Julian Assange libre, une décision de justice très politique
L'accord trouvé pour mettre un terme à une affaire judiciaire interminable arrange tout le monde : le lanceur d'alerte de Wikileaks, privé de liberté depuis décembre 2010, et le président américain Joe Biden, en campagne pour sa réélection.

- Publié le 25-06-2024 à 19h24
- Mis à jour le 26-06-2024 à 12h48

Dans le plus grand secret, Julian Assange a été sorti, lundi, de la prison haute sécurité de Belmarsh. Emmené par la police britannique jusqu'à l'aéroport londonien de Stansted, il a alors été libéré. Une vidéo diffusée par son organisation Wikileaks le montre en train d'embarquer dans un jet privé à destination de la Thaïlande, première étape d'un trajet devant ensuite l'amener aux îles Mariannes du Nord, un territoire américain indépendant, situé au milieu du Pacifique.
Ce mardi soir, à minuit heure belge, une audience avec un juge américain est programmée pour entériner l'accord de plaider-coupable signé avec le Département américain de la Justice, qui comprend l'abandon par les États-Unis de 17 des 18 autres chefs d'accusation retenus contre lui. Un deal qui prévoit que le lanceur d'alerte soit condamné à soixante-deux mois de prison, soit un peu plus de cinq ans. Sachant qu'il a déjà passé 1901 jours, soit plus de 5 ans, dans la prison de Belmarsh, normalement réservée aux prisonniers les plus dangereux, il bénéficiera donc d'une libération immédiate et devrait rejoindre son pays natal, l'Australie.
Une issue pressentie
Cette issue était pressentie depuis quelque temps déjà. Le 10 avril, le président américain Joe Biden avait indiqué qu'il "réfléchissait" à trouver un moyen de mettre fin au processus judiciaire contre Julian Assange, accusé par son ministère de la Justice d'avoir obtenu illégalement des documents confidentiels et de les avoir diffusés. L'intervention de l'actuel Premier ministre australien Anthony Albanese semble avoir beaucoup pesé dans la décision du président américain. Stella Assange nous avait indiqué en mai que celui-ci "a eu un impact décisif pour chercher à trouver une solution à cette affaire et à ramener Julian en Australie, alors que ses prédécesseurs l'avaient abandonné".
Dans un premier temps, Stella Assange et l'équipe judiciaire de son mari avaient refusé de commenter cette annonce. Avant d'admettre à mots couverts que des négociations étaient en cours. "Cette affaire est entièrement politique", avait indiqué Stella Assange à La Libre lors d'un entretien. "Le président Biden a encore la possibilité d'être le président qui mettra fin à cette affaire, qui agira dans l'intérêt de la liberté de la presse et du journalisme, plutôt que de permettre ces poursuites très dangereuses qui terniront à jamais la réputation du pays."
Biden s'enlève une épine du pied
Le récent succès judiciaire du clan Assange, qui a obtenu en mai la tenue d'un procès en appel, a sans doute aussi encouragé Joe Biden à trouver une solution. Le procès aurait pu se tenir au coeur de la campagne de l'élection américaine. Il aurait sans aucun doute affaibli le président démocrate, qui doit absolument obtenir le plein des voix de la gauche, parmi lesquelles figurent de nombreux supporteurs de Julian Assange, pour envisager d'être réélu le 5 novembre prochain face au Républicain Donald Trump.
Une fois toutes les parties d'accord pour éviter un procès, tout est allé relativement vite. Le service des poursuites judiciaires britanniques "a conseillé les États-Unis sur la manière de mener à bien l'accord proposé, qui exigeait que M. Assange se présente en personne devant un juge fédéral américain", a expliqué mardi dans un communiqué John Sheehan, son directeur des affaires d'extradition. Une audience judiciaire privée a eu lieu jeudi dernier, à laquelle Julian Assange a pris part. Stella Assange a indiqué que les deux derniers jours "avaient été très tendus" et un "tourbillon d'émotions". Elle s'est envolée de manière impromptue pour l'Australie ce dimanche avec leurs deux enfants de cinq et sept ans. Sans les avoir encore prévenus que leur père les rejoindrait. "Nous avons été très prudents avec eux." Ces derniers n'ont vraiment connu leur père que derrière les vitres du parloir de la prison de Belmarsh.
Si cet accord met fin à une situation insupportable pour Julian Assange, il n'est pourtant pas sans conséquence pour la liberté de la presse. "Le fait qu'il ait plaidé coupable pour un d'entre eux […] est évidemment une préoccupation très sérieuse pour les journalistes et les journalistes spécialisés dans la sécurité nationale en général", a reconnu Stella Assange. Elle entend donc demander que son mari soit pardonné. Mais d'abord, elle entend bien "le serrer dans ses bras".
