C'est la folie sur le marché immobilier: "On vend quasi tous nos biens en une journée"
Les agences immobilières admettent que certains biens se vendent au-dessus des prix du marché.
- Publié le 05-08-2020 à 18h32
- Mis à jour le 05-08-2020 à 18h33

Le confinement a clairement accéléré les projets de nombreux candidats à l'achat d'un bien immobilier. Et principalement les maisons disposant d'un grand jardin. "On voit clairement qu'une nouvelle clientèle se positionne sur le marché", reconnaît Audrey Ferry, de l'agence Immo Ferco. "Les familles bruxelloises qui ont vécu le confinement dans un appartement ou une maison ne disposant que d'une petite cour sont nombreuses à chercher désormais une maison en périphérie, afin de disposer d'un beau jardin. Cela crée une concurrence supplémentaire entre les acheteurs. C'est assez incroyable mais on vend presque tous nos biens en une seule journée de visite. C'est même de la folie, mais cela prouve une fois de plus que l'immobilier reste une valeur sûre."
Le télétravail étant devenu une nouvelle norme pour beaucoup de travailleurs, cela influe aussi sur le marché. "On remarque que les gens sont beaucoup plus disponibles pour les visites. Avant, quand on proposait une visite à 10 h ou à 11 h, on nous demandait s'il n'était pas possible de la déplacer à 18 h. Ce n'est plus le cas. Et le télétravail pousse aussi certains acquéreurs à rechercher des biens avec une pièce supplémentaire, pour y installer leur bureau."
Les prix, eux aussi, ont tendance à s'emballer. "Les acheteurs sont prêts à mettre un peu plus, mais ils connaissent malgré tout la valeur du marché. Quand on vend une maison, en cas de coup de cœur, l'acheteur est disposé à mettre 5 000 € de plus que le prix annoncé, mais il ne va pas non plus perdre la raison. D'ailleurs, lorsque nous fixons le prix d'une maison, nous restons dans des valeurs sensiblement identiques à celles d'avant le confinement. Ce n'est finalement dans l'intérêt de personne de tenter de profiter de la forte demande car si on surévalue le prix d'une maison, on a toutes les chances de ne pas la vendre. Je ne peux pas prédire l'avenir, mais je reste persuadée que cette hausse des prix va se calmer et s'il n'y a pas une baisse qui suit, on assistera au minimum à une stabilisation."
Ce qui n'empêche pas le marché d'être quelque peu surcoté. "Il faut reconnaître que le niveau de prix est un peu plus élevé que la valeur réelle des biens. Mais cela ne va pas durer. Comme à chaque crise, cet emballement va retomber assez rapidement. Mais c'est clair que, pour le moment, les acheteurs ont tendance à mettre un peu plus afin d'être sûrs d'acquérir le bien. Cela ne peut pas durer car je me rappelle qu'en 2008, certains ont aussi forcé sur les prix et il est arrivé qu'on revende des maisons cinq ans plus tard en dessous du prix où elles avaient été vendues en sortie de crise."
Ce qui est évident, c'est que les vendeurs sont les premiers à tirer profit de la situation. "Ceux qui hésitaient à vendre n'ont plus la moindre hésitation. Cela nous permet d'encore trouver des biens à vendre, mais la demande reste bien supérieure à l'offre."
Des acheteurs de plus en plus sous pression
Se décider en quelques minutes devient la norme et tous les coups sont permis.
Sur le terrain, la frénésie pousse les acheteurs à se décider en quelques minutes à peine. "Le marché s'emballe, cela devient une vraie course contre la montre pour acheter, regrette Thierry, à la recherche d'une maison dans la région namuroise. Cette semaine encore, un bien s'est vendu avant même la première visite. Un couple qui séjournait en France et qui avait raté une maison précédemment a vu une annonce sur Immoweb qui correspondait totalement à leurs besoins. Ils ont chargé leur fille d'aller voir la maison puis ont pris contact avec l'agent immobilier en lui demandant s'il était possible de faire une visite par visioconférence. Ils ont acheté leur maison sans même avoir mis un pied dedans."
De nombreux acheteurs sont d'ailleurs pris de court. Julien, qui cherche une maison à Bruxelles a déjà vu plusieurs fois le bien de ses rêves s'envoler. "Je ne compte plus les maisons qu'on n'a même pas eu le temps de visiter, l'agent immobilier nous rappelant avant la visite pour nous dire que le bien était vendu. Récemment encore, alors qu'une maison était en vente, un candidat acheteur est parvenu à se procurer l'adresse avant le jour des visites. Il est allé trouver le propriétaire et lui a fait une offre au prix demandé et a même payé sans passer par l'agence. Comme il y a des frais liés à la rupture de contrat avec l'agent immobilier, il s'est arrangé avec le propriétaire pour payer ces frais et être sûr de pouvoir acheter la maison."
Pratique désormais de plus en plus courante dans les agences, la surenchère a de quoi dépiter certains acheteurs. "Avant, le marché était déjà tendu et pour être sûr d'acquérir un bien, il fallait faire une offre au prix annoncé, sans clause de suspension. Désormais, on nous demande de faire offre au prix et les visites se poursuivent durant toute la journée. Si plusieurs candidats ont fait offre au prix demandé, l'agent recontacte alors les acheteurs et leur demande de déposer une offre confidentielle supérieure. Le meilleur l'emporte alors, sans savoir s'il est le seul à avoir surenchéri, ni combien les autres acheteurs étaient prêts à mettre. Cela pousse certains acheteurs à faire des offres démesurées et qui ne cadrent plus avec le marché s'ils ont un coup de cœur pour une maison."
