Aéroport de Charleroi : "On avait un accord mais Bouchez a tout fait capoter", s'insurge Thomas Dermine
La Région a décidé de ne pas approuver la taxe qui devait rapporter près de 15 millions d'euros par an à la Ville de Charleroi.

- Publié le 05-02-2026 à 13h17
- Mis à jour le 05-02-2026 à 17h22

Nouveau coup de tonnerre dans le ciel wallon : le gouvernement régional a décidé, ce matin, de ne pas approuver la taxe de la ville de Charleroi sur "son" aéroport. Ce qui, de facto, annule cette taxe de 3 euros par passager au départ de l'aéroport qui était supposée entrée en vigueur dès cette année. "Cette taxe aurait eu un impact potentiel dramatique pour l'aéroport, analyse le ministre wallon de l'Économie Jeholet (MR). C'était une stupidité économique".
Le Gouvernement a donc usé de son pouvoir de tutelle régionale pour ne pas approuver cette taxe. "Les communes sont autonomes dans une certaine limite au niveau de leur fiscalité, rappelle François Desquesnes (Les Engagés), en charge des pouvoirs locaux. "Cette taxe ne respecte pas, selon nous, le principe de proportionnalité".
Entre autres griefs, le gouvernement Dolimont reproche à ladite taxe de se baser sur le chiffre d'affaires, et non sur le bénéfice net de l'aéroport. "Cela signifiait donc qu'elle devait être payée même si l'aéroport était en déficit… Ce qui était fiscalement contestable".
En outre, la ville prenait pour référence les résultats financiers 2024 de l'aéroport, une année tronquée, selon l'Élysette, car elle avait été influencée par "un effet de reprise post-crise encore marqué". "Ces chiffres ne peuvent donc être considérés comme représentatifs d'une situation normale".
"Menace sur l'intérêt général de la Région"
Après "une instruction approfondie", l'exécutif wallon a ainsi jugé que cette taxe "menaçait l'intérêt général de la Région, en règle générale, et la viabilité financière de l'aéroport de Charleroi, en particulier". "Si elle était appliquée, l'aéroport plongerait dans un déficit mettant en péril sa capacité à poursuivre ses activités", estime l'équipe en place.
Toujours d'après l'Élysette, le budget de la Ville de Charleroi sera toutefois à l'équilibre en 2026 grâce à la "ponction de boni antérieurs". Un "simple tour de passe-passe qui nous oblige à aller puiser dans nos ressources", dénonce le bourgmestre Thomas Dermine (PS), qui espérait retirer près de 15 millions d'euros par an grâce à ces 3 euros prélevés par passager.
"Le gouvernement wallon sort le bazooka pour une taxe de 3 euros contre une commune wallonne en difficulté".
"On va analyser les recours possibles, explique l'élu socialiste qui se dit "surpris" par la décision wallonne. "On a eu des discussions avec la Région ces derniers jours et on avait trouvé un accord avec le ministre-Président Adrien Dolimont, mais Georges-Louis Bouchez a tout fait capoter. Le président du MR a visiblement le besoin de conflictualiser tout ce qu'il touche".
"Pas le même courage avec le Fédéral"
Pour le bourgmestre de Charleroi, cette taxe était "juste et proportionnée". "Un aéroport représente des frais indirects pour une ville, notamment au niveau de la sécurité ou de la voirie, développe Thomas Dermine. Il n'est donc pas insensé de demander une contribution. Le gouvernement wallon sort le bazooka pour une taxe de 3 euros contre une commune wallonne en difficulté. Mais il n'a pas le même courage politique pour s'attaquer à une taxe bien plus importante (de 10 euros, NdlR) imposée par le gouvernement fédéral, dans lequel on retrouve aussi le MR et Les Engagés".
"Bart De Wever n'est pas resté insensible"
Notons toutefois qu'Adrien Dolimont a écrit ce mardi au Premier ministre Bart De Wever (N-VA) pour lui demander de revoir sa copie sur cette taxe fédérale. "Nous regrettons qu'aucune concertation avec la Région wallonne n'ait été menée", dénonçait le ministre-président régional dans sa missive. "Bart De Wever n'est pas resté insensible à nos arguments", explique M. Dolimont ce jeudi. Selon lui, il est encore "trop tôt" pour envisager des éventuels recours wallons contre cette taxe du Fédéral.
Devant le Conseil d'État ?
De son côté, la ville a la possibilité d'aller devant le Conseil d'État pour contester la décision de l'exécutif wallon. "On pourrait aussi réinstaurer notre taxe en tenant compte des arguments de la Région", souffle le bourgmestre de Charleroi.
Contactée par La Libre, Ryanair n'a pas réagi à cette annulation de la taxe communale. Pour rappel, la compagnie aérienne irlandaise, qui assure près de 85 % des vols pour l'aéroport wallon, a annoncé son intention de retirer cinq avions et de supprimer plus de 1,5 million de sièges de sa base de Charleroi. En cause ? Ces deux nouvelles "stupides" taxes, comme les a qualifiés le patron Michael O'Leary.
