"L'année 2025 a été historique pour BeAngels"
Claire Munck, CEO du réseau belge d'investisseurs privés ("business angels"), dresse le bilan de l'année écoulée. Un bilan à contre-courant de la tendance générale sur le front du capital à risque.

- Publié le 10-03-2026 à 08h16
- Mis à jour le 10-03-2026 à 08h17

D'un réseau relativement modeste et discret, BeAngels est devenu, sous la direction de Claire Munck (elle en a pris la tête en 2013), un acteur essentiel en matière de financement des start-up. Le réseau compte aujourd'hui quelque 600 business angels actifs. L'offre de services et les formules d'investissement se sont considérablement étoffées au fil des années. Les activités se sont étendues non seulement à la Flandre mais aussi à la France, à la Suisse et au Luxembourg. BeAngels, qui est devenu rentable en 2025, gère pas moins de 40 groupes d'investisseurs privés et trois fonds de capital-risque (ScaleFund).
"La perception de BeAngels par l'écosystème est en train de changer, se réjouit Claire Munck. On nous voit de plus en plus comme une infrastructure d'écosystème. Notre communauté continue de grandir, avec des profils de plus en plus entrepreneuriaux, tout en gardant une grande diversité d'investisseurs."
L'année 2025 a été un bon cru pour BeAngels. "C'est même une année historique puisque la communauté BeAngels a investi un montant record de près de 8,5 millions d'euros en 2025 (contre environ 6 millions en 2024 et 7,5 millions en 2023, NdlR)." Cette performance historique est d'autant plus remarquable que 2025 a été marquée, pour l'ensemble du marché belge du capital à risque, par un net recul des levées de fonds réalisées par les start-up et les scale-up technologiques.
BeAngels a pris part, l'an dernier, à près de 80 levées de fonds. Là aussi, c'est nettement plus qu'en 2024 (une soixantaine de "deals"). Claire Munck note surtout que, pour la première fois depuis 2023, les premiers tours de financement ont été plus importants que les refinancements (de l'ordre de 65 % contre 35 %). "Cela démontre que nos membres ont récupéré des liquidités pour investir dans de nouveaux dossiers, analyse-t-elle. Probablement, aussi, qu'ils s'habituent à un contexte géopolitique et macroéconomique plus compliqué qu'auparavant". Les trois principaux domaines soutenus en 2025 par la communauté BeAngels sont la "deeptech" (IA, cybersécurité, etc.), la santé ("healthtech" et "medical device") et "fintech"/"legaltech".
Investir avec un impact local
Claire Munck avance plusieurs facteurs pour expliquer le succès, à contre-courant du marché belge du capital-risque, du réseau BeAngels. Un : la communauté et les instruments mis à sa disposition continuent de grandir (Elev8te, Business Angels en direct, Business Angels Clubs, NXT, ScaleFund…). "Ces différentes formules nous permettent, aujourd'hui, de mobiliser plus d'investisseurs sur différentes typologies de dossiers." Ce qui a aussi beaucoup joué, enchaîne-t-elle, est de voir que "de plus en plus de personnes se sentent concernées par le financement de l'innovation et de l'entrepreneuriat au niveau local, c'est-à-dire en Belgique et en Europe". La politique de l'administration Trump, les rapports successifs de Mario Draghi et Enrico Letta, les enjeux de souveraineté (technologique, financière, économique), le manque de financement pour l'innovation… "Tout cela a conduit pas mal de personnes, notamment au sein de la jeune génération, à investir dans l'économie belge et européenne plutôt que d'alimenter l'épargne qui, chaque année, quitte le continent pour aller s'investir aux États-Unis".
"C'est maintenant qu'on a besoin de redoubler nos efforts sur les financements d'amorçage."
Au sein même de l'écosystème belge, c'est en Flandre que la dynamique est la plus forte en matière de financement d'amorçage ("early stage", là où le risque est le plus élevé mais où le potentiel de croissance est aussi le plus fort). Le cercle vertueux né autour du Wintercircus, à Gand, n'y est pas pour rien. L'absence de gouvernement à Bruxelles, en 2025, a forcément créé de l'instabilité. En Wallonie, l'initiative Startup Boost (prêt convertible de 100 000 euros) de Wallonie Entreprendre est accueillie avec soulagement par BeAngels (qui se sentait de plus en plus esseulé sur le terrain du financement d'amorçage). "C'est maintenant qu'on a besoin de redoubler nos efforts sur le financement d'amorçage. On a besoin d'avoir un écosystème très resserré, comme il existe en Flandre avec Vlaio, PMV, imec.istart… L'initiative wallonne est donc une bonne nouvelle", conclut Claire Munck.
