Belfius, Ethias, Ageas : les scénarios qui circulent
Des grandes manœuvres se préparent dans le secteur financier belge. Certaines opérations comme la montée en puissance de BNP Paribas dans Ageas pourraient avoir un effet domino.

- Publié le 16-12-2025 à 08h09
- Mis à jour le 16-12-2025 à 08h24

Privatisation partielle de Belfius, montée en puissance de BNP Paribas dans le groupe d'assurances Ageas, mission donnée au fonds souverain SFPIM de mener une réflexion sur l'avenir d'Ethias : les lignes bougent dans le secteur financier belge. Ces différents sujets seront, on l'imagine, évoqués ce mardi au conseil d'administration de la SFPIM. Car il s'agit bien d'institutions dans lesquelles le holding public fédéral est directement ou indirectement impliqué. D'autant que les enjeux s'entremêlent.
Qui va racheter les 20 % de Belfius ?
Quinze après avoir nationalisé Dexia Banque rebaptisé depuis Belfius, le gouvernement fédéral a fini par donner son feu vert à une privatisation partielle du bancassureur. Les discussions ont pris plus de temps que prévu car Georges-Louis Bouchez continuait d'exiger qu'une fusion entre Belfius et l'assureur Ethias soit d'abord menée à bien. Pour apaiser le président du MR et ainsi faire avancer les discussions, le gouvernement a mandaté la SFPIM en vue d'analyser une éventuelle fusion. Mais au sein du gouvernement De Wever personne ne croit à ce scénario, nous indiquent des sources bien informées.
Il se raconte que Belfius a déjà testé l'intérêt d'investisseurs institutionnels belges comme étrangers (compagnies d'assurances, fonds de pension, etc) pour une entrée dans le capital. Mais la difficulté consistera sans doute plus à s'entendre sur un bon prix que de trouver des candidats. La valeur comptable du bancassureur dirigé par Marc Raisière était en juin de 12,3 milliards d'euros, ce qui donnerait 2,5 milliards pour 20 %. Un montant qui ne prend pas en compte quelques dossiers qui devraient pousser le prix à la baisse, dont celui des coopérateurs d'Arco. Ces derniers réclament une compensation de leur soutien lors des augmentations de capital de Dexia au moment de la crise bancaire de 2008-2009. À cela s'ajoute aussi une éventuelle décote liée au fait que les actionnaires n'auront même pas une minorité de blocage. Dans les milieux gouvernementaux, on cite le montant de deux milliards pour les 20 %.
Un changement d'actionnaires chez Ethias ?
L'assureur Ethias est détenu par l'État fédéral (via la SFPIM) et les Régions flamande et wallonne, à concurrence d'un tiers du capital pour chacun. Une fusion entre Belfius et Ethias, dont Georges Louis Bouchez rêve, nécessiterait donc l'accord des deux actionnaires régionaux. Or, ces derniers ne montrent pas la moindre velléité de vendre. Et dans le gouvernement De Wever, on l'a dit, personne ne semble le vouloir non plus. Et il pourrait être d'autant moins enclin à privatiser Ethias que le groupe BNP Paribas est entrain de monter en puissance dans Ageas, maison-mère d'AG Insurance, première compagnie d'assurance en Belgique. Cette opération, annoncée la semaine dernière, a en effet relancé les craintes qu'AG Insurance passe un jour sous le contrôle total des Français à l'instar de ce qui s'est passé avec Fortis Banque.
Que rôle pour la SFPIM chez Ageas ?
Pour rappel, Ageas a racheté à BNP Paribas 25 % d'AG Insurance. Ce qui lui permet de faire passer sa participation de 75 à 100 %. Le groupe français est en partie payé en nouvelles actions Ageas dont il possède dorénavant près de 25 %. Il monte donc en puissance dans la maison-mère d'AG. Dans le deal, il est prévu qu'il ne dépasse pas ce plafond des 25 % pendant les cinq prochaines années. Mais, ils sont nombreux à parier qu'à moyen ou long terme, les Français chercheront à prendre le contrôle d'Ageas et donc de sa principale filiale AG Insurance.
D'où la question : quelle sera la position de la SFPIM par rapport au scénario d'un nouveau joyau belge passant sous contrôle français ? Rappelons que la SFPIM a acquis 6,44 % des actions Ageas quand il y avait une menace de prise de contrôle des Chinois. Le holding public a fait cet investissement sans avoir jusqu'à maintenant un poste d'administrateur. Ce qui limite son implication. Depuis quelques mois, il fait toutefois le forcing, nous dit-on, pour décrocher un siège au conseil d'administration d'Ageas. Mais sa participation a-t-elle encore vocation à servir d'ancrage dès l'instant où les Français de BNP Paribas sont accueillis à bras ouverts par le management d'Ageas ?
Quelle gouvernance à la SFPIM ?
Pour le moment SFPIM est présidée par Laurence Bovy (étiquetée socialiste). C'est un secret pour personne qu'elle est, vu sa couleur politique, sur un siège éjectable. Elle devrait être remplacée par quelqu'un de la mouvance MR. Il se dit aussi que la N-VA brigue le poste de CEO actuellement occupé par Koen Van Loo (étiqueté Open VLD). Mais le mandat de ce dernier vient seulement à échéance en 2027. Le ministre des Finances Jan Jambon, qui a la tutelle de la SFPIM, va-t-il anticiper le départ de Koen Van Loo vu les grandes opérations qui se préparent, dont la privatisation partielle de Belfius ? Pourrait-il donner plus de pouvoirs à Tom Feys, membre du comité de direction et ancien conseiller du ministre des Finances N-VA Johan Van Overtveldt ? Chez Jan Jambon, on ne fait aucun commentaire. Mais ce qui est sûr, c'est que certains membres du CA vivent mal ce climat incertain.
