Les talibans ont (encore) nommé un nouveau chef: voici qui est Haibatullah Akhundzada
Akhtar Mansour disparu, son successeur sera-t-il enclin au dialogue ? Les journalistes afghans et les politologues en doutent. Portrait.
- Publié le 26-05-2016 à 11h08
- Mis à jour le 26-05-2016 à 11h11

Trois jours après la mort de leur chef, Akhtar Mansour, les talibans ont nommé un successeur : Haibatullah Akhundzada. C'est la deuxième fois en onze mois que l'organisation change de tête. Pendant quinze ans, elle était identifiée à son leader historique, le mollah Omar. Ce défilé sans précédent s'explique par l'agressivité des forces américaines à l'égard de la direction talibane.
Jamais depuis 2001 l'armée américaine n'avait porté le fer dans l'une des principales bases arrière des talibans, la province du Baloutchistan, au Pakistan. Les frappes de drones visaient seulement les zones tribales, région semi-autonome du Pakistan. Or, le 21 mai, un drone a ouvert le feu sur une voiture qui transportait Akhtar Mansour sur la route en direction de Quetta, capitale du Baloutchistan. Révélateur de l'impatience des décideurs américains et afghans à l'égard des talibans qui ont rejeté les demandes de dialogue exprimées par le groupe de coordination quadrilatéral, qui réunit des émissaires américains, chinois, afghans et pakistanais.
"Une élection à la va-vite"
Akhtar Mansour disparu, son successeur sera-t-il enclin au dialogue ? Les journalistes afghans et les politologues en doutent. D'abord parce que Haibatullah Akhundzada n'a pas l'aura du mollah Omar. Agé d'une cinquantaine d'années, originaire de la province de Kandahar, ancien juge durant le régime des talibans avant 2001, il a dirigé la commission des Oulémas qui publie les fatwas, les décrets religieux. Ce n'est ni un chef de guerre prestigieux ni un politicien influent. Difficile dans ces conditions de l'imaginer s'engager dans des discussions de paix avec Kaboul.
Ensuite, il ne dirigera pas seul. De source talibane, on indique que les réunions qui ont décidé sa nomination n'ont réuni qu'une poignée de cadres, et n'ont pas duré longtemps. "Il a été nommé trois jours après la mort de Mansour, cela ressemble à une élection à la va-vite. Seul la choura rahbari, le conseil de direction, a décidé", confirme le journaliste pakistanais Rahimullah Yusufzai, qui couvre le mouvement taliban depuis vingt ans. La menace des drones rendait en effet impossible la réunion d'une assemblée plus importante.
Flanqué de deux adjoints
Pour compenser le manque d'aura d'Akhundzada auprès des combattants, la choura rahbari a désigné deux adjoints. Le premier, Sirajuddin Haqqani, est originaire de Paktia, il entretient des liens avec Al Qaïda, et est responsable de dizaines d'attentats spectaculaires.
Le second est le fils du Mollah Omar, Mollah Yaqoob, âgé d'environ 30 ans. Les deux personnages se partagent la gestion des opérations militaires. Sirajuddin Haqqani est responsable de la zone est et nord, Mollah Yaqoob de quinze provinces du sud et de l'ouest. Le problème du premier est qu'il est trop lié à la mouvance djihadiste internationale pour appuyer des pourparlers. Quant au second, il est trop jeune pour peser sur la ligne politique. Dans ces conditions, les combats vont s'intensifier.
Dans leur communiqué annonçant l'avènement de Haibatullah Akhundzada, les talibans ont rendu un hommage au "martyr" Akhtar Mansour, louant son refus de céder aux pressions de l'étranger pour négocier avec le pouvoir afghan.
