"C'est pour cette raison que Donald Trump avait conseillé à Israël de ne pas attaquer l'Iran"
Bernard Keppenne, le chef économiste de CBC, évoque les conséquences possibles du conflit au Moyen-Orient.
- Publié le 13-06-2025 à 11h50
- Mis à jour le 13-06-2025 à 16h40

Ce vendredi, les Bourses asiatiques et européennes ont ouvert dans le rouge, en raison de l'attaque israélienne en Iran. De son côté, le baril de pétrole a flambé, avant de modérer sa hausse. Le Brent a ainsi bondi d'environ 12 % durant la nuit, avant de redescendre à 75 dollars (+ 6 %).
Mais quel pourrait être l'impact à plus long terme de ce conflit au Moyen-Orient ? Tentative de réponse avec Bernard Keppenne, chef économiste de la banque CBC.
Rappelons d'abord quelques statistiques. Selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), 20,9 millions de barils de pétrole par jour ont transité par le détroit d'Ormuz en 2023. Cela correspond à environ à 20 % de la consommation mondiale d'or noir. Or l'Iran a la capacité de perturber le transit par Ormuz, s'il voulait internationaliser son conflit avec Israël.
En outre, Téhéran pourrait lancer des frappes sur des sites d'extraction de pétrole situés en Arabie saoudite ou en Irak, les deux plus gros producteurs de l'Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Une éventuelle escalade du conflit Iran-Israël pourrait donc avoir un impact majeur sur les prix du pétrole.
Donald Trump pas content
"Si le conflit entre l'Iran et Israël devait s'internationaliser, via des attaques iraniennes sur Ormuz ou des champs pétroliers du golfe Persique, le baril pourrait grimper jusqu'à 100 dollars, avance Bernard Keppenne. C'est d'ailleurs pour cela que Donald Trump avait conseillé à Israël de ne pas attaquer l'Iran. Le président américain voulait en effet éviter une flambée du prix du baril de pétrole".
"C'est pour cela que Donald Trump avait conseillé à Israël de ne pas attaquer l'Iran. Le président américain voulait en effet éviter une flambée du prix du baril de pétrole."
Le baril bon marché, qu'avait réussi à obtenir Donald Trump, est en effet un rempart contre le risque inflationniste consécutif à l'introduction de ses tarifs douaniers. En cas de remontée durable du prix du pétrole, le Républicain ne pourra donc plus compter sur ce coup de pouce pour freiner l'inflation.
Par ailleurs, il faudrait voir comment réagirait la Banque centrale américaine (la Fed) face à une possible remontée durable des prix du pétrole. Pour rappel, la Fed doit favoriser la création d'emplois (et donc l'activité économique), mais aussi veiller à la stabilité des prix (et donc éviter une inflation excessive).
La Fed prise entre deux feux
"La Fed est prise entre deux feux, ajoute Bernard Keppenne. Elle doit faire face simultanément à un risque de remontée de l'inflation et à un risque de ralentissement économique". Or il faut remonter les taux pour lutter contre l'inflation et les abaisser pour stimuler l'activité économique. Un casse-tête donc…
Notons également qu'un baril cher aurait de multiples conséquences sur les marchés boursiers. "Le pétrole cher freine l'activité économique et pénalise donc les marchés boursiers", explique Bernard Keppenne. Et, comme indiqué plus haut, une remontée du prix du baril pourrait inciter la Fed à reporter ses baisses des taux, ce qui pénaliserait les marchés d'actions. "Avant cette attaque, on anticipait une première baisse des taux de la Fed en septembre, ajoute Bernard Keppenne. Il faudra voir si ce calendrier n'est pas remis en cause".
Sans compter qu'un conflit armé pèse, en tant que tel, sur les marchés boursiers.
Ceci dit, il n'est pas du tout certain que la situation au Moyen-Orient débouchera sur une crise profonde. Bernard Keppenne rappelle qu'il y avait déjà eu des tensions importantes en 2020, quand le général iranien Qassem Soleimani avait été assassiné. "Il y avait eu une forte réaction des marchés, se souvient-il. Mais les choses s'étaient vite calmées".
Les Bourses européennes limitaient d'ailleurs leurs pertes, ce vendredi en cours de journée. Ainsi, Bruxelles perdait moins de 1 %, contre un peu plus de 1 % pour Paris et Francfort.
Il faudra voir aussi comment réagira l'Opep + dans les semaines à venir. Pour rappel, l'Arabie saoudite, le leader du cartel pétrolier, a décidé de progressivement augmenter la production de l'Opep +, en mars dernier. Un changement de politique qui avait fait baisser le prix du baril. L'Opep + va-t-elle profiter de la hausse des prix pour produire davantage ? "Je pense plutôt que le cartel va augmenter sa production au même rythme que prévu", répond Bernard Keppenne.

