Ombres… chinoises sur des places boursières mondiales fébriles
- Publié le 27-01-2020 à 19h22
- Mis à jour le 29-01-2020 à 19h07

Les craintes relatives à l'épidémie ont provoqué un début de prises de bénéfices sur les principales bourses mondiales.
Les opérateurs financiers ont saisi l'opportunité offerte par la crainte d'une extension de l'épidémie chinoise de coronavirus pour entamer lundi une sérieuse phase de prises de bénéfices sur les places boursières. Les bourses chinoises et asiatiques avaient donné le ton en matinée, avec des pertes globales de 2 à 3 %. Un mouvement qui s'est transmis presque mécaniquement en Europe, avec un mouvement d'accélération à l'approche de l'ouverture de Wall Street.
Anticipation d'un coup de froid
Que craignent les investisseurs ? Ils anticipent un coup de froid temporaire sur l'économie chinoise, alors qu'elle n'est déjà pas au mieux de sa forme, au point d'avoir conduit les autorités monétaires chinoises à donner du mou aux banques locales afin de relancer la machine. Et il y a matière à s'émouvoir, puisque les mesures prises par le gouvernement chinois pour contenir l'épidémie sont de nature à impacter l'économie : limitation des transports, tourisme freiné voire paralysé, et consommation ralentie.
Soucieux de restreindre encore l'affluence dans les transports en plein congé du Nouvel An lunaire, le gouvernement a suspendu lundi les voyages organisés en Chine et à l'étranger, nouveau coup dur pour le tourisme, poids lourd de l'économie avec 11 % du PIB en 2018 selon les chiffres officiels. Trip.com, géant chinois des réservations de voyages en ligne et qui lorgne une introduction à la Bourse de Hong Kong, a vu son titre à Wall Street s'effondrer de 18 % en quatre séances. Il a annoncé lundi proposer une "garantie d'annulation" gratuite. Les répercussions pourraient se faire sentir ailleurs en Asie, du Japon à la Thaïlande, où les dépenses des touristes chinois sont un moteur économique crucial, notamment dans le secteur du luxe.
Hermès et LVMH sous pression
Le phénomène a été particulièrement visible à la Bourse de Paris où sont cotées quelques enseignes pour lesquelles le marché chinois et une des clés de la croissance. Si l'indice Cac 40 a reculé plus vivement que les autres indicateurs de tendance boursiers européens, c'est notamment en raison de la présence dans sa composition de quelques poids lourds du luxe, Hermès, Kering, L'Oréal et LVMH. Cela étant, on a clairement vu une mécanique de prises de bénéfices démarrer, avec un risque évident d'aggravation.
Les ventes appelant les ventes, des fonds ont commencé à alléger leurs positions sur les gros indices, ce qui pèse sur l'ensemble des marchés, même sur des valeurs qui sont théoriquement décorrélées de l'économie chinoise. La crainte est de voir les opérateurs se saisir du prétexte de l'épidémie pour engranger une bonne partie des bénéfices dégagés l'an passé, soit une bonne vingtaine de pourcents en moyenne. L'indice VIX de la Bourse de Chicago, qui mesure la volatilité boursière, aussi appelé "indice de la peur", a bondi de 22 % lundi. La panique n'est pas loin.
Conséquence de ce reflux boursier, les capitaux dégagés ont cherché à se loger dans quelques niches plus sûres. Les obligations d'État ont donc grimpé, faisant redescendre les rendements. L'obligation belge de référence à 10 ans dont le rendement était revenu en territoire positif, affichait hier un rendement négatif de 0,12 %. L'once d'or a, pour sa part, poursuivi sur sa tendance à la hausse pour se rapprocher de la barre des 1 600 dollars à 1 578 dollars, après une progression de 1,50 % en une semaine. Ce qui ne traduit toutefois pas une fuite effrénée vers la sécurité. Enfin, sur le front des devises, le yen a encore attiré les cambistes. En une semaine, la monnaie japonaise a progressé de 2 % face à l'euro.
