Maroc: manifestations pour des réformes et limiter les pouvoirs du roi
Des milliers de Marocains ont participé dimanche à des manifestations dans plusieurs villes du pays pour réclamer des réformes politiques, dont une limitation des pouvoirs du roi, premier mouvement de ce type dans le pays depuis le début des révoltes dans le monde arabe.
- Publié le 20-02-2011 à 14h21
- Mis à jour le 20-02-2011 à 14h30

Des milliers de Marocains ont participé dimanche à des manifestations dans plusieurs villes du pays pour réclamer des réformes politiques, dont une limitation des pouvoirs du roi, premier mouvement de ce type dans le pays depuis le début des révoltes dans le monde arabe.
Entre 3.000 et 4.000 personnes - 1.500 en excluant les badauds, selon une source policière - se sont rassemblées à Rabat avant de défiler dans une grande artère du centre scandant "le peuple veut le changement" ou dénonçant "la corruption".
Des manifestations rassemblant plusieurs milliers de personnes ont également eu lieu dans d'autres villes marocaines, dont Casablanca, Tanger et Marrakech. Aucun incident majeur n'avait été signalé en milieu de journée.
Dans la foulée des événements de Tunisie et d'Egypte, de jeunes Marocains avaient lancé sur Facebook le mouvement "du 20 février", appelant à manifester pacifiquement pour réclamer une nouvelle Constitution, limitant notamment les pouvoirs du roi, et plus de justice sociale.
L'appel à des manifestations "pacifiques" a ensuite été appuyé ou repris par des ONG ainsi que par l'organisation de jeunesse de l'association islamiste Justice et bienfaisance, mouvement non reconnu mais toléré, considéré comme l'un des plus importants du Maroc.
Un des fondateurs de l'appel sur Facebook avait annoncé son retrait à la veille de la manifestation, évoquant des divergences notamment avec les islamistes, qui sont venus nombreux à la manifestation de Rabat.
Selon un journaliste de l'AFP, environ 4.000 personnes ont manifesté à Casablanca, principale ville du pays, scandant: "liberté, dignité, justice". Des groupes de gauche demandaient "moins de pouvoirs pour la monarchie", et certaines banderoles proclamaient: "Le roi doit régner et non gouverner" ou "le peuple veut une nouvelle Constitution".
"On n'a rien contre le roi mais on veut plus de justice et du travail", ont confié Brahim et Hassan, deux jeunes diplômés d'une école technique qui manifestaient à Casablanca et n'ont donné que leur prénom.
A Rabat, où la police se montrait discrète, Brahim Abou Dahal, un enseignant de 52 ans, a dit être venu pour réclamer une constitution "plus démocratique". "Il faut élargir les pouvoirs du Premier ministre pour qu'il soit responsable devant le peuple", a-t-il déclaré à l'AFP.
Le Maroc est une "monarchie constitutionnelle" dans laquelle le roi dispose de pouvoirs très étendus et nomme le Premier ministre. Une étudiante de 20 ans, Aicha, a expliqué être venue manifester contre la corruption et pour une "amélioration des conditions de vie" dans ce pays où les inégalités demeurent très forte et le chômage des jeunes élevé.
Les principaux partis politiques marocains dont l'Istiqlal (du Premier ministre Abbas El Fassi) s'étaient prononcés contre l'appel à manifester.
Le Maroc a jusqu'à présent été épargné par les mouvements de contestation qui ont renversé les régimes en place en Tunisie puis en Egypte et ont maintenant gagné d'autres pays du monde arabe dont la Libye.
Pour de nombreux analystes, le Maroc doit notamment cette situation à la légitimité de sa monarchie et à une certaine ouverture du jeu politique. Des voix ont cependant commencé à s'élever récemment pour réclamer une évolution vers un système de monarchie parlementaire dans lequel le roi "règnerait mais ne gouvernerait pas".
Le ministre des finances Salahedine Mezouar avait jugé "positif" samedi que de jeunes Marocains s'expriment sur Facebook tout en mettant en garde contre les risques de "dérapage". Soucieuses de prévenir des mouvements sociaux, les autorités marocaines ont augmenté récemment les subventions destinées à éviter des hausses des produits de première nécessité, comme la farine ou le sucre.
Le cousin du roi apporte son soutien aux manifestations Le prince Moulay Hicham El Alaoui, cousin du roi Mohammed VI, a appelé à la démocratisation du système et apporté son soutien aux milliers de Marocains qui défilent dimanche pour demander des réformes politiques. "Personnellement, j'adhère à toute initiative qui appelle à la démocratisation de notre système politique, en prenant en compte la nécessité que cela soit fait de manière pacifiste et tolérante. En l'occurence, il semblerait que ce mouvement réunit toutes ces conditions et donc j'y adhère", a déclaré le prince au cours d'un entretien sur la chaîne d'information France 24. Plusieurs milliers de Marocains manifestaient dimanche à Casablanca et Rabat à l'appel du mouvement du "20 février" lancé sur le réseau social Facebook, pour réclamer des réformes politiques et une limitation des pouvoirs du roi, premier mouvement de ce type dans le pays depuis le début des révoltes qui secouent le monde arabe. "Les gens veulent voir aujourd'hui un progrès, des réformes politiques, dans un contexte monarchique", a souligné le cousin du roi, surnommé le "prince rebelle", car il est volontiers critique vis-à-vis de la monarchie marocaine et du système politique dans ce pays. "Sur un plan juridique et constitutionnel, la monarchie est absolue, mais cela ne veut pas dire que le système politique est fermé ou totalitaire. C'est un système autoritaire souple", a estimé le prince, qui est chercheur à l'université de Stanford aux Etats-Unis. Moulay Hicham El Alaoui a aussi souhaité, pour "pérenniser la monarchie", qu'il juge "légitime et culturellement ancrée", une évolution vers la monarchie constitutionnelle de type espagnole ou britannique. Le Prince a rejeté tout rôle dans une éventuelle transition politique qu'il souhaite: "L'aiguillonnage oui, le pilotage cela ne me concerne pas".
