Le cartel pétrolier Opep + poursuit son offensive : le prix du baril va-t-il encore baisser ?
L'Opep + devrait fortement augmenter sa production d'or noir en juillet.
- Publié le 02-06-2025 à 08h05

Ce samedi, huit pays membres du cartel pétrolier Opep + ont annoncé qu'ils augmenteraient leur production de pétrole de 411 000 barils par jour en juillet. Ces pays sont l'Arabie saoudite, la Russie, l'Irak, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Kazakhstan, l'Algérie et Oman.
Comment interpréter cette annonce ? Depuis plusieurs années, la capacité mondiale de production de pétrole est supérieure à la demande. Or une offre supérieure à la demande peut provoquer une chute des prix.
Pour soutenir le cours du baril, le cartel pétrolier Opep + a mis en place une politique de restriction de l'offre, entre fin 2022 et mars 2025. Au total, le cartel a volontairement abaissé ses quotas de production de 5,9 millions de barils par jour, via cette politique de restriction de l'offre. Un effort considérable, puisqu'il représente plus de 5 % de la consommation mondiale de brut.
Notons que certaines coupes ont été décidées au sein du cartel, tandis que d'autres sont volontaires, c'est-à-dire mises en place par certains pays en dehors du cadre formel de l'Opep +.
Changement de cap
Mais le cartel a récemment changé de stratégie. En avril, il a augmenté sa production de 137 000 barils par jour. Ensuite, l'Opep + a accéléré la cadence, surprenant à chaque fois les marchés. En effet, les hausses de mai et de juin ont été trois supérieures à celle d'avril, avec une augmentation de la production de 411 000 barils par jour.
Et, ce samedi, l'Opep + a annoncé que l'augmentation de juillet serait aussi de 411 000 barils par jour. Le cartel pétrolier va donc nettement plus vite que prévu initialement pour augmenter sa production.
Avec quel impact sur les prix ? Le baril risque-t-il de chuter ce lundi ?
"Je ne pense pas que le prix du baril va s'écrouler, commente Jorge León, Head of Geopolitical Analysis chez Rystad. Le prix du pétrole avait déjà baissé vendredi, alors que des rumeurs concernant la future décision de l'Opep + avaient commencé à circuler. Cette dernière annonce du cartel est donc déjà partiellement intégrée dans les cours du pétrole."
Punir les tricheurs
Par ailleurs, qu'est-ce qui a motivé ce changement radical de stratégie de la part de l'Opep + ? "Le cartel a deux objectifs principaux, commente Jorge León. Premièrement, il voulait punir les pays qui produisent au-delà de leurs quotas, comme le Kazakhstan. Ensuite, l'objectif de l'Arabie saoudite, le leader de l'Opep +, est de faire plaisir à Donald Trump, qui avait promis un pétrole bon marché durant l'élection présidentielle."
Des éléments plus économiques ont probablement aussi joué. En effet, la politique de restriction de l'offre de l'Opep + lui a fait perdre des parts de marché, ces dernières années. Ce qui n'est pas vendu par le cartel doit forcément être fourni par d'autres pays producteurs.
En outre, l'efficacité des quotas aurait diminué avec le temps. Selon l'analyste Natasha Kaneva (JPMorgan), citée par le Financial Times, une réduction de la production de 1 million de barils par jour aurait augmenté les prix de 8 à 10 dollars par baril en 2023 et 2024. Mais l'impact serait tombé à environ 4 dollars par baril en 2025 et 2026. Bref, il serait devenu plus avantageux pour le cartel de vendre davantage de barils, même si c'est à un prix réduit.
Par ailleurs, notons que les producteurs américains de pétrole de schiste sont aujourd'hui menacés par la faiblesse des prix du pétrole. En effet, leurs coûts de production sont plus élevés et ils pourraient tomber sous le seuil de rentabilité. Si la production américaine de pétrole devait significativement baisser, cela pourrait faire remonter les prix du baril.

