La Louvière s'offre un nouveau stade : "L'objectif est d'arriver à 100 % d'abonnés. Nous allons y arriver"
Un nouveau stade, une ascension sportive fulgurante, la RAAL La Louvière a le vent en poupe. Grand artisan de cette mutation, Salvatore Curaba est un manager inspirant pour toute une région.
- Publié le 25-06-2025 à 08h21
- Mis à jour le 25-06-2025 à 11h19

Ce n'est pas le Maracanã de Rio de Janeiro ou le Parc des Princes mais un stade, l'Easi Arena, de 8 000 places sis au cœur de la cité des Loups. Cet écrin flambant neuf – il n'y avait plus eu de nouveau stade de football construit en Belgique depuis 2013 et la Ghelamco Arena de Gand – est la volonté de Salvatore Curaba, le président de la RAAL La Louvière.
Passionné de football et manager de talent, Salvatore Curaba n'est pas du genre à se reposer sur ses lauriers.
En 2017, il entreprend de ressusciter la RAAL, matricule endormi. En plaçant les valeurs humaines au centre du projet, le club s'extirpe en quelques saisons des tréfonds du football amateur pour rejoindre l'élite, il y a tout juste quelques semaines, au terme d'une victoire épique à Lommel. Comme un bonheur ne vient jamais seul, le succès sportif rencontre l'achèvement du nouveau stade, construit en 16 mois pour un budget contenu de 16,5 millions d'euros.
Fédérer les acteurs économiques de la région
À quelques jours de l'inauguration, le 28 juin prochain (1), c'est le rush pour Salvatore Curaba qui nous accueille entre deux poignées de main aux équipes qui s'affairent et un téléphone en ébullition. "Initialement, le stade devait être inauguré fin juillet, mais avec l'engouement suscité par la montée en division 1, nous avons gagné un mois. C'est la course, mais on va y arriver."
Dans les travées, on ne sert pas du "Monsieur le Président" mais du : "Salvatore, tu n'aurais pas le numéro du chef électricien ?". Une proximité avec tous les collaborateurs qui rime avec efficacité. À l'instar de l'entreprise Wanty, basée à Binche, qui a érigé le gros œuvre (7,5 millions d'euros) via sa filiale ICM, la majorité des 180 prestataires impliqués dans la réalisation de l'Easi Arena sont de la région : "Chaque fois que c'était possible."
Là aussi, le président louviérois ne tarit pas d'éloges : "Nonante-cinq pour cent des entreprises ont fait des efforts de planification parce qu'elles savent que c'est un projet difficile avec beaucoup de visibilité." De quoi battre en brèche une certaine image du Hainaut : "Vous savez, mon père a travaillé toute sa vie, interrompt M. Curaba, un poil irrité. Chez Easi, la majorité de mes collaborateurs étaient du Hainaut, des gens extrêmement courageux, prêts à faire des efforts. Je trouve par ailleurs la nouvelle génération très volontaire."
Frileuse au début de l'aventure, la Ville de La Louvière est aujourd'hui un partenaire impliqué : "Nous avons reçu le terrain sous la forme d'un bail emphytéotique et la Ville a participé à la construction d'un parking pour la somme de 1,5 million d'euros qui sera partagé avec les riverains et le club d'athlétisme."
Un stade au cœur de la ville, "pour favoriser la mobilité douce", qui fait la part belle aux relations d'entreprise : "Nous avons un rapport places/business de 25 % (2 000 places) qui est très élevé et permet de financer plus rapidement le projet. Le deuxième étage se compose de loges, d'espaces pour se restaurer. Le premier étage est dédié aux bars et salons lounge. Au rez-de-chaussée, on trouve les vestiaires, une salle pour les conférences de presse, des bureaux et un espace de vie pour nos supporters avec des buvettes, des fanshops…"
L'objectif est d'arriver à 100 % d'abonnés, nous sommes pour l'instant à 80-90 %, mais nous allons y arriver."
Outre les 2 000 places "business", le stade en renferme 500 pour les visiteurs, 2 000 places debout pour les "Ultras" et 3 500 places pour les supporters "tout-venant". "L'objectif est d'arriver à 100 % d'abonnés, nous sommes pour l'instant à 80-90 %, mais nous allons y arriver." Une éventualité d'autant plus forte que les Loups ont un début de championnat tonitruant avec les réceptions respectives du Standard, du Sporting de Charleroi, de l'Union SG et du FC Bruges.
Une confiance et une sérénité contagieuses
Une équipe professionnelle en D1A, un nouveau stade… Tout cela en partant d'une feuille blanche il y a huit ans. Le résultat peut impressionner le quidam, il est presque une évidence pour Salvatore Curaba : "C'est une question de priorités. Il fallait des infrastructures : un centre de formation, un stade… Le succès sportif n'est en définitive que la conséquence de tout le reste. Beaucoup font l'inverse, en misant tout sur le sportif. Il faut avoir un projet, faire les investissements nécessaires, recruter les bonnes personnes et, normalement, les résultats suivent. Les entreprises qui recherchent le bénéfice n'y arrivent jamais. Le bénéfice ne peut pas être l'objectif."
