Pourquoi la candidature de Bouteflika risque de mettre le feu aux poudres en Algérie
- Publié le 03-03-2019 à 21h04
- Mis à jour le 05-03-2019 à 11h24

Perçue comme une provocation, l'initiative devrait radicaliser la révolte contre son projet de cinquième mandat.L'Algérie retenait son souffle… Ce dimanche, non seulement la candidature d'Abdelaziz Bouteflika a été confirmée, mais voulant rassurer les manifestants qui souhaitent son départ, le Président leur a promis que s'il était réélu le 18 avril, il n'irait pas jusqu'au bout de son mandat. Dans une lettre lue dimanche soir à la télévision nationale, l'homme, physiquement diminué, a assuré que s'il gagnait, il provoquerait au cours de son mandat une élection présidentielle anticipée, à laquelle il ne participerait pas.
Samedi, un conclave aurait réuni le général Gaid Salah, chef d'état-major et ministre délégué à la Défense, le général Bachir Tartag patron des "services", Tayeb Belaiz président du Conseil constitutionnel et Abdelkader Bensalah président du Sénat. Le tout-Alger bruissait alors de rumeurs sur le retrait d'Abdelaziz Bouteflika de la course pour "incapacité physique", diagnostic fait par ses médecins suisses de l'hôpital universitaire de Genève, où il se trouve depuis une semaine pour "des contrôles médicaux". Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, aurait démissionné et serait remplacé par Ramtane Lamamra, ancien ministre des Affaires étrangères, appelé à former un gouvernement de technocrates pour donner du crédit à un scrutin qui bat de l'aile.
Dans la soirée, c'était la douche froide. On annonçait le limogeage d'Abdelmalek Sellal, ancien Premier ministre et directeur de campagne de Bouteflika. Sa conversation avec Ali Haddad, le patron des patrons, dans laquelle il menaçait les manifestants de "kalashnikov" avait fuité, mardi, sur les réseaux sociaux et soulevé une vague de condamnations dans tout le pays. Son remplacement par Abdelghani Zaalane, ministre des Travaux publics et des Transports, suggère que Bouteflika n'a pas renoncé. Une hypothèse renforcée par la publication de son patrimoine exigée par la loi.
Plusieurs désistements
Au journal de 20 heures, la télévision nationale enfonçait le clou dans le style des années de plomb. Non seulement les images diffusées ne reflétaient pas l'ampleur des manifestations, mais le commentaire les réduisait à un e " revendicat ion de ré formes " à réaliser durant le cinquième mandat.
Dimanche, dernier jour pour le dépôt des candidatures, le Conseil constitutionnel était protégé comme une forteresse. À 10 heures, Ali Ghediri, général major à la retraite qui a brouillé les cartes du sérail, s'est présenté pour déposer son dossier. Dans la journée, il était suivi par Rachid Nekkaz, un activiste populaire auprès des jeunes. Quant à Ali Benflis, ancien ministre et candidat malheureux en 2004 et 2014, il a préféré jeter l'éponge, tout comme Louisa Hannoun, la pasionaria du Parti des travailleurs, et Abderezak Mokri, l'islamiste "modéré" du Mouvement de la société pour la paix (MSP, Frères musulmans).
Une nouvelle provocation
À Alger, un impressionnant dispositif policier était sur le qui-vive pour bloquer les manifestations prévues par les étudiants, dont les campus avaient été cadenassés. Ceux de la Fac centrale ont, toutefois, réussi à déjouer la vigilance des forces de l'ordre pour sortir dans la rue et rejoindre d'autres manifestants qui tentaient de monter vers le palais présidentiel, avant de se heurter à un infranchissable cordon policier. En province, les manifestations ont redoublé d'ardeur, avec les mêmes slogans hostiles à Bouteflika.
En fin de journée, la tension est retombée à Alger. C'est le moment choisi par Abdelghani Zaalane pour déposer, par procuration, le dossier de candidature d'Abdelaziz Bouteflika, toujours hospitalisé à Genève. Une nouvelle provocation contraire à la loi qui ne manquera pas de radicaliser la révolte.