Les relations entre Barcelone et Madrid sont de plus en plus détestables
- Publié le 21-09-2017 à 06h45
- Mis à jour le 21-09-2017 à 10h27

Formellement, Rajoy n'a pas appliqué l'article 155 qui autorise la suspension de l'autonomie catalane.Au petit matin ce mercredi, l'arrestation de Josep María Jové, numéro 2 de la vice-présidence de la Generalitat (gouvernement catalan), et de treize autres personnes, a réchauffé au maximum les tensions entre le gouvernement espagnol et les institutions de Catalogne. Ces arrestations sont intervenues au cours d'une vaste opération policière contre le référendum d'indépendance prévu le 1er octobre. Des milliers d'indépendantistes sont sortis immédiatement dans les rues de Barcelone pour s'opposer à ces arrestations.
La veille, des groupes de manifestants avaient essayé de bloquer l'intervention de la Garde civile dans plusieurs imprimeries et des sociétés d'informatique liées aux préparatifs du référendum. Quelques domiciles particuliers ont été fouillés. En général, les Mossos (police catalane) sont restés au deuxième rang de la Garde civile dans ces actions ordonnées - pour la plupart - par le tribunal numéro 13 de Barcelone. Certains médias madrilènes accusent les Mossos de "se mettre de côté pour ne rien faire" contre les organisateurs du référendum.
Bilan matériel de ces descentes : dix millions de bulletins de vote, du matériel informatique et des affiches électorales saisis dans plus d'une quarantaine de perquisitions. Parmi celles-ci, aux sièges officiels des consellerías de l'intérieur, des affaires extérieures, des affaires sociales, de l'économie et dans l'agence d'impôts de Catalogne.
Sur ordre d'un autre juge (celui de Terrasa), 55 000 lettres qui devaient être envoyées aux citoyens "priés" de participer activement aux bureaux de vote ont été perquisitionnées à Unipost, une entreprise postale privée. Tant à leur entrée qu'à leur sortie, les agents de police ont dû faire face à la résistance passive de manifestants arrivés très vite sur les lieux.
Environ 300 sociétés, banques et entreprises de toutes sortes, sont aussi soumises à une surveillance particulière. Simultanément, le ministère des Finances espagnol a initié l'application des mesures de contrôle financier "total" de la Generalitat. "L'Etat espagnol a - de facto - suspendu l'autogouvernement de Catalogne pour appliquer l'état d'urgence", a déclaré Carles Puigdemont, le président catalan dans une déclaration très solennelle à côté de tous les membres de son cabinet.
Les députés quittent la séance
Ce mercredi, à Madrid, et au milieu d'une session régulière de contrôle du gouvernement, les députés des deux partis indépendantistes ont quitté l'hémicycle du Congrès des députés espagnols. Une partie a pris rapidement le train vers Barcelone. D'autres semblent être restés dans la capitale d'Espagne. Carles Campuzano et Ferrán Bel, deux députés indépendantistes du Parti démocrate catalan (PDCat, celui de Puigdemont), ont prévenu qu'ils allaient réfléchir à leur présence (ou non) au Parlement espagnol. "Nous ne prendrons notre décision qu'après le 1er octobre", a signalé Bel.
Les actions menées par la police visent simplement, pour le Premier ministre Mariano Rajoy, à démanteler toute éventuelle logistique afin d'éviter la tenue du référendum. Devant les députés, Rajoy s'est montré inflexible : "Ils ne pourront pas liquider ni la souveraineté nationale, ni la Constitution. Et ils avaient déjà un préavis. Puigdemont doit rectifier."
Par ailleurs, Mariano Rajoy s'est entretenu d'urgence avec Pedro Sánchez (parti socialiste, PSOE) et Albert Rivera (Ciudadanos, C's, libéraux anti-indépendantistes). Pourtant, ce front dit "constitutionnaliste" a montré qu'il n'était pas aussi uni que Rajoy le prétend. Une déclaration de soutien au gouvernement a été refusée dans la chambre basse, après sa présentation par Albert Rivera (C's). Les députés du PSOE ont voté contre (et trois se sont abstenus) parce que le PP et Rivera ont refusé d'inclure un amendement demandant "une sortie pactée" de la crise institutionnelle. Selon Enric Juliana (analyste du quotidien barcelonais "La Vanguardia"), "la logistique du référendum est en train d'être désarticulée, mais au prix d'une augmentation de la colère de la société catalane".
Margarita Robles, porte-parole parlementaire du PSOE, a exigé de Rajoy qu'il confirme "s'il va appliquer (ou pas) l'article 155 de la Constitution" qui peut autoriser la suspension formelle de l'autonomie de la Catalogne.