"L'Union européenne doit aider les régions qui seront particulièrement touchées par le Brexit"
- Publié le 14-03-2019 à 13h52
- Mis à jour le 14-03-2019 à 13h53

Organisé ce 13 et 14 mars à Bucarest, le sommet du Comité européen des régions (CdR) entend apporter sa pierre à l'édifice de l'Europe de demain. Alimentée par le chaos qui règne à Westminster, l'incertitude du Brexit occupe néanmoins les esprits. Le Belge Karl-Heinz Lambertz, président de cet organe consultatif composé des représentants locaux européens, plaide pour que l'UE apporte une aide considérable et ciblée aux régions les plus affectées par le divorce avec le Royaume-Uni.
Mettant en garde contre les conséquences du Brexit au niveau régional, le CdR a toujours plaidé pour une sortie ordonnée du Royaume-Uni de l'UE. Pensez-vous que cela est toujours possible? Honnêtement, je n'en sais rien. En cinquante ans d'expérience politique, je n'ai jamais vu une telle saga, encore moins provenant du Royaume-Uni, dont la perception collective sur le continent européen est celle d'une démocratie solide, un modèle historique de stabilité. C'est une démarche démagogique d'une extrême gravité, dont la responsabilité incombe à celui qui l'a initiée, à savoir David Cameron, mis sous pression par Nigel Farrage. Il a joué avec le référendum. Il y a laissé sa tête. La personne qui lui succède repart dans ce même jeu particulier, de spéculation et ne parvient pas à gérer un problème au sein du Parlement britannique, qui s'avère être le vrai maître du jeu. Theresa May fonce et perd le contrôle de l'histoire.
Les choses sont devenues incontrôlables. Et qu'est-ce qu'il se passe quand rien ne se passe? Le Brexit est inscrit le 29 mars. Même si le Parlement britannique demande un report du Brexit à une majorité de 101%, n'importe quel Etat européen peut le refuser.
Deal ou no-deal, le Brexit aura des conséquences plus ou moins importantes, selon les régions des Vingt-sept , selon une étude de l'Université de Birmingham (voir la photo ci-dessous). Le CdR estime que les autorités locales et régionales européennes ne doivent pas être laissées seules face à ce défi. Que peut faire l'Union pour fournir une aide ciblée, adaptée? Les impacts du Brexit des deux côtés de la Manche sont différenciés, des études ont même pointé des effets assez étonnants. On comprend que Zeebrugge, Gibraltar ou l'Irlande du Nord soient impactés. Mais on découvre que des petites régions de la Forêt noire allemande sont aussi fortement touchées, là où de PME très performantes ont construit ensemble un fer de lance commun qui est l'Angleterre.
L'UE est basée sur le principe de la solidarité et de la cohésion. Il faut utiliser les instruments de la politique européenne existants ou en créer des nouveaux pour aider les régions particulièrement touchées. On devra penser à des choses qui coûtent de l'argent. Est-ce qu'on intègre ça dans un des chapitres du prochain cadre financier pluriannuel ? Ou crée-t-on un instrument nouveau, comme l'a demandé le ministre président du gouvernement flamand? Notons qu'il est aussi celui qui a refusé de participer à l'Alliance pour la cohésion (qui rassemble tous les acteurs qui considèrent que la politique de cohésion de l'UE doit rester un des piliers de la future Europe, NdlR)… La solidarité est une et indivisible, elle ne peut pas s'exercer à la carte.

Selon le CdR, un tiers des régions seulement ont mis en oeuvre des mécanismes pour résister aux impacts du Brexit. La Belgique en fait-elle partie?
La Belgique est fortement impactée, notamment à cause de la proximité avec le Royaume-Uni. De plus, le pays est petit, donc l'impact est proportionnellement plus grand. D'une manière générale, tout le monde est encore pris dans l'attente d'une clarification, se disant que ce ne sera peut-être pas si grave que ça. Ce n'est pas simple de prendre des mesures quand vous avez un tel éventail de variantes. Les gouvernements belges qui vont se constituer après le 26 mai, devront avoir un point Brexit dans leur liste de priorités. Les entreprises qui risquent d'être fortement impactées ont déjà pris des mesures. Il est important que le politique et l'économique se rejoignent.
Mais cela va être beaucoup plus difficile pour les Britanniques. Theresa May a dit qu'en cas de Brexit sans accord, Londres n'appliquera pas tous les tarifs douaniers de l'Organisation Mondiale du Commerce, tant les entreprises britanniques dépendent des importations depuis le continent. Mais les Européens continentaux ont dit, eux, qu'ils allaient dans un premier temps considérer le Royaume-Uni comme un pays tiers.
J'ai du mal à croire que les Britanniques ont compris que le Royaume-Uni sera plus impacté par le Brexit que les Vingt-sept. J'ai entendu des parlementaires britanniques pro-Brexit raconter des choses complètement ahurissantes, irrationnelles, basées sur des contre-vérités. Quand on voit les images du Parlement britannique, on a l'impression que ce sont des gens en transe, qui vivent dans un jeu, et se demandent en permanence quel est leur prochain coup. La population britannique a toujours été un peu éloignée de la conscience européenne - cela est vrai ailleurs aussi, les gens ne se lèvent pas en pensant à l'Union européenne. Et malheureusement, les gens se rendront compte des conséquences quand ça commencera vraiment à faire mal.
Une étude sur laquelle se base le CdR montre que ce sont les régions britanniques qui ont voté pour le Brexit qui en seront les plus impactées. Comment expliquez-vous ce paradoxe? Le Brexit est largement le résultat d'une mobilisation populiste. C'est l'extrême succès de M. Farrage, combiné au non vote des générations jeunes. Ceux qui ont voté pour le Brexit sont souvent des régions en difficulté, aux populations desquelles on est parvenus à faire croire que leurs problèmes résultent de l'Europe. La perception est finalement décisive.
L'une des causes principales du Brexit est cette impression d'une Union européenne lointaine, hautaine, éloignée des citoyens. Quelles leçons tirer de ce drame? C'est tout l'enjeu de ce sommet du Comité des régions : rapprocher l'Union des citoyens et la meilleure façon de le faire est de passer à travers les collectivités territoriales. Pour cela, il faut réorganiser l'Union, pour que les collectivités territoriales soient mieux prises en compte et engager des dialogues citoyens opérationnels et qui assurer le suivi de ce qu'on y raconte.