Coup de filet contre l'espionnage chinois en Allemagne : "La coopération internationale augmente et les arrestations aussi"
Quatre personnes soupçonnées d'espionnage ont été arrêtées en deux jours en Allemagne. Ces deux affaires différentes pointent vers Pékin. La parti d'extrême droite AfD à nouveau embarrassé.
- Publié le 23-04-2024 à 16h26

Deux affaires liées à l'espionnage chinois coup sur coup, l'Allemagne avait rarement vu ça. Ce lundi 22 avril, trois Allemands, dont un couple, ont tout d'abord été interpellés dans l'ouest du pays. Selon le parquet général de Karlsruhe, ils auraient transmis à Pékin des informations sur des technologies innovantes développées en Allemagne, avec un potentiel usage militaire. Ces personnes auraient aussi exporté, sans autorisation, un équipement laser, et discrètement négocié des projets de recherches avec une université allemande.
Un assistant parlementaire européen lié au parti d'extrême droite AfD
Mardi 23 avril, nouveau coup de tonnerre avec l'annonce de l'arrestation dans la nuit, à Dresde, d'un Allemand d'origine chinoise. Âgé de 43 ans, cet homme travaillait depuis 2019 pour le député européen allemand d'extrême droite, Maximilian Krah, par ailleurs tête de liste du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) pour les élections européennes du 9 juin prochain. Selon le parquet de Karlsruhe, Jian Guo aurait transmis aux services de renseignement chinois des informations en lien avec les débats, négociations et votes au sein du Parlement européen. Il est aussi soupçonné d'avoir espionné des membres de l'opposition chinoise en Europe. Ce mardi, il a été suspendu de ses fonctions, avec effet immédiat, par le Parlement européen.
Pour la ministre fédérale de l'Intérieur, Nancy Faeser (SPD), ces diverses accusations sont "extrêmement graves". "S'il se confirme que des services de renseignement chinois ont espionné le Parlement européen, il s'agit d'une attaque de l'intérieur contre la démocratie européenne […]. Ceux qui emploient de tels collaborateurs en portent la responsabilité", a-t-elle ajouté à l'intention de l'AfD. Ce parti, via Maximilian Krah, faisait d'ailleurs profil bas hier, qualifiant ces accusations de "très graves". "Si elles s'avéraient fondées, cela entraînerait la cessation immédiate des relations de travail", a réagi le député sur le réseau social X, en expliquant ne rien savoir de cette affaire.
Pour Sofia Hoffmann, de l'Université d'Erfurt, c'est d'ailleurs une question centrale. "Il est toujours étonnant d'apprendre que l'assistant d'un élu travaille pour un État étranger. Si Maximilian Krah était au courant, ce serait une catastrophe", juge-t-elle. Cette affaire est d'autant plus explosive que deux autres membres de l'AfD, dont le numéro deux sur la liste des européennes, sont soupçonnés d'avoir perçu de l'argent de la Russie pour relayer sa propagande en Allemagne. "Ce sont vraiment de beaux "patriotes" qui vendent en permanence l'Allemagne à la Chine et à la Russie", commentait hier l'élue libérale Marie-Agnès Strack-Zimmermann.
Des nouvelles découvertes à attendre
Plus largement, ces deux affaires d'espionnage chinois surprennent par leur timing, quelques jours après une visite de trois jours en Chine par le chancelier Olaf Scholz et posent la question de l'importance pour la Chine de l'Allemagne, à la fois partenaire économique et concurrent stratégique. La politologue Sofia Hoffmann constate une "tendance" dans l'espionnage chinois à ne plus se concentrer sur le seul espionnage "industriel classique visant à gagner en avantage compétitif", mais à inclure une dimension économique plus large "pour comprendre comment l'Allemagne progresse économiquement et militairement". "L'Allemagne est intéressante à espionner car c'est un pays relativement ouvert, dont l'économie est orientée vers les exportations et qui investit beaucoup en Chine. Les possibilités sont donc nombreuses", estime-t-elle.
L'annonce de ces différentes affaires – dans un pays où la justice n'est pas toujours aussi prompte à communiquer – suscite des commentaires divergents. L'opposition conservatrice y voit une preuve de la "vulnérabilité" du pays. La ministre de l'Intérieur y voit, elle, un succès des services de renseignement allemands.
Une position que Sofia Hoffmann partage en partie. "L'Allemagne n'est pas particulièrement vulnérable. Depuis la guerre en Ukraine, elle a renforcé ses équipes, comme les autres pays européens. C'est un peu comme après le 9 septembre. La coopération internationale augmente et les arrestations aussi", juge-t-elle. Tous s'accordent en tout cas sur un point : ce genre d'affaires devrait se multiplier.
