Le nouveau président ukrainien: "Toute ma vie, je me suis efforcé de vous faire rire. Ces cinq prochaines années, je vais essayer de ne pas vous faire pleurer"
- Publié le 21-05-2019 à 07h20
- Mis à jour le 21-05-2019 à 10h28

Volodymyr Zelenskiy veut en finir avec la guerre dans l'est du pays."Toute ma vie, je me suis efforcé de vous faire rire, vous les Ukrainiens. Ces cinq prochaines années, je vais essayer de ne pas vous faire pleurer." À la tribune de la Verkhovna Rada (Parlement), un znak (collier de médaillons d'or) autour du cou et la bulawa (masse d'arme cosaque) à la main, c'est la fin de la plaisanterie pour Volodymyr Zelenskiy. Le comédien, élu à 73 % au terme d'une campagne inédite, entame le rôle de sa vie en devenant le 6e président de l'Ukraine indépendante.
Et pourtant… Toute sa représentation est finement orchestrée, de son ton grave lors de sa prestation de serment aux mimiques insolentes lancées à des députés qu'il décrit comme corrompus et incompétents. Un scénario digne des meilleurs épisodes de la série Slouga Naroda ("Le serviteur du peuple"), à travers laquelle il s'est taillé une carrure politique. À la tribune, il reprend sa rhétorique d'homme simple à travers un populisme soigneusement calibré. "Nous sommes tous présidents […], nous portons tous la responsabilité de notre Ukraine."
À l'extérieur du Parlement, des centaines de sympathisants suivent le discours sur un écran géant, à l'unisson de "leur" Zelenskiy. Son arrivée enjouée, sous un grand soleil, a galvanisé la foule. Quand le nouveau chef de l'État lance un de ses fameux sourires narquois aux députés, pour leur demander la démission des figures les plus honnies du régime, c'est l'explosion de joie.
"Dégagisme"
Jeter l'ensemble des 423 députés dans un même sac est certes une simplification pour un Parlement qui a adopté des décisions historiques, et quelques réformes structurelles, dans le tumulte de la révolution de 2014, de l'annexion de la Crimée, et de la guerre dans l'est. La manœuvre s'inscrit dans le "dégagisme" qui a porté Volodymyr Zelenskiy au pouvoir. En continuant de promettre une "nouvelle époque", son discours d'investiture est en fait un discours de campagne. Son parti Slouga Naroda est crédité de 40 % des intentions de vote. Ce faisant, le Président bouscule les pronostics des politologues, qui avaient assuré qu'une dissolution de la Verkhovna Rada n'était techniquement pas possible. Au contraire, l'ensemble des partis a instantanément accueilli la décision. Le Premier ministre Volodymyr Hroissman a même annoncé sa démission dans la foulée, pour préparer son parti au scrutin.
Pour Volodymyr Zelenskiy, la question était existentielle, ses prérogatives étant limitées par la Constitution. Il lui faut une majorité pour réaliser les idéaux qu'il prône : lutte anticorruption, justice, solidarité, réduction de la pauvreté ou encore renforcement de la santé publique. Dans son discours, une piste concrète consiste à inviter les Ukrainiens de la diaspora à revenir investir dans la mère patrie. "Nous sommes 65 millions", proclame-t-il, en balayant l'estimation actuelle de moins de 40 millions d'habitants en Ukraine. "Nous avons vraiment besoin de vous tous !" À l'instar de sa campagne présidentielle, il n'indique néanmoins pas comment attirer les émigrés au retour, ni comment matérialiser ses idées.
Pour autant, Volodymyr Zelenskiy peut commencer à agir dès maintenant. De fait, il devient chef des armées et moteur de la politique étrangère d'un pays en guerre. "Ma première priorité, c'est l'arrêt des combats dans l'est !" assure-t-il. Et de jurer qu'il est "prêt à tout" pour permettre le retour à la paix. "Sans renoncer à nos territoires, et encore moins au plus important, à nos gens." Il ne révèle pas pour autant son angle de tir dans les négociations à venir avec Vladimir Poutine. Les ambitions affichées de Volodymyr Zelenskiy semblent démesurées, voire naïves. Mais ce 20 mai, rien ne semblait pouvoir ébranler l'état de grâce du jeune président.
