Pourquoi les kots privés rencontrent moins de succès auprès des étudiants
Les kots gérés par les universités ont fait le plein. C'est moins le cas des kots privés. Question de prix, mais peut-être aussi de relations avec les bailleurs. Avec ceci que les étudiants étrangers sont moins nombreux.

- Publié le 27-08-2020 à 08h00
- Mis à jour le 27-08-2020 à 09h06

Les étudiants des universités et hautes écoles ne semblent avoir ni ressentiment ni craintes par rapport à ce virus qui a très fortement chahuté le second semestre de leur année académique 2019-2020 et risque de perturber le premier semestre de celle qui débute. À tout le moins sur le plan de leur logement.
Les deux mois de confinement suivis du mois et demi de blocus que certains ont passés chez eux plutôt que dans leur kot, qu'ils continuaient à payer, n'ont pas véritablement ébranlé leur envie de resigner un bail pour cette année. Pas plus que la perspective d'un reconfinement.
Mais cela vaut surtout pour les logements universitaires. Du côté de l'offre privée, c'est moins clair.
Les kots gérés par les universités affichent complet
"Pour nombre d'étudiants, le kot fait partie intégrante de l'expérience universitaire", indique Isabelle Decoster, attachée de presse de l'UCLouvain, qui, sur l'ensemble de ses sites, accueille 32 000 étudiants, dont environ 15 000 koteurs. "Notre service logement affiche exactement le même taux de remplissage aujourd'hui que l'année dernière à pareille époque : 95 %. Et le 15 septembre, après les secondes sessions, nous atteindrons les 100 % comme l'année dernière." Et ce n'est pas l'assurance que les cours se donneront en présentiel qui a motivé les étudiants puisqu'ils ont réservé leur logement avant que la situation ne soit clarifiée.
À moins qu'ils soient convaincus qu'en cas de reconfinement l'université ne sera plus prise de court comme elle l'a été en mars ? "On travaille sur différents scénarios, confirme Isabelle Decoster. Sont évoqués les quarantaines, un nettoyage accru, la création de bulles intralogements, le port du masque dans les communs, l'abolition des loyers… Rien n'a encore été fixé dans l'absolu. On officialisera les scénarios en fonction de la situation qui se développera ou pas." Quoi qu'il en soit, dans tous les espaces publics, l'UCLouvain mettra du gel à disposition, et affichera les consignes de sécurité. Dans les halls des immeubles de logement aussi.
Même échos du côté de l'ULB, qui a aussi fait le plein pour cette année 2020-2021. "Les demandes devaient être rentrées avant le 31 mai", confirme Valérie Dumoulin, responsable de l'Office des logements de l'ULB, qui gère 852 kots. "Les étudiants n'ont eu aucune hésitation à prendre un kot. On a eu plus de demandes que l'an dernier et tous étaient attribués fin juin. La liste d'attente est également plus longue."
Il faut dire que les tarifs pratiqués sont parmi les plus bas. Pour l'UCLouvain, qui gère 5 750 logements, le loyer mensuel moyen est à 300 euros, charges comprises. Du côté de l'ULB, on est dans la même fourchette (de 247 à 360 euros, charges comprises).
Les étudiants étrangers en moins grand nombre
Ces forts taux de remplissage sont d'autant plus remarquables qu'une partie de leur public est absente : les étudiants étrangers, en Erasmus ou pour une année complète. "Étonnamment, on n'a pas observé une baisse flagrante des demandes, détaille Valérie Dumoulin. On est à 80 % du niveau de l'an dernier. Par contre, les proportions en termes de nationalités sont très différentes. Cette année, il y a énormément de Français, qui compensent l'absence des non-Européens."
Et c'est pareil pour la Plateforme logement étudiant (PLE), l'ASBL subsidiée par la Région bruxelloise qui accompagne les étudiants et, via son site Mykot, met en relation bailleurs privés et étudiants de toutes les universités et hautes écoles francophones de Bruxelles. "Nous n'avons pas de données précises mais, oui, il y a beaucoup plus d'appels d'étudiants français que l'an dernier, note Charles Doumit, directeur de la PLE. Peut-être faut-il y voir l'ombre du Covid, les Français optant pour la proximité en choisissant un pays limitrophe. Quant aux Erasmus traditionnels, ils ne se manifestent pas."
Des propriétaires privés inquiets
Si les étudiants n'en veulent absolument pas à leur propriétaire universitaire, c'est peut-être moins le cas vis-à-vis des propriétaires privés. À Bruxelles, à Namur et à Mons, la demande a faibli. "C'est assez calme, dit-on chez Infor Jeunes Namur. Mais est-ce parce que les étudiants ne veulent plus koter ou parce qu'ils ont opté pour un autre canal de recherche, les obligeant moins à se déplacer ? Et c'est pareil pour les étudiants étrangers. Peut-être la baisse n'est-elle pas réelle. Mais il faut dire que chez nous c'est surtout fin août et dans l'urgence qu'on a des demandes." "C'est plus subtil, détaille pour sa part Charles Doumit. À Bruxelles, nous avons la même audience que l'an dernier, mais il y a moins d'inscriptions. Or, pour concrétiser une location, il faut s'inscrire. On peut supposer que les étudiants sont plus frileux et attendent avant de se décider."
À Mons, les propriétaires commencent d'ailleurs à s'inquiéter de ne pas avoir d'appels d'étudiants. "Il y a eu moins de demandes, explique la responsable d'Infor Jeunes Mons. Pour partie parce que les étudiants voulaient être sûrs que les cours se donneraient en présentiel. Pour partie aussi parce que certains d'entre eux, franchement refroidis par le fait d'avoir dû payer leur loyer pendant le confinement alors qu'ils n'occupaient pas leur kot, hésitent ou veulent en changer. On a eu beaucoup de plaintes de ce type. Il est cependant difficile, à l'heure actuelle, d'avoir du recul. Un rush de dernière minute n'est pas improbable. La demande reprend d'ailleurs depuis quelques jours…"
Mais il n'y a pas que la demande qui subit le virus. L'offre aussi. À Namur, du moins. Comme si certains propriétaires, inquiets de devoir partager des espaces communs (hall, escaliers, cuisine) avec des étudiants, avaient décidé de faire l'impasse cette année.
