France: la fermeté de l'exécutif se fissure
Après quatre années au pouvoir, jamais la situation de l'exécutif français n'a paru si difficile. Ni sa position plus fragile. La loi travail, adoptée le 12 mai dernier en première lecture à l'Assemblée nationale, a creusé les désaccords et les clivages au sein de la gauche.
- Publié le 28-05-2016 à 09h18
- Mis à jour le 28-05-2016 à 09h19

Il pourrait amender le texte de la loi travail pour faire baisser la fièvre sociale.Après quatre années au pouvoir, jamais la situation de l'exécutif français n'a paru si difficile. Ni sa position plus fragile. La loi travail, adoptée le 12 mai dernier en première lecture à l'Assemblée nationale, a creusé les désaccords et les clivages au sein de la gauche. Faute de majorité pour voter le texte, le gouvernement Valls a dû passer en force, via le recours à l'article 49-3 de la Constitution. Depuis le début de la semaine, la tension est encore montée d'un cran entre le pouvoir et la CGT, résolue à obtenir un retrait pur et simple de la loi. Les actions menées ces derniers jours sous l'égide de la centrale de Montreuil et de son intransigeant patron, Philippe Martinez - grèves, blocages de dépôts de carburants, mobilisation dans les centrales nucléaires - ont débouché sur un constat de désaccord persistant entre les deux parties.
L'exécutif n'est pas en position de force
Le moins que l'on puisse dire, c'est que, dans ce conflit, le gouvernement n'est pas en position de force. Il ne peut en effet guère compter sur un soutien de l'opinion : selon les sondages, les trois quarts des Français sont opposés à cette loi, mal préparée et mal présentée dès le départ. Et les blocages de ces derniers jours, qui ont pourtant sérieusement compliqué la vie de nombreux Français - notamment les files d'attente aux stations d'essence, liées au risque de pénurie de carburants - n'y ont rien changé. Selon un sondage Elabe pour BFMTV, publié mercredi, 69 % des sondés préféreraient que le projet de réforme soit retiré, plutôt que de voir le pays bloqué. Le retournement attendu de l'opinion, qui aurait permis à l'exécutif de poursuivre dans la voie de la fermeté, ne s'est pour l'instant pas produit.
Pourtant, vendredi, depuis le Japon où se tenait un sommet du G7, le président François Hollande a réaffirmé qu'il "tiendrait bon" sur le projet de loi. Cette fermeté pourrait bien n'être que de façade, tant le pouvoir socialiste a à perdre dans cette affaire. La poursuite du blocage, alors que l'Euro de football démarre le 10 juin prochain, aurait des conséquences catastrophiques sur l'image du pays, et par ricochet sur l'exécutif. D'autant que se profile une nouvelle manifestation nationale le 14 juin.
La porte de sortie de l'article 2
Afin d'en sortir, le gouvernement pourrait se voir contraint de revoir le fameux article 2 de la loi, qui cristallise toutes les oppositions. Il prévoit de laisser plus de marge de manœuvre aux entreprises pour négocier des accords sociaux, au détriment des accords de branche. "Jusqu'à présent, le Code du travail stipulait qu'un accord d'entreprise ne pouvait être moins favorable aux salariés que l'accord de branche", précise Emmanuel Jessua, directeur des études de l'institut économique Rexecode.
Les syndicats - à commencer par la CGT, mais aussi FO - perçoivent cette évolution comme porteuse d'un risque de "dumping social". Surtout, la CGT, moins bien implantée dans les entreprises que sa rivale réformiste, la CFDT, voit se profiler une nouvelle dilution de son influence.
Certes, le gouvernement ne peut assumer un retrait pur et simple de cet article. Mais une solution a été esquissée à demi-mot, durant la semaine, aussi bien par Michel Sapin, le ministre des Finances, que par Bruno Le Roux, le chef de file des députés socialistes. Il s'agirait de permettre que la branche donne son avis "a priori" sur un éventuel accord d'entreprise, et non "a posteriori", comme prévu dans le texte actuel. Une manière discrète de vider en partie l'article 2 de sa substance. Encore faudra-t-il en convaincre la CFDT, attachée à ce qu'il soit conservé tel quel.
Quoi qu'il en soit, cette modification éventuelle ne devrait avoir lieu qu'en juillet, au moment du deuxième passage du texte à l'Assemblée nationale. D'ici là, à moins de miser sur un hypothétique essoufflement du mouvement social, le gouvernement devra envoyer des signaux clairs en ce sens à la CGT. Sans quoi, la grande fête de l'Euro, sur laquelle Hollande compte mordicus dans son opération reconquête de l'opinon, risque bien de virer au fiasco.