Les appartements sur digue, un mauvais investissement à cause du réchauffement climatique ?
Une décision du fisc qui induit qu'un appartement sur digue n'est pas un bon investissement en raison de la montée du niveau de la mer, suscite la controverse.

- Publié le 03-02-2022 à 13h42
- Mis à jour le 03-02-2022 à 13h45

Libre Immo | Le dossier
Acheter un appartement sur digue avec vue sur la mer du Nord et ses 50 nuances de gris pourrait s'avérer un mauvais investissement, à cause des effets désastreux à long terme du réchauffement climatique. C'est ce qu'on peut déduire d'une décision du fisc prise il y a quelque temps. Une décision qui suscite la controverse.
Rétroactes. Une entreprise qui souhaite rester anonyme a acheté un appartement au Coq à titre d'investissement. Le but était de le louer après une rénovation en profondeur. L'une des conditions de l'amortissement fiscal des coûts est que l'investissement puisse générer un profit à long terme. Mais récemment, la société a reçu une lettre des autorités fiscales indiquant que la demande avait été refusée, affirmant que " le réchauffement climatique entraînera une élévation du niveau de la mer, rendant l'immobilier au Coq inhabitable, encore moins vendable ", relatait De Standaard dans ses éditions du 10 janvier.
"Trop d'intérêts économiques"
Que penser de cette décision ? Faut-il effectivement s'attendre à un tassement des prix pour ce type de bien dans les années ou décennies à venir ? Pire, faudrait-il, comme ironise un expert, vendre au plus vite son appartement au littoral pour acheter un bateau ?
Thibault Vanden Berghe, responsable de l'agence Het Zoute, ne croit pas aux scénarios catastrophes. Selon lui, "il est clair que les différentes autorités publiques vont continuer à prendre des mesures pour protéger les digues." C'est déjà le cas notamment à Knokke où les plages sont agrandies ou à Ostende où on a rehaussé les digues tout en installant des chaises en béton qui font dos à la mer pour créer un paravent. "S'il y a une grosse tempête, je suis sûr que les autorités belges interviendront. Il y a trop d'intérêts économiques" , poursuit-il.
Appartements rez-de-chaussée
Comme le rappelle De Standaard , depuis 2011, des mesures ont été prises dans le cadre du Schéma directeur de sécurité du littoral pour protéger notre côte longue de 67 kilomètres contre les inondations. Il s'agit notamment de la construction de murs anti-tempête, de la construction de digues plus larges ou d'une barrière anti-tempête. Ce schéma directeur prend en compte une élévation du niveau de la mer de 30 centimètres d'ici 2050 et de 80 centimètres (à marée haute) d'ici 2100. De plus, les prévisions les plus pessimistes ont récemment été envisagées, basées sur une élévation du niveau de la mer de 3 mètres d'ici 2100.
Aux yeux de Thibault Vanden Berghe, les propriétaires de biens avec vue sur mer ne doivent pas trop s'inquiéter. "Il est évident que ce type de bien ne va pas perdre de sa valeur." Avec peut-être un petit bémol pour les appartements au rez-de-chaussée. Car, en cas de rehaussement de la digue, la vue sur mer pourrait être un peu bouchée… "Mais ce risque est déjà un peu pris en compte dans les prix. Le rez-de-chaussée est déjà moins cher, parfois entre 30 à 40 % par rapport aux appartements aux étages . Un rez-de-chaussée à la Côte est toujours le dernier appartement vendu dans une promotion immobilière . Les rez commerciaux peuvent aussi un peu souffrir."
À ses yeux, il ne fait pas de doute que la vue sur mer reste "très demandée" par les acheteurs potentiels. Même si elle a comme inconvénient d'être orientée… au Nord. Comme il y a aussi beaucoup de gens amateurs d'une terrasse ensoleillée, " les appartements sans vue sur mer sont aussi prisés."
Mode conflictuel
Reste la question de savoir pourquoi l'agent du fisc a pris une telle décision. "Le cynisme était-il en jeu ici ou l'agent passait-il simplement une mauvaise journée ? Je ne peux pas imaginer que ce soit la position du ministère des Finances du gouvernement fédéral" , a commenté Michel Maus, professeur de droit fiscal et avocat chez Bloom.
Selon ce dernier, "cette affaire illustre une fois de plus que les contrôles fiscaux fonctionnent de plus en plus sur un mode conflictuel, avec un certain degré de cynisme." Cependant, dit-il, les gouvernements précédents et actuels ont indiqué qu'ils veulent travailler sur la concertation fiscale. "Il y a une volonté de renforcer la confiance mutuelle entre les contribuables et l'administration fiscale mais, dans la pratique, cela n'est généralement pas encore perceptible" , regrette-il.
