L'hôpital miné par la violence
Tensions et agressions en série, en milieu hospitalier. Pas seulement à Marseille.
- Publié le 06-09-2013 à 12h56
- Mis à jour le 06-09-2013 à 13h00
Les faits remontent à la mi-août déjà, mais ils n'ont été portés que jeudi à la connaissance du grand public. Ils concernent un patient de l'Hôpital Nord de Marseille (Bouches du Rhône), qui y était soigné pour des blessures par balles. En pleine nuit, craignant que ses agresseurs viennent l'achever dans sa chambre, il a contraint les personnels médicaux à bloquer tous les accès à l'unité. Muni d'un revolver, le forcené les a menacés de mort s'ils n'obtempéraient pas, ou donnaient l'alerte. Il a finalement été maîtrisé, aucun blessé n'étant déploré.
Jeudi, l'affaire n'en a pas moins fait du bruit. Y a contribué la façon dont des médias l'ont relatée, parlant de "prise d'otages" et de "séquestration". Les deux termes ont été jugés totalement exagérés par l'hôpital, les forces de l'ordre locales, et même le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls. Mais cela n'a pas empêché l'emballement médiatique.
Un été marqué par les violences à l'hôpital
Marseille, il est vrai, vit en ce moment une campagne électorale (pour les municipales de 2014) entièrement centrée sur l'insécurité. Les règlements de comptes ont déjà tué dix-sept fois dans cette ville, depuis janvier – deux personnes ont encore été abattues ce jeudi (lire ci-contre). Et son bouillant sénateur-maire, l'UMP Jean-Claude Gaudin, entretient une polémique médiatique permanente avec le ministre Valls à propos des effectifs de la police nationale, qu'il juge insuffisants dans sa ville.L'affaire de l'Hôpital Nord a relancé le débat sur "le climat de peur" qui, selon nombre de soignants, règne en milieu hospitalier. "La violence y est devenue presque quotidienne", a dénoncé, jeudi, un agent des hôpitaux publics de Marseille. Ville où, en août déjà, à l'Hôpital de la Conception cette fois, un infirmier avait été poignardé par un patient furieux de devoir attendre aux urgences, vu l'affluence. Précédemment, à l'Hôpital Nord encore, un patient avait été arrêté en train de se promener dans les couloirs avec une arme. Un autre avait défoncé des portes de l'hôpital et menacé le médecin qui venait de lui prescrire un arrêt maladie jugé trop court. Le même mois – le phénomène ne concernant pas que Marseille –, une infirmière d'un hôpital de Bourgoin-Jallieu (Rhône-Alpes) avait été menacée d'un couteau de boucher.
Pas seulement une réponse sécuritaire
"Il faut réagir ! On ne va pas en arriver à devoir mettre des modules de close-combat dans la formation des infirmières !", a tempêté, jeudi, un dirigeant de la section hospitalière du syndicat Force ouvrière. Il faut "déployer l'armée à l'intérieur des hôpitaux", a renchéri la sénatrice PS de Marseille qui, il y a peu, avait demandé pareil déploiement dans les quartiers victimes de la guerre des gangs.
Pour l'association des médecins urgentistes de France, en revanche, si "la répression la plus forte" doit frapper les auteurs de violences à l'hôpital, "la solution n'est pas dans le tout-sécuritaire". Il faut par exemple agir en priorité sur l'engorgement permanent des services d'urgences. Qui allonge considérablement les délais d'attente des patients, tend le climat dans ces services, et est donc lui-même "facteur de violence".
En 2012, 11000 cas de violence ont été répertoriés dans des établissements de santé en France, dans 350 institutions différentes.
