Vol de données privées ayant servi la campagne de Trump: ce qu'il faut savoir sur cette gigantesque escroquerie
- Publié le 19-03-2018 à 21h59
- Mis à jour le 19-03-2018 à 22h06

Les données personnelles de dizaines de millions d'utilisateurs Facebook ont été siphonnées par une entreprise de communication pour influencer le résultat de la présidentielle américaine. Cette manœuvre, dévoilée dimanche par "The New York Times" et "The Observer", n'a presque rien d'étonnant à l'heure où l'instrumentalisation politique des réseaux sociaux a fait couler tant d'encre. Elle n'en est pas moins grave, tant elle pointe la vulnérabilité des internautes et l'incapacité de Facebook de contrôler sa propre machine.
L'on n'ignorait pas l'implication de Cambridge Analytica (CA), une société de communication, dans la campagne présidentielle américaine. Mais les investigations publiées ce week-end dévoilent comment l'entreprise s'est constitué, sans le consentement des usagers, ni du réseau social, une énorme base de données.
Une gigantesque escroquerie
Tout a commencé en 2013, lorsque Strategic Communication Laboratories, la maison-mère de CA, décide de conquérir le fructueux marché des campagnes électorales. Encore devait-elle trouver un moyen de définir le profil psychologique des électeurs, afin de pouvoir prévoir et influencer leur vote.
Entre alors en scène Aleksandr Kogan, un chercheur de l'université britannique de Cambridge. Il crée l'application "thisisyourdigitallife", présentée comme un outil de recherche académique. Celle-ci propose aux internautes de répondre à un questionnaire, rémunération à la clé. Mais ils doivent pour ce faire, se connecter sur l'application via leur compte Facebook, et lui donner accès à certaines de leurs données. De plus, l'application exploite un système de Facebook, désormais désactivé, qui lui permet d'aspirer même les données des contacts des 270 000 individus qui ont répondu au questionnaire. Autant d'informations précieuses, concernant près de 50 millions d'Américains, que le "chercheur" fournit à CA.
En 2016, l'entreprise s'implique dans la campagne politique de Donald Trump. Fait peu étonnant, lorsqu'on sait que Stephen Bannon, directeur de campagne du milliardaire, était aussi investisseur et vice-président de CA. De plus, la société a été financée à hauteur de 15 millions de dollars par Robert Mercer, l'un des principaux donateurs du Parti républicain.
La même année, Cambridge Analytica aurait été en contact avec le mouvement pro-Brexit Leave.EU, qui a fait campagne en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'UE lors du référendum britannique. Elle fait donc déjà l'objet d'une enquête de l'autorité britannique de protection des données personnelles.
Vera Jourova, commissaire européenne en charge de la protection des données, a réagi dimanche, qualifiant ces faits "d'horrifiants" s'ils sont confirmés. Elle promet de demander "des clarifications à Facebook" lors de son déplacement à Washington cette semaine, disant ne pas vouloir "de cela dans l'UE". De son côté, Facebook a annoncé avoir suspendu l'accès de CA à la plateforme, se disant victime des "mensonges" d'Aleksandr Kogan. "To little, too late ?" Le scandale fait tache d'huile, à l'heure où Facebook tente de minimiser son rôle dans les campagnes politiques.