Frappes en Syrie: vu d'Israël, "ce qui se passe est aussi un holocauste"

Claire Bastier, correspondante à Jérusalem
Frappes en Syrie: vu d'Israël, "ce qui se passe est aussi un holocauste"
©AP

Benjamin Netanyahou a été le premier dirigeant à saluer ce 7 avril le bombardement américain en Syrie. Dans un communiqué matinal, le Premier ministre israélien a souligné qu'Israël "soutient pleinement la décision du président Trump et espérait que ce message, face aux actions horribles du régime Assad, résonnera non seulement à Damas, mais à Téhéran, à Pyongyang et ailleurs".

L'Etat hébreu a fait partie des pays prévenus par le Pentagone avant les frappes : "une preuve supplémentaire des relations fortes et du lien profond entre Israël et notre grand allié, les Etats-Unis", s'est félicité le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, précisant que cette intervention était "un message important, nécessaire et moral du monde libre mené par les Etats-Unis".

De son côté, Yair Lapid, chef du parti de centre droit Yesh Atid, a approuvé "la décision d'attaquer ceux qui ont tué des enfants syriens" : "il y a des moments où l'utilisation de la force est un acte moral", a-t-il ajouté.

Particularité israélienne : qualifier de "morale" l'intervention américaine. "Les généraux et les hommes politiques israéliens sont sensibles aux critiques internationales quant à l'occupation et l'utilisation de leur force militaire, explique Eyal Ben-Ari, anthropologue de l'Université hébraïque à Jérusalem. Ils cherchent donc souvent à signaler que l'armée israélienne est une armée morale." La notion appliquée au bombardement américain reviendrait donc à légitimer celui-ci. Mais pas seulement : "Derrière ça, il y a aussi l'idée de l'Holocauste", poursuit le professeur. "Après une telle souffrance, nous, le peuple juif, devrions être plus sensibles aux malheurs d'autrui."

Assises à une terrasse de café, Michal et Orit, la soixantaine, n'étaient pas au courant de l'attaque américaine. Elles ne cachent pas leur confusion : "Je suis déchirée, commence Michal. Je n'aime pas Trump. Mais au moins, c'est le seul qui fait enfin quelque chose." Elle se souvient alors "du refus des Américains de bombarder les voies ferrées conduisant à Auschwitz [en 1944]. Sinon combien de personnes auraient pu être sauvées !" Son amie Orit approuve : "Le monde reste silencieux, comme pendant l'Holocauste", où plus de 5 millions de Juifs ont été tués par les nazis.

L'ancien grand rabbin ashkénaze d'Israël, lui-même survivant de la Shoah, Ysrael Meir Lau, a d'ailleurs déclaré que "ce qui se passe en Syrie est aussi un holocauste" et qu'il fallait que les Etats s'unissent pour réagir. Serait-ce chose faite avec les Etats-Unis ?

Aviv, la trentaine, reste sceptique quant à la "méthode Trump" : ce dernier "prend des décisions sans réfléchir, sans la moindre logique. Impossible de lui faire confiance." Quelques tables plus loin, Didier ne partage pas le même avis : au contraire, "les Etats-Unis retrouvent leur rôle de gendarmes du monde".

"Mieux qu'Obama"

Les médias israéliens ont d'ailleurs vu dans l'intervention américaine "le retour des Etats-Unis au Proche-Orient". En ciblant directement une base du régime syrien, "Donald Trump a fait ce que son prédécesseur Barack Obama n'a jamais fait", signale le quotidien de droite "Israel Hayom", même après l'attaque meurtrière au gaz dans une banlieue de Damas en juillet 2013. "Les Etats-Unis avaient alors signalé qu'ils n'avaient pas l'intention de prendre un risque avec la Syrie, laissant d'autres forces intervenir, la Russie en tête", analyse le quotidien de gauche "Haaretz". Une position désormais révolue, après ces derniers événements.

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