Avant sa visite au Royaume-Uni, Trump "dit des choses" que d'autres dirigeants éviteraient de dire
C'est sa première visite d'État. Et il n'hésite pas à s'ingérer dans les affaires intérieures.
- Publié le 02-06-2019 à 17h56
- Mis à jour le 02-06-2019 à 17h57

C'est sa première visite d'État. Et il n'hésite pas à s'ingérer dans les affaires intérieures.
Donald Trump débarque lundi au Royaume-Uni, avec ses gros sabots. Invité pour sa première visite d'État dans le pays par la reine Elisabeth II, le président américain "a dit des choses que la plupart des dirigeants éviteraient à la veille d'un important voyage plein de pièges politiques", a prévenu le journaliste du Sunday Times qui l'a interrogé pour un entretien publié dimanche.
Le Brexit figure évidemment au centre de ses remarques. Il a tout d'abord estimé que les conservateurs font "une erreur" en refusant d'inclure Nigel Farage, dont le Brexit Party est arrivé largement en tête de l'élection européenne britannique, dans leur équipe de négociations. "Il a beaucoup à apporter", estime le président américain. Il conseille ensuite aux responsables britanniques de changer d'approche vis-à-vis de l'Union européenne. Ils devraient "quitter la table des négociations (..) s'ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent", ne pas payer "les 50 milliards de dollars" qu'ils doivent aux Vingt-sept en guise d'engagements budgétaires déjà pris, et attaquer l'UE en justice "pour les erreurs faites par l'UE qui ont coûté beaucoup d'argent au Royaume-Uni et lui ont fait du mal".
Le commerce avant tout
Qu'entend-il par là ? Difficile de le savoir. Il promet en parallèle un avenir brillant aux relations commerciales entre les États-Unis et le Royaume-Uni. "L'un des avantages du Brexit est que vous pouvez discuter directement avec la première économie mondiale alors qu'aujourd'hui le Royaume-Uni est interdit de le faire. (...) Nous avons le potentiel d'être un incroyable partenaire commercial du Royaume-Uni."
Cela confortera les patrons britanniques qui rencontreront mardi Donald Trump en compagnie de Theresa May. C'est sans doute là le seul point positif que trouvera la Première ministre britannique à cet entretien. Quelques heures avant d'annoncer le 24 mai sa démission, elle avait insisté auprès de ses collègues conservateurs pour rester à la tête du parti tory jusqu'au vendredi 7 juin. Grâce à ce délai, elle pouvait rencontrer son homologue américain avec les pleins pouvoirs. Peut-être le regrette-t-elle aujourd'hui. Surtout que Donald Trump s'est aussi immiscé dans la course à sa succession. Il a placé son soutien derrière l'ancien ministre des Affaires étrangères et maire de Londres Boris Johnson, "un ami", qui "ferait un très bon travail, il serait excellent".
Une déclaration que le Parti travailliste considère être "une interférence inacceptable dans la démocratie de notre pays". Le Labour apparaît comme le premier opposant politique aux méthodes et à la vision du monde et de la société de Donald Trump. Son dirigeant Jeremy Corbyn a refusé de se rendre au dîner prévu lundi en l'honneur de l'invité américain, dont il a dénoncé la "rhétorique misogyne et raciste". Son parti paraît pourtant bien esseulé. Si cette visite d'État avait été annulée l'an dernier face à l'opposition politique à sa tenue, le chaos politique lié au délai du Brexit a calmé les ardeurs de la plupart des récalcitrants.
En revanche, les activistes favorables à la lutte contre le dérèglement climatique, le racisme, la misogynie, etc., demeurent sur le qui-vive et de multiples manifestations sont prévues jusqu'à mercredi. Le fait que M. Trump ait annoncé au Sunday Times que " nous avons actuellement l'un des climats les plus propres du monde " ne fera que renforcer leur détermination.
Le protocole habituel ne sera ainsi pas respecté : le président américain ne sera pas accueilli par la famille royale sur Horse Guards Parade, une allée du centre de Londres, mais dans les jardins du palais de Buckingham. Il effectuera néanmoins une visite de l'abbaye de Westminster avant le banquet officiel organisé à Buckingham. Il y retrouvera Theresa May, avec qui il passera également toute la journée du mardi. La journée du mercredi sera consacrée aux cérémonies du 75e anniversaire du débarquement à Portsmouth.