Le patron de Lufthansa : "J'ai dû aller quémander de l'argent à Bruxelles. C'est très humiliant"
Carsten Spohr est convaincu que l'Etat belge viendra à l'aide de Brussels Airlines, filiale belge de Lufthansa. "Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir payer vos salaires en juin, explique toutefois le patron à ses employés. En juillet, nous sommes certains que nous n'aurons plus de liquidités". Le groupe est au bord de la faillite. La Commission européenne mettrait ainsi des conditions "inacceptables" à l'aide de neuf milliards d'euros que Lufthansa devait recevoir en Allemagne.

- Publié le 27-05-2020 à 19h43
- Mis à jour le 27-05-2020 à 19h47
Lundi, j'étais très confiant. Mais le stress est revenu". Carsten Spohr, le patron du groupe Lufthansa, la maison-mère de Brussels Airlines, n'en a pas fini avec les "jours et nuits" de négociations. Lundi, le groupe allemand pensait être au bout du tunnel en obtenant une aide du gouvernement allemand de neuf milliards d'euros, via un mélange de prêts et d'une entrée publique dans le capital de la compagnie. Cette aide visait à éviter la faillite au groupe aérien, durement touché par la crise du Covid-19.
Mais la Commission européenne n'a pas donné le feu vert à ce plan allemand. Du moins elle y a mis certaines conditions jugées "inacceptables" par M. Spohr comme il l'a expliqué lors d'une visioconférence avec ses employés. "Je ne peux pas rentrer dans les détails, déplore le patron. Mais on devrait notamment donner des slots (NDLR : créneaux horaires très recherchés par les compagnies) à nos concurrents. Cela détruirait nos hubs de Francfort et Munich. Cela nous affaiblirait considérablement. Des aéroports concurrents comme Londres et Amsterdam profiteraient de nos malheurs".
Lufthansa n'a presque plus de cash
Selon M. Spohr, il y a deux poids, deux mesures. "La plupart des compagnies ont reçu de l'aide publique, mais à nous on nous impose des conditions. Même Ryanair a reçu 600 millions d'euros d'aide (NDRL : via un prêt au Royaume-Uni). On est le plus grand groupe aérien d'Europe et cela ne plaît pas à tout le monde".
Le patron allemand ne le cache pas : sans une aide publique, son entreprise tombera en faillite. "Je veux être franc avec vous, dit-il à ses employés. Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir payer vos salaires en juin, si aucun accord n'est trouvé. On essaie d'avoir le plus de cash possible, notamment en vendant des avions. En juillet, nous sommes certains que nous n'aurons plus de liquidités. C'est pour ça que le temps presse et que nous voulons accélérer les négociations".
Vendre des filiales ? Mais à qui ?
Dans cette course au cash, le Bavarois d'adoption n'exclut pas de vendre certaines des filiales du groupe. "Mais le marché aérien est en profonde crise et en ce moment, vous ne pouvez rien vendre car il n'y a pas d'acheteur. Il faudra sans doute attendre 2021".
Lufthansa compte donc toujours garder Brussels Airlines, sa filiale belge. Pour rappel, la compagnie a demandé une aide de près de 300 millions d'euros à la Belgique. "On a déjà obtenu un accord en Suisse (NdLR : pour un prêt de 1,2 milliard à la filiale Swiss). Les gouvernements belge et autrichien (NDLR : pour la filiale Austrian Airlines) veulent des garanties afin que Vienne et Bruxelles restent des hubs du groupe. Je suis sûr qu'on arrivera à un accord. On peut comprendre que les gouvernements de ces plus petits marchés (sic) ne paieront que s'il est clair que le groupe Lufthansa ne tombera pas en faillite et recevra une aide de l'Allemagne".
Brussels Airlines bénéficiera aussi indirectement de cette aide allemande, qui servira à créer "de la valeur" pour la compagnie belge et donc à rembourser l'Allemagne. Mais le transporteur belge aurait besoin d'un supplément pour passer la crise. Ces négociations n'enchantent pas le patron allemand. "Ces derniers jours, j'ai dû aller à Berne, à Vienne et à Bruxelles pour quémander de l'argent pour une compagnie aussi fière que Lufthansa. C'est très humiliant. Mais c'est la dure réalité et il faut l'affronter plutôt que de se plaindre".
10. 000 emplois sont menacés
Le groupe allemand va devoir réduire la voilure en supprimant de sa flotte quasiment 100 avions. Près de 10000 emplois pourraient passer à la trappe. "Nous essayons de réduire ce chiffre avec les partenaires sociaux", lance M. Spohr qui s'attend à un "été difficile" pour le marché aérien. "Des pays comme la Suisse ou l'Allemagne retrouveront vite le chemin de la croissance. Mais nous avons des passagers venus d'autres pays qui mettront plus de temps à se remettre de cette crise".
Quoi qu'il arrive, la compagnie allemande s'engage à rembourser tous les passagers dont les vols ont été annulés ces derniers mois. "La situation légale est claire : nous devons cet argent à nos clients. On peut leur proposer des vouchers les plus attractifs possibles. Mais s'ils n'en veulent pas, on doit les rembourser. Nous essayons de le faire le plus vite possible, mais le nombre de plaintes est si élevé qu'il ne peut pas être géré par notre call center si rapidement. Nous avons fait des provisions pour cela. Même si la situation est difficile, nous ne dépensons pas l'argent qui appartient à nos passagers", conclut M. Spohr.
