Des primaires peu concluantes pour les Verts européens

Les chefs de file des écologistes pour le scrutin européen de mai sont connus ce mercredi.

Gilles Toussaint
Des primaires peu concluantes pour les Verts européens
©BELGA

C'est ce mercredi sur le coup de 11h que les Verts européens connaîtront les noms qui composeront le duo appelé à conduire leur campagne pour le scrutin du mois de mai. Pour la première fois, les sympathisants écologistes étaient invités à désigner directement leurs "champions" via un vote organisé sur Internet. Quatre candidats étaient en lice : l'actuelle coprésidente du groupe des Verts au Parlement européen Rebecca Harms, le Français José Bové, l'Italienne Monica Frassoni et l'étoile montante des "Grünen" allemands Ska Keller.

Une faible participation

Lancée en novembre dernier, cette primaire 2.0 a pris fin mardi soir sur un taux de participation très décevant. Loin des 100000 votes escomptés, le décompte final devrait tourner de 15 000 à 20 000 bulletins déposés dans cette urne virtuelle. Parmi les raisons avancées pour expliquer cette désaffection, l'attachée de presse des Verts au Parlement européen pointe notamment du doigt des problèmes techniques ou encore le fait qu'en dehors de José Bové, les candidats en course étaient assez peu connus à l'échelle de l'UE.

Cette primaire en ligne pourrait néanmoins favoriser l'émergence d'une nouvelle génération. Selon toute vraisemblance, la jeune Ska Keller pourrait en effet remporter davantage de suffrages que la vétérante Rebecca Harms. Et, forte de cette nouvelle légitimité, il n'est pas exclu qu'elle revendique dans la foulée la tête de liste des Verts allemands qu'occupait son aînée lors des scrutins de 2004 et 2009. Un scénario qui, s'il se vérifie, risque d'engendrer des secousses au sein de la galaxie écologiste européenne dont les "Grünen" constituent depuis 25 ans la composante la plus importante et la plus stable, explique un observateur averti.

Un tel renouvellement des cadres ne déplairait pas forcément à tout le monde. "Souriante, lumineuse, orientée vers les solutions plutôt que les problèmes", Ska Keller a su incarner "une force plus mobilisatrice" lors des débats publics qui ont ponctué ces primaires, ajoute-t-il. Une image qui constitue un atout auprès de l'électorat jeune et qui tranche avec celle de la compétente mais austère Rebecca Harms.

"Un progrès pour la démocratie"

Parmi les autres figures de cette génération montante, l'eurodéputé Sven Giegold réaffirme pour sa part sa foi dans cette formule des primaires. "Pour moi, cela représente un progrès pour la démocratie européenne parce qu'il n'avait jamais été possible auparavant qu'un citoyen allemand vote pour un candidat italien ou un Français pour un Allemand. Bien sûr, j'aurais aimé que la participation soit plus importante, mais il ne faut pas oublier que nous n'avons pas cette culture des primaires comme aux Etats-Unis. Je pense que nous devons poursuivre dans cette direction qui consiste à donner la possibilité aux gens de se prononcer directement sur les enjeux européens au niveau européen."

Le manque d'implication des sympathisants peut sans doute aussi s'expliquer par l'absence de réels contrastes entre les candidats, estime encore Sven Giegold. "Bien sûr, on peut sentir que Rebecca Harms met davantage l'accent sur les politiques environnementales, alors que Monica et Ska sont plus tournées vers les questions de migration et que José Bové est davantage branché sur les enjeux liés à l'agriculture et au commerce. Mais finalement, ils affichent peu de divergences de vues réelles. Or, une primaire a besoin de ce genre de débats conflictuels qui offrent un choix plus tranché aux membres du parti."

Concernant les remous possibles que ce scrutin interne pourrait déclencher au sein de la famille écologiste allemande, notre interlocuteur se montre très prudent. Rebecca Harms n'était pas très fan de ce processus mais elle a joué le jeu, explique-t-il. "Et il est évidemment plus délicat de prendre part à ce genre de référendum quand vous êtes dans la position du leader que dans celle du prétendant."

"Par rapport aux autres partis où les choses sont cadenassées, nous avons une tradition d'ouverture et nous comptons beaucoup de candidats forts", conclut un Sven Giegold, manifestement embêté par cette situation.

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