Pourquoi la prise de Minbej serait une bonne nouvelle pour l'Europe (INFOGRAPHIE)

Les kamikazes de Paris et de Bruxelles sont passés par cette ville de Syrie occupée par Daech et cernée par la coalition arabo-kurde.

Christophe Lamfalussy

Des centaines de djihadistes étrangers sont passés par Minbej, cette ville du Nord de la Syrie sur le point de tomber dans les mains de la coalition arabo-kurde soutenue par les Etats-Unis. Et, parmi eux, " il y avait les terroristes qui ont frappé Paris et Bruxelles" , a tweeté le 5 juin Brett McGurk, l'envoyé spécial du président Obama dans la coalition contre l'Etat islamique.

Voici confirmé de façon officielle ce qu'on pressentait depuis plusieurs mois. Que Minbej (ou Manbij) était une ville stratégique pour l'Etat islamique, lui assurant à partir de sa capitale Raqqa sa seule voie vers une frontière extérieure, celle de la Turquie. Le poste-frontière de Jarabalous est aujourd'hui fermé par l'armée turque.

Par cette route, des hommes, des marchandises, des munitions sont passées. En janvier dernier, le quotidien britannique "Daily Express" a révélé qu'il y avait tant de djihadistes britanniques à Minbej qu'elle était surnommée " La petite Londres ". C'était la ville la plus européenne de Syrie, a indiqué un habitant au "Daily Telegraph", avec ses djihadistes en majorité européens, britanniques, allemands et français.

Les services de renseignements belges manquent cruellement d'informations sur le parcours des Abaaoud et autres Laachraoui en Syrie. " C'est un véritable trou noir ", reconnaît un expert belge. Ils s'en remettent donc aux services étrangers pour ce qui concerne la Syrie et la zone tenue par l'Etat islamique. La Belgique n'a pas d'ambassade à Damas et jusqu'en juillet, elle ne participe pas aux frappes de la coalition en Syrie, ce qui lui ouvrirait plus d'accès aux informations partagées par les membres de la coalition.

Une cache de Abou Bakr al-Bagdhadi

Minbej jouait un rôle clé dans l'Etat islamique. En octobre 2015, un djihadiste repenti, Nils D., a indiqué à la police allemande qu'il avait œuvré pendant huit mois dans une unité de sécurité interne de Daech qui avait pour but de traquer et de tuer les déserteurs du groupe djihadiste. Il était basé à Minbej, lieu de passage obligé pour les déserteurs.

Non loin de là, pendant plusieurs mois, Abou Bakr Al-Bagdhadi a vécu au sommet d'une montagne boisée près de la localité de Khirbat Rous, dans un lieu qui servait aussi d'école pour des enfants de l'Etat islamique. Selon l'agence d'information kurde syrienne Anha , le chef énigmatique de Daech serait passé à plusieurs reprises dans une chambre, creusée dans la montagne, entouré du Coran et de livres islamiques (dont celui d'un érudit kosovar Rafet el-Basha).

Pourquoi la prise de Minbej serait une bonne nouvelle pour l'Europe (INFOGRAPHIE)
©anha

Jeudi, les troupes de la coalition avaient quasi encerclé Minbej. Elles étaient à portée de fusil de la route qui à l'ouest part vers Alep.

Minbej est une ville à 25 % kurde, habitée surtout par des arabes. C'est pour cette raison que les forces attaquant Minbej ont à leur tête une composante de près de 2000 miliciens arabes et seulement 450 Kurdes alors que le corps des Forces démocratiques syriennes (FDS) est alimenté par près de 25 000 membres des Unités de protection du peuple (YPG) kurde. Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé jeudi que des forces spéciales françaises conseillaient les FDS. Tout comme les forces spéciales américaines, elles ne sont pas en première ligne.

Pourquoi la prise de Minbej serait une bonne nouvelle pour l'Europe (INFOGRAPHIE)
©IPM GRAPHICS

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