis plusieurs jours.
Orano dénonce un transport illégal, rappelant avoir obtenu un jugement en sa faveur du CIRDI (le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), un tribunal d'arbitrage rattaché à la Banque mondiale.
"Le tribunal arbitral avait enjoint l'État du Niger de ne pas vendre, ni céder, ni même faciliter le transfert à des tiers de l'uranium produit"
"Ce transport contrevient à la décision prononcée en faveur d'Orano le 23 septembre 2025. Le tribunal arbitral avait enjoint l'État du Niger de ne pas vendre, ni céder, ni même faciliter le transfert à des tiers de l'uranium produit par la Somaïr", précise l'entreprise.
Reste à savoir si le convoi parviendra à destination, et si c'est bien la Russie de Vladimir Poutine qui se cache derrière ce potentiel achat.
