La Nupes, un mariage de raison qui tient bon : "Le rassemblement de la gauche serait plus facile si Jean-Luc Mélenchon faisait un pas de côté"
Sur le fond, les quatre alliés de la coalition de gauche parviennent à s'entendre. Sur la forme, c'est autre chose. Les dérapages de La France insoumise, où Jean-Luc Mélenchon dicte encore sa loi, agacent ses partenaires.
- Publié le 28-06-2023 à 06h45

La France Insoumise (LFI), le Parti socialiste (PS), Europe Écologie – Les Verts (EELV) et le Parti communiste français (PCF) viennent de fêter leurs noces de coton. Il y a un an, lors des élections législatives, ils ont présenté des listes communes sous la bannière de la Nouvelle union populaire écologique et sociale, la Nupes. Cette initiative, critiquée par des cadres socialistes – parmi lesquels on trouve l'ex-président François Hollande – a été portée par l'ancien leader insoumis et candidat malheureux à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. Au passage, ce dernier a établi un rapport de force en faveur de LFI, les candidats des trois autres partis ayant subi de cuisants échecs.
Sur le fond, durant cette première année de vie commune, les quatre alliés de circonstance ont pu faire des concessions et avancer, même s'ils n'ont pas toujours été d'accord sur tout. Sur la forme, c'est autre chose…
Des dérapages contrôlés, mais peu payants
Outre le soutien de Jean-Luc Mélenchon au député Adrien Quatennens, condamné pour avoir giflé son épouse, les dérapages et l'attitude conflictuelle d'une majorité de députés LFI à l'Assemblée nationale embarrassent ses partenaires. Aurélien Saintoul a, par exemple, traité le ministre du Travail Olivier Dussopt d'" assassin" en marge d'une discussion sur le nombre de morts dans des accidents au travail. Thomas Portes, lui, a publié une photo où il pose le pied sur un ballon de football avec la tête d'Olivier Dussopt, encore lui, dessus.
Cette stratégie vise à incarner la colère sociale jusqu'au Parlement. Mais pour l'instant, elle ne semble pas fonctionner. C'est en tout cas, ce qui semble ressortir d'une enquête d'opinion d'Ifop-Fiducial du 19 juin pour Le Journal du Dimanche et Sud Radio au sujet du regard des Français sur le Rassemblement national, un parti qui a choisi la voie de la respectabilité au Palais-Bourbon, à quelques écarts près. Les sondés déclarent ainsi tenir le RN pour moins "dangereux pour la démocratie" (21 %) que LFI (26 %), et davantage "capable de gouverner la France" (30 % contre 13 %).
En jouant la carte de l'outrance, LFI étouffe aussi ses alliés, qui peinent à exister. La plupart des écologistes, des communistes et des socialistes doivent d'ailleurs préférer le style plus posé, moins conflictuel, des députés LFI François Ruffin et Clémentine Autain. Mais ces derniers ne sont plus dans les bonnes grâces de Jean-Luc Mélenchon, qui continue de faire la pluie et le beau temps chez les Insoumis, jusqu'à cadenasser le parti, même s'il n'en détient plus les rênes.
L'encombrant Mélenchon
"Le fait d'avoir plusieurs courants et plusieurs styles au sein d'un même mouvement peut être une force puisque cela permet de s'adresser à des électorats différents, mais cela demande de la coordination et disons que, pour l'instant, on a plutôt l'impression que les stratégies sont parallèles au sein de la Nupes", analyse Simon Persico, professeur de sciences politiques à Sciences Po Grenoble et au Laboratoire Pacte. "Mais ils ont encore du temps. La plupart des acteurs de la Nupes ont compris qu'une logique unitaire était préférable pour la gauche. Après, la vie politique est ainsi faite qu'il est difficile de parier sur l'intelligence collective et la capacité de rassemblement."
Jean-Luc Mélenchon et sa stratégie semblent, d'ailleurs, représenter un obstacle à cette unité de la gauche. "Il continue aussi de prôner une Nupes derrière LFI alors que d'autres, y compris au sein de LFI, peuvent porter une logique plus plurielle, note Simon Persico. En fait, le rassemblement de la gauche serait plus facile si Jean-Luc Mélenchon faisait un pas de côté."
Agacés, mais aussi soucieux de garder leur identité et désireux de rétablir un rapport de force qui soit plus en leur faveur, les écologistes et les communistes ont d'ailleurs déjà refusé la proposition de Jean-Luc Mélenchon de créer une liste commune en vue des élections européennes de 2024.
Quant aux élections présidentielles et législatives, c'est encore loin. Ce sera en 2027, sauf dissolution de l'Assemblée nationale. Pour l'heure, même si la lune de miel a été de courte durée, et même s'il s'agit d'un mariage de raison, la Nupes tient bon.
