Mali: les nouvelles armes jihadistes
Des combats opposant soldats maliens et islamistes ont éclaté dimanche après-midi dans le centre de Gao, récemment reprise par les militaires français et maliens aux groupes islamistes armés.
- Publié le 11-02-2013 à 04h15
- Mis à jour le 11-02-2013 à 07h40
Des combats opposant soldats maliens et islamistes ont éclaté dimanche après-midi dans le centre de Gao, récemment reprise par les militaires français et maliens aux groupes islamistes armés. Mais la plus grande ville du nord du Mali, région où les jihadistes ont de surcroît posé des mines, a aussi été frappée par deux attentats-suicides. Ces nouveaux modes d'action, s'ils ne surprennent pas vraiment les spécialistes, marquent un tournant dans un conflit qui promet d'être long.
Les affrontements à Gao surviennent après un attentat suicide visant dans la nuit de samedi à dimanche un poste de contrôle à l'entrée nord de la ville. Aucun militaire malien n'a été atteint dans l'explosion, selon les soldats sur place. Mais la route menant vers le nord et les villes de Bourem et Kidal a été fermée et aucun véhicule n'était autorisé à l'emprunter. Trois mines antipersonnel ont aussi été découvertes dans la zone, selon un militaire français, qui a précisé que l'armée allait les faire sauter dans une explosion contrôlée.
Le premier attentat-suicide commis au Mali, vendredi, avait été revendiqué par le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), l'un des groupes armés qui occupait depuis des mois le nord du pays, y multipliant les exactions. Il avait menacé d'attaquer des convois, de poser des mines et d'utiliser des kamikazes. "Nous nous engageons à augmenter les attaques contre la France et ses alliés. Nous demandons à la population de se tenir loin des zones militaires pour éviter les explosions", a de nouveau mis en garde samedi le porte-parole du Mujao, Abou Walid Sahraoui.
Gao avait été reprise le 26 janvier par les armées française et malienne aux groupes islamistes armés liés à al Qaeda, dont le Mujao. Chassés des villes du nord qu'ils contrôlaient depuis des mois par les frappes aériennes françaises et la progression terrestre de militaires français et maliens, ils ont visiblement décidé de recourir à la tactique des attentats, ainsi qu'à la pose de mines sur les routes. "C'est un kamikaze qui s'est fait exploser", a déclaré dimanche un soldat malien sur les lieux de l'attentat, à proximité d'un poste de contrôle, déjà visé par un attentat suicide vendredi. La tête de l'auteur de l'attentat, un homme arabe ou touareg, gisait encore sur le sol dimanche matin. A côté, un lambeau de jambe était recouvert d'un pantalon de treillis, laissant supposer que l'assaillant avait revêtu un uniforme pour pouvoir s'approcher du poste de contrôle.
La sécurité du poste de contrôle avait été fortement renforcée depuis qu'un homme portant un uniforme de la gendarmerie malienne s'était fait exploser vendredi à proximité, blessant légèrement un militaire malien. Les effectifs ont été doublés et le poste est désormais protégé par deux murs de sacs de sable séparés de 300 mètres. Les arbres alentours ont été rasés pour améliorer la visibilité et des mitrailleuses lourdes placées en batterie.
En ville, soldats maliens et nigériens patrouillent continuellement dans leurs pick-up camouflés, traduisant l'inquiétude des militaires, qui prennent très au sérieux les menaces de nouvelles attaques. "Dès qu'on sort de plus de quelques kilomètres de Gao, c'est dangereux, on peut se faire tirer dessus", a confié un officier malien. Selon des sources militaires, françaises et maliennes, plusieurs des villages entourant Gao sont acquis à la cause des islamistes. Deux jeunes portant des ceintures bourrées d'explosifs ont aussi été arrêtés samedi matin à 20 kilomètres au nord de Gao. Et des mines ont été posées sur les routes alentours : quatre civils maliens ont été tués mercredi par une mine au passage de leur véhicule entre Douentza et Gao. Le 31 janvier, deux soldats maliens avaient déjà été tués dans une explosion similaire, sur la même route. (AFP)
