Des vrais jumeaux aux (faux?) clones
Parmi les innombrables interrogations de toute nature que soulève le clonage, il y a la question suivante: alors que la preuve par l'ADN des deux premiers bébés présumés clonés, produits de Clonaid, se fait furieusement attendre, les clones n'existent-ils pas depuis la nuit des temps en la personne des"vrais´ jumeaux?
- Publié le 06-01-2003 à 00h00

ÉCLAIRAGE
Parmi les innombrables interrogations de toute nature que soulève le clonage, il y a la question suivante: alors que la preuve par l'ADN des deux premiers bébés présumés clonés, produits de Clonaid, se fait furieusement attendre, les clones n'existent-ils pas depuis la nuit des temps en la personne des"vrais´ jumeaux?
Ou plus exactement quelle différence y a-t-il entre les jumeaux dits monozygotes ou homozygotes et les éventuels bébés issus de la technique du clonage?
A cette question, Axel Kahn, biologiste à l'INSERM et membre du Comité consultatif national français d'éthique, a répondu que si "les vrais jumeaux correspondent en effet à des copies génétiques l'un de l'autre, l'immense différence avec la situation d'une personne adulte qui déciderait de se reproduire par clonage est celle d'une sujétion. Aucun des deux jumeaux ou jumelles n'a voulu l'autre à son image... En revanche, un homme et une femme se reproduisant de cette manière, prendraient la décision de créer un autre être dont ils prédétermineraient le sexe, la couleur des yeux, des cheveux... et tant d'autres caractéristiques. Même limitée à l'enveloppe corporelle, une telle maîtrise est un assujettissement´.
"Outre le projet de conception qui différencie considérablement les"vrais´ jumeaux des clones, nous explique encore le Pr Gaston Verellen, responsable du service néonatologie et pédiatrie des Cliniques universitaires Saint-Luc, il y a évidemment le fait que le matériel génétique des seconds provient d'une seule personne et que les"compteurs n'ont pas été remis à zéro´, si l'on peut dire. Dans la mesure où ce"rafraîchissement´ du matériel génétique déjà légèrement usagé n'a pas eu lieu, on invoque une série de processus susceptibles de provoquer des malformations, tel un vieillissement précoce, comme on a pu le constater avec la brebis Dolly.´
Une espèce rare
Sur le plan strictement biologique, les jumeaux monozygotes sont issus de la division d'un seul oeuf fécondé par un seul spermatozoïde, ce qui signifie qu'ils sont nécessairement du même sexe mais qu'en outre, ils partagent le même patrimoine génétique. L'oeuf unique se divise en deux embryons portant exactement les mêmes chromosomes.
S'ils représentent, au sein de l'ensemble des jumeaux, environ 20 pc des naissances contre 80 pc de faux jumeaux (dizygotes), les"vrais´ jumeaux restent rares, puisqu'ils ne comptent que 0,04 pc du total des naissances.
Il n'empêche qu'ils intriguent et qu'ils offrent un intéressant"champ d'études´ aux scientifiques notamment et ce, à plusieurs titres. Alors que l'ombre de clones semble se profiler à un horizon peut-être pas si lointain, on aimerait savoir dans quelle mesure un patrimoine génétique identique peut intervenir au niveau du devenir de deux êtres élevés dans des contextes différents et, en l'occurrence, à des époques décalées.
Plusieurs études ont tenté de départager l'influence du milieu et celle de l'hérédité, en observant des"vrais´ jumeaux élevés séparément. Au niveau de la personnalité, René Zazzo, psychologue de l'enfance, a mis en évidence le rôle prédominant de l'hérédité dans la formation du caractère et de la personnalité.
Sur le plan physiologique, certaines similitudes troublantes ont été constatées chez les jumeaux monozygotes. Ainsi l'apparition des premières dents est-elle pratiquement simultanée chez les jumeaux monozygotes. De même, le moment d'apparition des premières règles se révèle identique chez 92 pc des"vraies´ jumelles.
Partageant le même patrimoine génétique, vrais jumeaux et clones futurs sont forcément porteurs des mêmes anomalies - à moins que l'on ne clone pas un être"anormal´ - : daltonisme, hémophilie, albinisme, maladie de Parkinson... Une étude a démontré que, chez les jumeaux monozygotes, si un des enfants est atteint d'autisme, l'autre l'est également dans 90 pc des cas (de 0 à 6 pc chez les dizygotes). Le taux de concordance pour la schizophrénie ou l'obésité est lui aussi largement supérieur, avec une concordance quasi absolue de la corpulence de vrais jumeaux élevés séparément dans des familles adoptives différentes.
Nettement plus surprenantes sont les similitudes au niveau des profils pathologiques pour des affections microbiennes ou autres. Décédés d'un infarctus du myocarde à 70 ans, le même jour à quelques heures d'intervalle, mais dans des lieux très éloignés, les frères Mowforth demeurent une énigme.
Faudrait-il en déduire que, sauf accident, la mystérieuse Eve saura bien avant l'heure de quoi et quand elle mourra? Horreur!
© La Libre Belgique 2003
