Brussels Airlines admet "une erreur" dans sa pub pour ses vols vers Paris : "C'est absurde et scandaleux"
La compagnie belge propose trois vols par jour vers Paris. Des "sauts de puce" que Benoît Cerexhe (Les Engagés) veut supprimer.

- Publié le 24-02-2026 à 15h31
- Mis à jour le 25-02-2026 à 07h49

"N'attendez pas et réservez maintenant votre vol vers Paris dès 156 euros, aller simple avec 8 kg de bagage à main inclus". La publicité de la compagnie aérienne Brussels Airlines, parue sur Facebook, a surpris plus d'un observateur. Tout d'abord parce qu'elle paraît peu intéressante : les trains à grande vitesse Eurostar (ex-Thalys) proposent une alternative moins coûteuse, plus rapide et pratique. Si un train à grande vitesse est un peu moins rapide (1h25) qu'un vol (1h) pour parcourir les 310 km depuis Bruxelles jusqu'à la ville lumière, il permet d'éviter les transferts vers les aéroports et les files des contrôles de sécurité.

Brussels Airlines retire sa pub : "une erreur"
Mais cette publicité interpelle surtout à l'heure où les vols dits "sauts de puce" (de moins de 500 km) sont en ligne de mire en Belgique. Pour rappel, ces vols sont soumis, depuis avril 2022 à une "contribution à l'embarquement" de dix euros par passager. Certains élus rêvant même toujours de les supprimer, en mettant en cause leur impact environnemental. "Cette publicité pour des vols vers Paris est une erreur de notre part : nous l'avons retirée", explique Nico Cardone, porte-parole de la compagnie belge. Cette route n'est pas censée être promue en tant que telle".
"C'est beaucoup plus agréable, facile et moins cher de prendre le train pour se rendre à Paris",
Malgré la polémique entourant ces vols courte distance, Brussels Airlines propose pourtant trois vols aller-retour par jour vers Paris. "La grande majorité des passagers de ces vols sont des passagers qui viennent à Bruxelles pour un transfert vers l'une de nos liaisons vers l'Afrique subsaharienne, justifie le porte-parole. Paris est un marché très important pour ce type de vols".
Brussels Airlines le précise : la compagnie n'a aucune vocation à concurrencer Eurostar sur cette ligne entre les capitales belge et française. "C'est beaucoup plus agréable, facile et moins cher de prendre le train, reconnaît d'ailleurs Nico Cardone. L'immense majorité de nos avions vers et depuis Paris sont remplis par des passagers en transit. On met en vente les billets restants pour des vols directs, mais cela ne concerne que quelques personnes par vol."
"Très frustrant"
Londres et Francfort sont les deux autres destinations "sauts de puce" de la compagnie belge, là aussi avec des passagers essentiellement en transit. "On comprend très bien les discussions sur le sujet, poursuit M. Cardone. Mais on n'a pas d'alternative. Contrairement à beaucoup d'aéroports européens, il n'y a pas de liaisons directes ferroviaires internationales à l'aéroport de Bruxelles. C'est très frustrant de ne pas pouvoir faire comme Air France qui amènent des passagers belges directement depuis la gare du Midi de Bruxelles vers l'aéroport Charles de Gaulle".
Et la compagnie belge l'explique : le jour où Brussels Airport aura une liaison de train (à grande vitesse) directe vers Paris avec des horaires adéquats, elle pourrait supprimer ses vols vers la capitale française. "Bientôt, il y aura un train direct entre Zaventem et Cologne en Allemagne. On espère que ce n'est que le début d'un développement du ferroviaire à l'aéroport".
Un argument qui est balayé d'un revers de la main par Benoît Cerexhe (Les Engagés) le bourgmestre de Woluwe Saint-Pierre, en Région bruxelloise. "Il y a de très bonnes connexions depuis l'aéroport de Bruxelles vers de nombreuses gares belges. Ce petit déplacement supplémentaire du passager ne doit pas poser problème par rapport au gain environnemental".
"Certains passagers ont 75 kilos de bagage"
Ce "petit déplacement supplémentaire" serait toutefois clé pour de nombreux voyageurs, selon la compagnie belge. "Sur nos vols africains, certains passagers ont jusqu'à 75 kilos de bagage, insiste Nico Cardone. C'est donc très compliqué de leur demander de prendre différents trains, de monter des escaliers,…avant d'arriver à Zaventem. Beaucoup de voyageurs ne sont pas prêts à faire cela et choisiront d'autres vols vers l'Afrique avec des compagnies comme Turkish Airlines ou Ethiopian Airlines".
"Comment est-ce qu'en 2026 on peut encore envisager de faire voyager les gens en avion pour faire 300 km ?"
Pour Benoît Cerexhe, ces vols vers Paris sont pourtant "absurdes" et "scandaleux". "Comment est-ce qu'en 2026 on peut encore envisager de faire voyager les gens en avion pour faire 300 km ? On ne fait preuve d'aucun respect pour l'environnement, pour les nuisances sonores, pour la santé des riverains".
"Il est temps qu'on en termine avec ces vols"
L'élu nous le dévoile : la conférence des 19 bourgmestres de la région bruxelloise va proposer une motion "d'ici une quinzaine de jours" avec toute une série d'alternatives au fonctionnement de l'aéroport de Zaventem, "notamment en termes d'utilisation de pistes, de respect des normes de vent, de choix des routes. "L'un des éléments de cette motion que nous irons porter au ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke (Les Engagés), c'est l'interdiction des sauts de puce, insiste M. Cerexhe. Il est temps qu'on en termine avec ces vols", conclut-il.
"A titre personnel, je suis complètement défavorable au développement de vols très courte distance".
De son côté, le ministre Crucke a également réagi. "À titre personnel, je suis complètement défavorable au développement de vols très courte distance, d'autant plus lorsqu'une alternative crédible et performante existe, explique-t-il. Il convient toutefois de rappeler que sous la précédente législature, au sein de la coalition Vivaldi, le Ministre fédéral de la Mobilité, Georges Gilkinet, s'était déjà exprimé publiquement en faveur d'une interdiction des "sauts de puce". Un dossier avait été évoqué au sein du gouvernement, sans qu'un consensus ne puisse être dégagé à l'époque", rappelle le ministre.
À ce stade, l'accord de gouvernement actuel ne prévoit pas non plus d'interdiction formelle des vols courts. Cet accord, qui engage l'ensemble les partenaires de la majorité, confirme en revanche le maintien d'une taxation plus élevée sur les vols de moins de 500 kilomètres, en place depuis 2022.
De nouvelles lignes de trains à Zaventem ?
"Plutôt que d'annoncer des mesures sans assise opérationnelle, je travaille prioritairement depuis mon entrée en fonction à renforcer les alternatives crédibles à l'avion sur les courtes distances, poursuit le ministre Crucke. Cela passe notamment par une augmentation significative de l'attractivité du rail, le développement des liaisons internationales et le soutien aux trains de nuit".
La Belgique plaide par ailleurs pour "une stratégie européenne ambitieuse" en matière ferroviaire.
Le ministre annonce également "des mesures à prendre au niveau national dont notamment une optimisation de l'usage de l'infrastructure ferroviaire autour de l'aéroport de Bruxelles-National". "Je mène un travail à ce sujet", précise Jean-Luc Crucke.