Selon la formule "un manager ne forme pas des suiveurs", Salvatore Curaba n'est pas du genre à s'accrocher à son piédestal. Après avoir quitté Easi en 2017, il délègue progressivement au sein de la RAAL comme si, pour lui, la route était plus importante que la destination. "C'est un voyage en TGV, en première classe. Il y a quelques gares, mais le train va vite, on doit aller vite. Je suis entouré de belles personnes, les paysages sont superbes, j'ai de la chance."
Difficile en tout cas de contrer l'optimisme du président de La Louvière, même quand on lui fait remarquer que son club possède le plus petit budget de la D1A et que, de facto, le maintien au sein de l'élite ne sera pas une sinécure. "Je ne pense pas comme cela. L'année dernière, certains disaient : 'C'est bien si on se sauve' ; et, finalement, nous sommes montés." Impossible n'est pas ou plus louviérois.
Un stade, des priorités
Se lancer dans la construction d'un stade sur fonds propres, ce n'est pas anodin : "Je préfère avoir un stade, participer à la vie d'une région que de contempler un chiffre sur un carnet de dépôt." Dans cette optique, Salvatore Curaba et son équipe ont dressé une liste de priorités sportives, financières, sociétales et inclusives.
1. Respecter le budget
"Le plus gros challenge a été de construire le stade en 16 mois tout en respectant le budget. Le stade coûte 2 000 euros la place, ce qui est un prix contenu. Ailleurs, cela peut monter jusqu'à 10 000 euros."
2. Un stade en adéquation avec la taille de la Ville
"Trois à cinq pour cent des habitants viennent au foot, l'arrondissement de La Louvière, c'est 130-140 000 personnes, un stade de 8 000 places était suffisant, d'autant que cela correspond à la jauge imposée par la Fédération. Je préfère un petit stade plein qu'un grand stade à moitié vide."
3. Un stade "à l'anglaise"
"On vient d'un stade avec une piste d'athlétisme (le stade du Tivoli, à un dégagement de gardien de but du nouveau stade, NdlR), ce qui n'est pas l'idéal pour l'ambiance. Nous voulions l'inverse avec des supporters au plus près des joueurs. Nous voulions aussi que le stade soit fermé. Finalement, nous avons pu fermer trois angles sur quatre. Toujours dans cette optique d'installer une super ambiance, nous avons laissé une tribune debout pour nos Ultras." Des groupes de fervents supporters qui ont été responsabilisés "droit dans les yeux" par le président afin d'éviter les dérives si dommageables au monde du football.
4. Un stade non genré
"Quand je vois les filles de Super League que l'on fait jouer sur des terrains annexes, je trouve cela presque humiliant." Pour faire jouer les hommes et les femmes, la question de la pelouse s'est posée : gazon naturel, hybride ou full synthétique ? "Je voulais que le terrain reste impeccable, été comme hiver. Les fabricants ne pouvaient pas me garantir cela avec un gazon naturel voire hybride ou alors, à condition que les filles n'y jouent pas ou ne s'y entraînent pas…. Comme c'était exclu, nous avons opté pour un full synthétique – pour 500 000 euros, NdlR."
(1) Inauguration de l'Easi Arena le samedi 28 juin, à partir de 16h, avec des matchs de gala des équipes fanion dames et hommes entrecoupés par un spectacle unique signé Dragone.
Salvatore Curaba, une vie entre foot et business
- 23 août 1963. Naissance à La Louvière. Marié, père de deux enfants.
- 1981. À la fin des humanités, il opte pour un graduat en informatique : "Je voulais pouvoir travailler rapidement."
- 1985. Montée en division 1 avec le Sporting de Charleroi. Après 70 matches de D1, la direction lui demande de passer pro, il décline.
- 1987. En cinq années chez Sbai, société informatique spécialisée dans les logiciels pour hôpitaux, il passe de la fonction de programmeur à celle de chef de projet.
- 1991. Il devient commercial chez IBS (aujourd'hui, Iptor), société internationale en IT. Il continue de jouer au foot, à la RAAL et au Stade louvaniste, pour apprendre le néerlandais.
- 1993. Devient sales manager chez IBS et obtient son diplôme d'entraîneur.
- 1999. Pressenti comme directeur général chez IBS, il plaque tout pour fonder Easi, société informatique basée à Nivelles qui compte aujourd'hui 500 collaborateurs pour un chiffre d'affaires de plus de 45 millions d'euros.
- 2016. Il cède son poste de CEO chez Easi.2016
- 2017. Il décide de relancer la RAAL : "Mon challenge est de transposer le modèle participatif d'Easi au monde du football qui est malade et de faire de la RAAL un des meilleurs clubs de Belgique."
- 2025. Montée en D1A de la RAAL La Louvière, club qui compte 300 actionnaires, un centre d'entraînement performant à Strépy-Bracquegnies et last but not least, un stade flambant neuf.

