Des commerçants de la gare de Bruxelles-Midi se sentent abandonnés par la SNCB
Leur chiffre d'affaires a été réduit à néant pendant le confinement et ils jugent les mesures de soutien de la SNCB, à qui ils paient des loyers très élevés, insuffisantes.
- Publié le 06-07-2020 à 07h10
- Mis à jour le 06-07-2020 à 10h58

Leur chiffre d'affaires a été réduit à néant pendant le confinement et ils jugent les mesures de soutien de la SNCB, à qui ils paient des loyers très élevés, insuffisantes.
Une dizaine de commerçants de la gare de Bruxelles-Midi a envoyé à la mi-juin un courrier à l'entreprise ferroviaire pour l'alerter de leur situation financière désastreuse et lui demander de l'aide. Devant le refus de la SNCB d'accéder à leur demande, ils ont souhaité médiatiser leur cas.
À cause des mesures de confinement imposées lors de l'épidémie de Covid-19, ces commerçants ont été obligés de fermer leurs magasins du 18 mars au 11 mai, réduisant donc leur chiffre d'affaires à zéro. Et la reprise des affaires est lente, très lente. Si les gares connaissent un peu plus d'affluence depuis la mi-mai, on est encore bien loin des taux de passage d'antan. "Les clients ne sont pas de retour. L'été va être catastrophique car on ne pourra pas compter sur la présence des touristes ni sur les grands événements festifs qui drainaient du monde", glisse une commerçante de la gare du Midi, qui souhaite garder l'anonymat. Dans la lettre envoyée à la SNCB, les concessionnaires estiment que leur chiffre d'affaires sera "dramatiquement affecté au moins jusque fin décembre 2020".
La concurrence rend les loyers exorbitants
Ces indépendants paient des loyers (redevances) mensuels fixes très élevés. Un exemple : celui de notre témoin se monte à 13. 000 euros hors TVA. "D'autres paient plus de 20. 000 euros", indique la commerçante. Et la SNCB a, en plus, un intéressement aux bénéfices.
La SNCB est propriétaire de 413 surfaces commerciales, appelées concessions, dans les gares en Belgique. L'attribution et le renouvellement de ces concessions se font par appel d'offres. Dans ce système très compétitif, il y a beaucoup de candidats et peu d'élus. Le montant des loyers proposé par les postulants qui veulent obtenir un emplacement dans une gare s'envole alors rapidement. Certains gérants de magasins dénoncent aussi une politique commerciale assez agressive de la part de la SNCB, qui, nous dit-on, peut exiger le déménagement d'une boutique installée, par exemple, à l'entrée de la gare vers le fond pour attirer plus de passage à cet endroit. Dans les grandes gares bruxelloises, les loyers sont plus élevés que dans d'autres villes.
L'entreprise ferroviaire, consciente des difficultés de ses concessionnaires pendant la crise sanitaire, a fait un geste. Les concessionnaires bénéficient de la suspension de la facturation des provisions énergétiques et de l'arrêt des intérêts de retard sur les factures non payées. Ils ont aussi une réduction de loyers de 20 % pour mars, de 30 % pour les mois d'avril et mai et de 20 % de juin à août. Ce geste est jugé largement insuffisant par certains commerçants de Bruxelles-Midi. "Les loyers de mars à juin, je n'ai pas pu les payer. Avec des comptes en négatif, sans trésorerie et avec une perte actuelle de chiffre d'affaires de 75 %, c'est impossible", confie notre témoin.
Demande de ne payer que la partie variable
C'est la raison pour laquelle cette dizaine de concessionnaires a écrit au responsable des activités commerciales et immobilières de la SNCB. "Nous n'avons pas demandé une suppression du payement des loyers mais bien de n'avoir à payer que la partie variable (l'intéressement au chiffre d'affaires, NdlR)", explique la commerçante de Bruxelles-Midi.
La réponse de la SNCB, que nous avons pu consulter, a beaucoup déçu les signataires de la lettre. "Nos propositions ont été refusées à la plupart d'entre nous. La SNCB se retranche derrière l'argument que ses gestes commerciaux ont été négociés avec le ministre de tutelle et qu'elle ne peut pas y déroger. Elle fait aussi état de ses propres difficultés financières liées à la crise sanitaire. On est tous en difficulté mais on a d'un côté des petits concessionnaires et de l'autre l'État. La SNCB est une entreprise publique. Elle aurait dû montrer l'exemple en soutenant ses commerçants qui ont souffert", déclare notre témoin.
La SNCB a fait des contre-propositions d'aide
Nous avons contacté la SNCB pour une réaction. "La SNCB a assuré l'ouverture des grandes gares pendant toute la durée de la crise sanitaire, dont celle de Bruxelles-Midi. Nous avons ensuite proposé la possibilité de prolonger le contrat de concession de 3 mois, de bénéficier d'un plan d'apurement de 24 mois pour les redevances (loyers, NdlR) à payer de mars à août, et de modifier les heures d'ouverture pour correspondre à l'évolution du flux des clients en gare. À ce jour, 80 % des concessionnaires ont souscrit à ce plan. Des contacts individuels ont été organisés afin d'expliquer en détail les mesures et les appliquer à la situation spécifique de chaque concession", nous a-t-on répondu.
