Felipe VI de Bourbon: "Un règne exceptionnel devient aujourd'hui partie de notre histoire"
Felipe VI de Bourbon, nouveau roi d'Espagne, a prêté serment jeudi au parlement, jurant fidélité à la Constitution, après l'abdication de son père Juan Carlos au terme de 39 ans de règne.
- Publié le 19-06-2014 à 10h54
- Mis à jour le 19-06-2014 à 13h46
Felipe VI de Bourbon, nouveau roi d'Espagne, a prêté serment jeudi au parlement, jurant fidélité à la Constitution, après l'abdication de son père Juan Carlos au terme de 39 ans de règne.
"Je jure de remplir fidèlement mes fonctions, de respecter et faire respecter le Constitution et les lois et de respecter les droits des citoyens et des régions autonomes", a déclaré le nouveau roi, âgé de 46 ans, sous les applaudissements des députés et sénateurs réunis au Congrès.
Il a également rendu hommage à son père Juan Carlos, qui a abdiqué en sa faveur, louant son rôle dans "la réconciliation des Espagnols" après la dictature franquiste.
"Un règne exceptionnel devient aujourd'hui partie de notre histoire, avec un héritage exceptionnel", a déclaré le roi, âgé de 46 ans, lors de son discours de proclamation devant le Parlement.
Il a également proclamé jeudi sa "foi dans l'unité de l'Espagne", face à la montée du séparatisme catalan, promettant également une monarchie "intègre et transparente" après les scandales ayant touché la famille royale.
"Nous voulons une Espagne en laquelle tous les citoyens retrouvent la confiance dans ses institutions" et "où toutes les formes de se sentir espagnol ont leur place", a-t-il déclaré dans son discours de proclamation, devant le Congrès des députés.
Un roi moderne
Moderne et discret, Felipe VI de Bourbon a été élevé dans un unique objectif: devenir roi d'Espagne. Un rôle taillé depuis l'enfance, qu'il assume aujourd'hui en prenant, à 46 ans, la succession de son père, Juan Carlos.
Etudes à l'étranger, formation militaire: "Son objectif, son seul objectif, est de servir l'Espagne. Il lui a été inculqué, dans son for intérieur, qu'il doit en être le premier serviteur", a confié un jour sa mère, la reine Sofia.
Sa mission: assurer la continuité d'une monarchie parlementaire instaurée progressivement avec l'arrivée sur le trône en 1975 de Juan Carlos, désigné par le dictateur Francisco Franco comme son successeur.
Son grand défi: convaincre, dans un pays où le soutien populaire à la monarchie a atteint un plus bas historique après une série de scandales qui l'ont cependant épargné, où l'unité nationale est mise à l'épreuve par les séparatismes catalan et basque.
Dans son premier discours de futur roi, le 4 juin, Felipe promettait de "mettre toutes ses forces" au service d'une Espagne "unie et diverse, qui plonge ses racines dans une histoire millénaire".
Le visage sérieux mais souriant, d'apparence plus réservée que son père, le prince héritier a longtemps vécu dans l'ombre de Juan Carlos.
Mais les ennuis de santé à répétition du roi, sa partie de chasse à l'éléphant au Botswana, en avril 2012, très controversée dans une Espagne enfoncée dans la crise, et l'enquête pour corruption visant sa fille cadette Cristina et l'époux de celle-ci, Iñaki Urdangarin, ont entamé la popularité du roi.
En même temps, la cote du prince s'est améliorée.
"Un certain équilibre entre les deux est en train de s'établir", soulignait début 2013 Antonio Torres del Moral, professeur de droit constitutionnel.
Grand brun aux yeux bleus - il mesure 1,98 m -, l'élégant Felipe s'est attaché à cultiver une image de proximité et de modernité. Un pari aidé par son mariage en 2004 avec Letizia Ortiz, journaliste, divorcée et n'ayant pas de sang royal. Une première dans l'histoire de la monarchie espagnole.
De leur union sont nées deux petites filles blondes, Leonor, en octobre 2005, qui devient à huit ans la nouvelle héritière du trône d'Espagne, et Sofia, en avril 2007.
La famille vit loin du faste, dans une belle demeure construite pour Felipe dans le parc du palais de la Zarzuela, résidence du roi d'Espagne, près de Madrid.
C'est dans la capitale espagnole qu'est né Felipe de Bourbon, le 30 janvier 1968. La légende dit que Juan Carlos s'est évanoui à l'annonce de la naissance de son unique fils après celles des infantes Elena en 1963 et Cristina en 1965. La famille avait enfin son futur roi, la Constitution espagnole donnant la préférence aux héritiers masculins.
A neuf ans, en 1977, Felipe est nommé prince des Asturies et héritier de la couronne espagnole. Le garçon blondinet prononce son premier discours devant le Parlement.
Quatre ans plus tard, il prend sa première grande leçon, lors de la tentative de coup d'Etat du colonel Antonio Tejero, le 23 février 1981, qui sacralisera le roi comme bouclier de la démocratie espagnole.
Son père appelle le jeune garçon à ses côtés. "Il voulait qu'il soit dans son bureau, avec lui, pour le voir agir", a expliqué la reine Sofia à la journaliste Pilar Urbano, des propos recueillis dans son livre "La Reina".
Après une dernière année de lycée au Canada, Felipe passe, de 1985 à 1988, par les écoles militaires des trois armées. Il fait aussi des études de droit à l'Université autonome de Madrid et passe un master de relations internationales à l'Université de Georgetown à Washington.
Au fil des années, il assume un rôle protocolaire grandissant et multiplie les activités publiques, notamment à l'étranger où il peut mettre à profit sa bonne maîtrise de l'anglais.
Il parle également très bien le catalan, un atout particulier à l'heure où les aspirations à l'indépendance se renforcent dans cette région du nord-est de l'Espagne, qui entend organiser le 9 novembre un référendum pour décider de son avenir.
Depuis le printemps 2010, Felipe avait été amené à renforcer d'autant plus sa présence officielle que Juan Carlos accumulait les soucis de santé.
Pilote d'hélicoptère, amateur de football, le nouveau roi est aussi très sportif, dans la tradition familiale. Il a participé aux jeux Olympiques de Barcelone en 1992, au sein de l'équipe espagnole de voile.
Il a longtemps été considéré comme l'un des héritiers les plus convoités d'Espagne et la Maison royale a gardé le mutisme le plus total sur ses relations sentimentales, jusqu'à ses fiançailles, en novembre 2003, avec Letizia Ortiz.
