Le FN change de nom, la droite identitaire française se cherche un avenir
- Publié le 04-06-2018 à 08h54
- Mis à jour le 04-06-2018 à 09h10

Les dirigeants de l'extrême droite réfléchissent déjà aux présidentielles de 2022. Avec ou sans Marine Le Pen.Branle-bas de combat à l'extrême droite. Le camp des "nationaux", comme l'appelle Marine Le Pen, a amorcé la semaine passée un grand chamboule-tout, voué à lui permettre de l'emporter aux élections présidentielles de 2022.
A la manœuvre, Marine Le Pen elle-même qui, malgré son échec cuisant de 2017, estime n'avoir pas dit son dernier mot. La députée du Pas-de-Calais a lancé il y a quelques mois une grande opération "refondation", qui a abouti ce week-end à un premier résultat : le changement de nom de son parti. Exit le "Front national", le mouvement s'appellera désormais "Rassemblement national".
Une évolution qui n'a pas entièrement convaincu son camp, au-delà du cercle des proches. A commencer par le père fondateur, Jean-Marie Le Pen, qui a dénoncé "le coup le plus rude" que son mouvement ait eu à subir depuis sa fondation en 1972. Sur le fond, pourtant, la députée du Pas-de-Calais n'a guère modifié les fondamentaux du parti, avec deux piliers qui demeurent le rejet de "l'immigrationisme" et du "mondialisme".
Seule mutation depuis un an : Marine Le Pen insiste moins sur les questions économiques - sa valse-hésitation sur l'euro lui avait coûté cher l'an passé - et davantage sur les classiques frontistes de la "submersion migratoire". Mais beaucoup de dirigeants de la droite identitaire ne croient en fait plus à l'avenir présidentiel de celle qui a affiché ses limites lors du débat d'entre-deux-tours face à Emmanuel Macron.
A la recherche d'une alliance
C'est dire si l'on s'agite pour trouver la martingale susceptible de battre l'actuel hôte de l'Elysée lors du match retour. Beaucoup, s'inspirant notamment de l'exemple italien, jugent que seule une alliance entre plusieurs formations serait susceptible de permettre à ce camp de l'emporter.
Marine Le Pen elle-même a proposé la semaine passée à Nicolas Dupont-Aignan de renouveler l'alliance qu'ils avaient noué au moment de la dernière présidentielle. Mais le président du parti souverainiste Debout la France lui a cette fois opposé une fin de non-recevoir. "Je dis non à la cuisine politicienne, a-t-il cinglé ce dimanche sur France 3. Je considère que nous ne gagnerons demain que si nous sortons du seul tête-à-tête avec Marine Le Pen."
Dupont-Aignan a lui-même lancé à l'automne dernier sa propre alliance, les "Amoureux de la France", un club voué à faire prendre à la droite le "train de la recomposition politique en marche".
Parmi les fondateurs, on trouve, outre Dupont-Aignan, Jean-Frédéric Poisson, le président du Parti chrétien-démocrate, et Emmanuelle Ménard, députée élue avec le soutien du Front national, et épouse de Robert Ménard, maire de Béziers et figure de cette droite "hors les murs". Pour l'heure, cet alliage hétéroclite demeure marginal, faute de présence dans ses rangs de membres du Rassemblement national ou des Républicains.
Celle dont tout le monde parle, en réalité, dans le camp des identitaires, c'est Marion-Maréchal Le Pen, petite-fille de Jean-Marie et nièce de Marine. L'ancienne députée frontiste, 28 ans, avait quitté la vie politique à l'issue des échéances électorales de l'an passé.
Mais aux yeux de beaucoup, elle prépare déjà son retour. Après une première apparition remarquée à Washington en février, à la prestigieuse American Conservative Union, la jeune femme a orchestré cette semaine son grand retour médiatique. Première étape : le changement de… son propre nom. Elle a abandonné le patronyme de son grand-père, jugé trop sulfureux même aux yeux de cette icône de la droite catholique traditionaliste.
L'ex-plus jeune députée de France a aussi annoncé le lancement de sa propre école de sciences politiques, l'ISSEP, vouée à former les futures élites de son camp. Enfin, ce jeudi, elle est apparue lors d'un colloque parisien dont le titre annonçait sans ambiguïté la couleur : "Débranchons Mai 68". Devant plus de 1000 personnes, la star de la soirée a dénoncé les "dérives soixante-huitardes". Et appelé à sonner le tocsin pour "réveiller les conservateurs zombies". Tout un programme.