Malgré Trump et le recul des préoccupations environnementales, les Belges misent sur les placements verts. Mais à condition que cela rapporte…
C'est le constat tiré par ING à l'occasion de la publication de son dernier Baromètre des investisseurs. Par ailleurs, face aux incertitudes géopolitiques et économiques, l'attentisme est de mise.

- Publié le 17-05-2025 à 17h06
- Mis à jour le 23-05-2025 à 16h04

Les Belges sont-ils portés sur les investissements durables ? De tels placements verts sont-ils, à leurs yeux, aussi rentables que des placements plus classiques ? Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, au discours anti-environnemental assumé, change-t-il la donne ?
Le Baromètre ING des investisseurs, qui mesure chaque mois le degré de confiance des investisseurs particuliers belges, apporte dans sa dernière livraison un certain nombre de réponses à ces questions. Avec d'abord un premier constat : malgré le recul des préoccupations environnementales dans la liste des priorités de bon nombre de dirigeants politiques et d'institutions financières internationales au profit par exemple des enjeux liés à la défense ou à la compétitivité économique, les investisseurs belges n'ont pas sensiblement changé d'avis sur la question du développement durable.
Ainsi, le Baromètre ING des investisseurs nous apprend que 82 % des personnes interrogées estiment que le réchauffement climatique est un fait avéré. En novembre 2020, seulement 78 % d'entre elles étaient d'accord avec cette affirmation. Autre chiffre : quatre investisseurs sur dix pensent que les banques ne devraient accorder des crédits qu'aux entreprises qui s'efforcent de produire de manière durable, même si cela pourrait mettre en difficulté les entreprises qui ne le sont pas. "Cette opinion est plus répandue chez les investisseurs francophones (47 %) que chez les néerlandophones (37 %). Seuls 23 % des investisseurs belges ne sont pas d'accord avec cette affirmation", précise encore ING dans un communiqué.
Six Belges sur dix
Et concrètement, le Belge place-t-il son épargne dans des placements durables ? Selon le coup de sonde d'ING, environ six investisseurs sur dix tiennent compte du réchauffement climatique lors de la constitution de leur portefeuille d'investissement : 18 % dans une large mesure et 44 % dans une mesure limitée. "Le fait que le pourcentage d'investisseurs prenant en compte le réchauffement climatique dans la composition de leurs portefeuilles soit resté pratiquement constant au cours des cinq dernières années, malgré la diminution de l'attention politique accordée au phénomène, est assez remarquable. Il convient toutefois de préciser qu'il s'agit d'une déclaration difficile à vérifier dans la pratique", explique Peter Vanden Houte, chef économiste d'ING, cité dans le communiqué.
Vraisemblablement, la crise énergétique de ces dernières années, qui a profité aux producteurs de combustibles fossiles, a quelque peu terni la croyance dans les rendements supérieurs des investissements respectueux de l'environnement."
Attention, le Belge n'est pas prêt à miser sur des placements verts à n'importe quelles conditions. Ainsi deux investisseurs sur trois ne souhaitent investir, directement ou par l'intermédiaire de fonds d'actions, de manière durable que si le rendement escompté est... aussi élevé que pour les investissements non durables. Et une petite majorité relative des investisseurs pense qu'investir dans des entreprises qui tiennent compte de leur impact environnemental rapportera plus au cours des cinq prochaines années que d'investir dans des entreprises qui n'en tiennent pas compte. "Cette conviction s'est néanmoins quelque peu affaiblie par rapport aux enquêtes précédentes que nous avons menées sur ce sujet. Vraisemblablement, la crise énergétique de ces dernières années, qui a profité aux producteurs de combustibles fossiles, a quelque peu terni la croyance dans les rendements supérieurs des investissements respectueux de l'environnement ", ajoute Peter Vanden Houte.
Vis-à-vis des placements durables, le Belge adopte donc une approche résolument pragmatique, avec un engagement en partie en tout cas intéressé. Comme dans beaucoup d'autres domaines…
Face aux incertitudes, l'heure est à l'attentisme pour les investisseurs particuliers
De manière plus générale, le baromètre ING des investisseurs a de nouveau fortement chuté en avril, tombant à 77 points, son niveau le plus bas depuis novembre 2022. C'est le deuxième mois consécutif que le baromètre s'établit en dessous de son niveau "neutre" de 100 points, ce qui indique que les investisseurs belges suivent avec une certaine anxiété les développements financiers et économiques : 48 % des investisseurs particuliers sondés s'attendent à une détérioration de la situation économique en Belgique au cours des trois prochains mois, tandis qu'un cinquième seulement anticipe une reprise du cycle économique.
La correction des marchés boursiers en avril, sur fond de guerre commerciale enclenchée par Donald Trump depuis son fameux "Liberation Day", a également visiblement marqué les esprits : plus de la moitié des investisseurs ont ainsi déclaré des rendements négatifs pour leur portefeuille.
Le pourcentage d'investisseurs qui voient la bourse de Bruxelles chuter dans les trois prochains mois (48 %) est plus élevé pour le sixième mois consécutif que le pourcentage d'investisseurs qui envisagent une hausse de la bourse (23 %).
Enfin dernier constat, logique vu ce qui précède: face aux incertitudes géopolitiques et économiques et dans un contexte de tensions commerciales, l'heure est à l'attentisme du côté des investisseurs particuliers. Ainsi, seulement 21 % d'entre eux pensent que c'est le "bon moment" pour investir dans des secteurs plus risqués. Et 42 % n'en ont pas l'intention pour le moment, ce qui est le chiffre le plus élevé depuis octobre 2022.
