Trump "la girouette" annonce le retrait "total" des troupes américaines de la Syrie
- Publié le 19-12-2018 à 17h25
- Mis à jour le 20-12-2018 à 09h20
De la volonté de "rester à l'écart" du conflit syrien à l'offensive renforcée contre le groupe Etat islamique (EI), jusqu'au retrait annoncé des troupes américaines contre l'avis d'une bonne partie de son administration, la position de Donald Trump a beaucoup évolué sur la Syrie.
Critique de l'engagement américain
"On devrait rester bien à l'écart de la Syrie", lançait le magnat de l'immobilier en 2013, longtemps avant sa candidature à la Maison Blanche.
A cette époque, le président démocrate Barack Obama décide d'apporter un "soutien militaire" aux rebelles anti-Assad. "Les +rebelles+ sont aussi méchants que le régime", proteste Donald Trump sur Twitter.
Le débat porte aussi, à ce moment-là, sur la "ligne rouge" tracée par Barack Obama quant à l'utilisation d'armes chimiques.
Les Etats-Unis doivent-ils riposter? Le milliardaire républicain s'y oppose: "N'attaquez PAS la Syrie, réformez les Etats-Unis", plaide-t-il, moquant les "déclarations stupides sur la ligne rouge". Pour ensuite accuser Barack Obama d'avoir "renforcé" Bachar al-Assad en renonçant à passer à l'acte contre Damas.
A la Maison Blanche: objectif "démolir" l'EI
"L'EI est une bien plus grande menace contre nous qu'Assad", estime le candidat Trump en juillet 2016.
Peu enclin à s'engager dans la guerre entre régime et rebelles, il met donc le paquet contre le groupe jihadiste. Il demande à son administration, dès son arrivée à la Maison Blanche début 2017, un plan de bataille qui consistera à renforcer l'effort déjà lancé sous Obama à la tête d'une coalition internationale, en envoyant des troupes supplémentaires en Syrie.
Objectif: "démolir et détruire l'EI", "cet ennemi abominable".
Ces renforts coïncident avec un enchaînement de défaites pour l'organisation jihadiste, qui perd l'essentiel des territoires conquis, permettant à l'administration Trump de clamer le succès de sa stratégie.
Partir ou pas?
Fort de ces victoires sur le terrain, Donald Trump manifeste rapidement son impatience: il faut rapatrier dès que possible les troupes américaines stationnées en Syrie, dont l'objectif militaire officiel est uniquement la défaite durable du groupe EI.
Motif invoqué avec constance: l'engagement américain au Moyen-Orient coûte des milliards de dollars qui seraient mieux utilisés aux Etats-Unis, et il faut donc laisser "d'autres", notamment les pays arabes du Golfe, faire le travail sur place.
En avril, le président semblait déjà décidé à sonner le retrait, mais ses alliés et conseillers l'avaient finalement convaincu de ne pas fixer de calendrier de départ, car l'EI n'avait pas encore été totalement défait.
Un argument encore avancé ces dernières semaines par les diplomates américains chargés du dossier syrien pour justifier une présence sur le terrain qu'ils souhaitaient prolongée.
Mais même si les experts estiment que l'EI reste une menace, Donald Trump a affirmé mercredi que le groupe jihadiste était bel et bien "vaincu", remettant à l'ordre du jour un retrait total des 2.000 soldats américains déployés dans le nord de la Syrie.
Les frappes d'avril 2017 et 2018
En dehors de l'engagement antijihadiste, l'attaque chimique d'avril 2017 à Khan Cheikhoun, imputée au régime Assad, marque un tournant pour Donald Trump. Celui qui brocardait les "lignes rouges" d'Obama et estimait qu'une intervention contre le pouvoir de Damas nécessitait un vote du Congrès décide de frapper une base aérienne syrienne.
"Cette attaque sur des enfants a eu un énorme impact sur moi": "mon attitude vis-à-vis de la Syrie et d'Assad a nettement changé", admet-il.
Un an plus tard, nouvelle opération ciblée, avec l'appui de la France et du Royaume-Uni, contre le régime syrien après une autre attaque chimique à Douma.
Changement de ton face à Assad
L'administration Trump ne fait pas du départ de Bachar al-Assad un préalable. Son sort "sera décidé par le peuple syrien", affirme-t-elle, même si l'espoir américain est que de futures élections libres sous l'égide de l'ONU, avec la participation de tous les Syriens qui ont fui à l'étranger, aboutissent inéluctablement à un changement de dirigeants.
