Varoufakis écarté: Tsipras cède sur la forme mais pas sur le fond
Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, s'est résolu à éloigner son ministre des Finances, le turbulent et surmédiatisé Yanis Varoufakis, des négociations avec les créanciers du pays, après trois mois de discussions tant houleuses qu'infructueuses.
- Publié le 29-04-2015 à 14h12

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, s'est résolu à éloigner son ministre des Finances, le turbulent et surmédiatisé Yanis Varoufakis, des négociations avec les créanciers du pays, après trois mois de discussions tant houleuses qu'infructueuses. Or, le temps presse pour la Grèce. Faute d'accord avec ses bailleurs de fonds, elle ne percevra pas la dernière tranche de 7,2 milliards d'euros du plan d'aide, alors que vont se succéder les échéances de remboursements. Au 1er mai, Athènes doit rembourser quelque 200 milliards d'euros au Fonds monétaire international (FMI). A première vue, il semblerait donc que cette mise à l'écart de Yanis Varoufakis réponde à une exigence, répétée, des créanciers avec qui, selon les déclarations d'Alexis Tsipras sur une chaîne privée grecque "il y a souvent une mauvaise compréhension" et même "un climat négatif".
Ses homologues de l'Eurogroupe étaient agacés par ses tirades de professeur d'économie, par son assurance qui passait pour de l'arrogance, par son anticonformisme, son rapport aux médias, mais aussi par ses connaissances des dossiers. "Il n'est pas politique pour un sou, mais c'est un économiste qui ne s'en laisse pas conter", confiait une source proche des débats. De fait, les ministres des Finances de la zone euro n'avaient pas du tout apprécié "recevoir des leçons d'économie", dès leur première rencontre avec M. Varoufakis. Pas plus que de l'entendre clamer : "La troïka (les experts de Commission-Banque centrale européenne-FMI, délégués à Athènes pour veiller à l'application des mémorandums) c'est fini, l'austérité aussi".
De son côté M.Varoufakis insiste sur le fait que le nœud de ces négociations "n'est pas économique mais politique". Et d'en donner pour preuve les cinq listes de réformes qu'Athènes a soumises à l'Eurogroupe. Pour les créanciers, ces listes n'étaient jamais rien de plus "qu'une bonne base de discussion". Parce qu'elles n'étaient pas jugées assez concrètes, mais aussi parce qu'ils n'entendent pas que la Grèce s'écarte trop du programme adopté en 2012.
Tsipras envisage de tenir un référendum
Ceci expliquant cela et sur fond de campagne de dénigrement de Yanis Varoufakis, il semblerait que l'urgence de la situation ait conduit à son éloignement. Il été remplacé à la table des négociations par Euclide Tsakalotos, un économiste au profil bas, certes, mais tout aussi proche d'Alexis Tsipras que son prédécesseur, et surtout très nettement plus à gauche… Cela étant, M. Varoufakis reste le choix personnel du Premier ministre, même s'il n'est pas membre de son parti, Syriza. M. Tsipras a souligné que "Varoufakis était toujours ministre des Finances" et "gardait le contrôle" des négociations. Autant dire qu'en éloignant son grand argentier du devant de la scène, Alexis Tsipras a lâché sur la forme pour se concentrer sur le fond : les réformes proposées aux créanciers et le rejet de l'austérité.
Le Premier ministre estime qu'un accord avec les créanciers pourrait être trouvé cette semaine ou la suivante. Son gouvernement est prêt à faire des compromis, comme repousser à plus tard l'augmentation du salaire minimum, céder sur certaines privatisations ou rationaliser les préretraites. Mais en aucun cas il ne franchira ses lignes rouges : il continue de s'opposer à la baisse des salaires et des retraites, aux licenciements groupés ou à l'augmentation de la TVA. "On veut conclure un accord", a martelé Alexis Tsipras. "Mais si on me pousse à le trouver en dehors des limites de mon mandat, alors le peuple grec souverain se prononcera via un référendum."
C'est la suite logique pour un gouvernement qui n'a de cesse de rappeler à ses partenaires européens qu'il tire sa légitimité du soutien populaire.
Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, n'en juge pas moins que ce n'est pas l'intérêt de la Grèce d'aller vers cette voie : "Cela coûterait de l'argent, créerait une grande incertitude politique et je ne pense pas que nous ayons le temps, ni que les Grecs aient le temps."