Face aux pressions de Trump, les Groenlandais se tournent vers l'Europe : "La situation est grave"
Des voix s'élèvent dans l'île pour mettre en sourdine les aspirations d'indépendance et jouer la carte de l'Union européenne.
- Publié le 23-01-2025 à 08h18
- Mis à jour le 23-01-2025 à 09h39

Le président américain Donald Trump persiste et signe, insistant sur la nécessité impérieuse pour les États-Unis de prendre le contrôle du Groenland, ce territoire autonome danois d'outre-mer qui occupe une position stratégique dans l'Arctique. "Le Groenland est un endroit merveilleux. Nous en avons besoin pour la sécurité internationale", a-t-il réitéré lundi devant un parterre de journalistes à la Maison-Blanche, à l'issue de son investiture, se déclarant "sûr que le Danemark se fera à l'idée" de le céder. D'autant que le Groenland, lui "coûte cher" (environ 800 millions d'euros par an en subsides et autres dépenses pour la police et la défense de l'île, NDLR).
Et d'affirmer que "les habitants du Groenland ne sont pas satisfaits du Danemark, comme vous le savez. Je pense qu'ils sont contents de nous". Pour preuve, "mon fils et mes représentants sont allés là-bas il y a deux semaines, et ils nous aiment" assure-t-il.
Nouer un dialogue avec l'administration Trump
Une lecture que ne semblent pas partager les dirigeants groenlandais. À Nuuk, capitale de l'île, le chef du gouvernement inuit Múte B. Egede a ainsi convoqué une conférence de presse à la suite de cette nouvelle annonce "inquiétante" de Washington. "Il est important de garder son sang-froid et de rester unis" dans cette crise, malgré les troubles suscités par cette sortie de Donald Trump, a-t-il déclaré.
"La situation est grave", estime M. Egede, soulignant que son "gouvernement tente d'engager un dialogue avec la nouvelle Administration américaine dans les prochains jours", tout en réaffirmant qu'il "appartient au peuple groenlandais de décider de son sort".
Interrogée ce mardi sur la chaîne danoise TV2, Carla Sands, l'ancienne ambassadrice américaine au Danemark de 2017 à 2021 (durant le premier mandat de Donald Trump) a pour sa part jugé que "l'acquisition du Groenland est une solution de bon sens". "Le Danemark est un petit pays de 5,5 millions d'habitants avec une économie de la taille de l'État du Colorado. Il n'a pas les moyens de défendre et de développer le Groenland", a-t-elle argumenté. Au passage, elle a dit être "préoccupée par la situation actuelle de ce territoire arctique non protégé, sans réel développement et freiné par le manque d'infrastructures", alors que les États-Unis ont rouvert leur consulat à Nuuk en 2020 après 67 ans d'absence.
Jouer la carte de l'UE
Face aux pressions américaines, des voix s'élèvent dans l'île pour jouer la carte de l'Union européenne (le Groenland en est sorti suite à un référendum en 1982). À l'instar de Aaja Chemnitz, députée groenlandaise au Parlement danois pour le parti d'extrême gauche Inuit Ataqatigiit (IA) au pouvoir qui défend "un plus grand engagement de l'UE au Groenland", après que la Commission européenne a ouvert un bureau à Nuuk en 2024.
En visite récemment au Parlement européen à Bruxelles, cette dernière a plaidé pour "une présence accrue de l'UE, notamment dans le domaine de l'extraction des minéraux critiques, dont les terres rares, nécessaires à la construction de technologies d'énergie propres."
De son côté, Jess G. Berthelsen, président de la Fédération syndicale SIK au Groenland, a exhorté le gouvernement et le Parlement à "mettre en sourdine la rhétorique de l'indépendance et à coopérer plus étroitement avec le Danemark et l'UE", une alternative pour contrer les velléités de Donald Trump.
"Oui, nous voulons l'indépendance, mais maintenant nous devons faire face aux réalités alors que nous sommes exposés à une pression massive des États-Unis", a-t-il confié au journal Sermitsiaq. Le syndicaliste exhorte les autorités à "plutôt se concentrer sur l'UE", surtout en ce qui concerne l'extraction des minéraux au Groenland.
Selon lui, "un front commun doit être créé entre le Groenland et le Danemark" pour contrecarrer les plans de Donald Trump et "accroître la coopération avec l'Union européenne", car il y a "un énorme avantage à en tirer pour les Groenlandais". Certains citoyens "font croire que l'on vivra dans un État paradisiaque si nous passons sous la bannière des États-Unis. C'est une illusion", juge-t-il, car "nous savons comment les syndicats américains sont traités. Nous savons comment les citoyens souffrant de difficultés financières sont traités. Voilà la réalité."
