Scandale dans les universités américaines: "Les pratiques sont à ce point énormes qu'on les croirait empruntées à Hollywood"

- Publié le 14-03-2019 à 09h55
- Mis à jour le 14-03-2019 à 15h21

Faux athlètes ou examens bidouillés : de vastes fraudes aux inscriptions ternissent la réputation des plus prestigieuses universités.S'il n'a pas exactement provoqué la surprise, le scandale qui frappe quelques-unes des plus prestigieuses universités américaines, accusées de fraudes aux inscriptions, n'en a pas moins causé un émoi considérable. C'est, en effet, la réputation d'institutions aussi vénérables que Yale, Georgetown, UCLA ou Stanford, qui est ternie. L'affaire, découverte par hasard par le FBI, et passée au crible depuis plus d'un an, montre par ailleurs que la corruption n'empoisonne pas que la politique, le sport ou le monde des affaires, mais aussi les milieux universitaires où l'on est censé former l'élite du pays.
Les pratiques révélées par les enquêteurs sont à ce point énormes qu'on les croirait empruntées à une comédie hollywoodienne. Et, si tout le monde sait depuis longtemps, aux États-Unis, que l'admission dans les meilleures universités n'obéit pas qu'à des critères objectifs, les procédés utilisés pour contourner les règles trahissent une vénalité aux dimensions insoupçonnées et une absence confondante de protection contre les tricheries. Les faits rapportés à la justice ne concernent, par ailleurs, pas que des cas isolés, mais décrivent un phénomène à l'échelle nationale.
Une cinquantaine de célébrités, dont deux stars de la télévision, Felicity Huffman (Desperate Housewives) et Lori Loughlin (Full House), et de personnalités riches ou influentes, sont accusées d'avoir tantôt versé des pots-de-vin (dépassant parfois le million de dollars), tantôt falsifié des documents, pour faire admettre leur progéniture dans les établissements les plus recherchés. Sachant que les universités acceptent des étudiants académiquement moins doués en fonction de leurs mérites sportifs, des candidats ont été faussement profilés en athlètes prometteurs de haut niveau. Et quand il fallait trafiquer les résultats aux examens d'entrée, les correcteurs étaient achetés. Les enquêteurs rapportent le recrutement d'un professionnel passé maître dans l'art de remplir les questionnaires, qui passait les tests à la place des étudiants !
Quand escroquerie rime avec philanthropie
Cerise sur le gâteau, un des intermédiaires dans cette gigantesque escroquerie, William Singer, qui a plaidé coupable mardi devant un tribunal fédéral, s'arrangeait pour transformer les pots-de-vin en dons à des œuvres caritatives. Les parents pouvaient dès lors profiter de déductions d'impôts. En 2016, rapporte ainsi le Washington Post, un couple de Californie a remis à Singer quelque 2 000 actions de Facebook, pour une valeur de plus de 250 000 dollars, camouflés en geste philanthropique…
Le scandale a rouvert un débat plus large sur des pratiques jugées contestables comme le traitement de faveur accordé aux enfants des "alumni" (dans les universités dont les parents sont eux-mêmes diplômés), de généreux donateurs, ou des grandes familles dont les universités s'enorgueillissent d'accueillir les rejetons. Cette tradition permet de comprendre pourquoi, des hommes politiques aux hommes d'affaires, des universités prestigieuses ont enrôlé des candidats qui ne semblaient a priori pas avoir les capacités requises.