Calais: un député français menace de "laisser partir les migrants" en Angleterre

La politique des autorités britanniques a également été éreintée dimanche par la maire de Calais, Natacha Bouchart, elle aussi membre du parti LR.

AFP
Calais: un député français menace de "laisser partir les migrants" en Angleterre
©AFP

L'ancien ministre français du Travail Xavier Bertrand menace le Premier ministre britannique David Cameron dans une interview au Journal du dimanche de "laisser partir les migrants" en Angleterre.

Le député du parti de droite Les Républicains (LR), également candidat à la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie où se trouve le port de Calais, accuse David Cameron de ne pas avoir "pris la mesure de l'ampleur et de la gravité du problème" des migrants.

"Les dernières mesures qu'il a annoncées sont décalées et dérisoires. S'il continue à ne rien proposer d'autre, laissons partir les migrants et que Monsieur Cameron gère sa politique à sa façon, mais sur son île", estime-t-il.

La politique des autorités britanniques a également été éreintée dimanche par la maire de Calais, Natacha Bouchart, elle aussi membre du parti LR.

"Calais est une ville en France, n'est pas une ville sur l'île du Royaume-Uni, et on a vraiment l'impression que Calais est donnée", a-t-elle estimé auprès de l'AFP.

"Autant je suis favorable au bon fonctionnement de nos équipements du port et du tunnel, autant quand j'entends +Doubles barrières, grillages, chiens+, bientôt miradors pourquoi pas, ça me met mal à l'aise", a ajouté Mme Bouchart.

Selon elle, "il faut que le gouvernement britannique accepte de revoir rapidement ses conditions d'accueil, ses conditions également de contrôle sur le travail +au noir+ - puisque voilà pourquoi les migrants partent au Royaume-Uni -, et qu'ils acceptent d'ouvrir une zone de transit ou un camp de réfugiés sur leur territoire pour filtrer eux-mêmes les migrants".

Pour Xavier Bertrand, "ce n'est pas une question d'argent. Ce ne sont pas quelques millions de plus qui vont régler le problème".

"Nous ne demandons pas l'aumône. Nous demandons le règlement du problème. Il faut bien comprendre que les solutions gentillettes, les demi-mesures ne régleront plus rien. Il faut prendre ce dossier à bras-le-corps", s'agace le député.

Disant "faire (s)ien" "le ras-le-bol de la population et de Natacha Bouchart, le député de l'Aisne rappelle que "géographiquement, la frontière anglaise se situe à Douvres".

"Nous avons été bien bons, lors de la signature des accords franco-britanniques du Touquet en 2003, d'accepter que la frontière soit à Calais, avec seulement une micro-aide britannique", estime-t-il.

"Si les Anglais ne veulent rien entendre, rien comprendre, s'ils ne veulent pas prendre leur part au règlement de ce dossier, les accords du Touquet doivent être revus", selon lui.

"Les Anglais doivent changer leurs règles sur le travail des migrants parce qu'en Angleterre, même si, en théorie, il faut certains papiers, la réalité est qu'il est possible d'y travailler sans papiers, et que beaucoup de patrons en profitent pour payer ces travailleurs-là moins cher", explique le député LR.

"Messieurs les Anglais, cessez votre dumping social et mettez de l'ordre dans votre réglementation du travail illégal! (...) Il faut absolument que les Anglais bougent. Ou alors il faudra bouger la frontière", dit-il.

L'exaspération monte, mais Paris et Londres affichent un front commun

Face à "l'exaspération" dans le nord de la France, où un député a même suggéré de "laisser partir" les clandestins en Grande-Bretagne, Londres et Paris ont affiché dimanche leur volonté de "mettre fin ensemble" au problème des migrants qui tentent à tout prix de traverser la Manche.

"Mettre fin à cette situation est une priorité absolue. Nos deux gouvernements sont déterminés à y parvenir, et à y parvenir ensemble", affirment les ministres de l'Intérieur français et britanniques, Bernard Cazeneuve et Theresa May, faisant bloc dans une déclaration commune publiée par le Journal du Dimanche.

Officiellement, Londres et Paris se félicitent de leur coopération mutuelle pour tenter de réfréner l'exil volontaire des milliers de migrants bloqués à Calais mais qui rêvent de l'Angleterre.

Dans leur déclaration, les deux ministres font valoir les efforts respectifs de leur pays: l'enveloppe financière de Londres, apportant "15 millions d'euros pour renforcer la sécurité dans le Nord-Pas-de-Calais" et assortie d'une rallonge de 10 millions d'euros cette semaine, ou les "550 policiers et gendarmes" français déployés sur place.

Mais une semaine particulièrement difficile - avec la mort d'un migrant dans la nuit de mardi à mercredi et des milliers de tentatives d'intrusions sur le site d'Eurotunnel - a ravivé les tensions bilatérales.

"Nous sommes face à des populations qui n?en peuvent plus", a souligné vendredi soir le président François Hollande, en annonçant qu'il aurait le même jour une "discussion" avec le Premier ministre David Cameron.

"Nous devons prendre nos responsabilités. Et la France le fait avec fermeté en respectant la sécurité et la dignité des personnes. La France ne peut pas agir seule. Ce sera le sens de la discussion avec les Britanniques", a ajouté le président français.


D'autres lecteurs ont également lu

Les + consultés

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...