Un attentat sanglant au Cachemire aux airs de défi lancé au gouvernement indien : "Va dire ça à Modi"
Le bilan est de 25 touristes tués. Les terroristes disent avoir agi en représailles à l'abrogation de l'autonomie régionale en 2019. L'Inde soupçonne le Pakistan, qui revendique la souveraineté du territoire, d'être impliqué.

- Publié le 23-04-2025 à 17h05
- Mis à jour le 23-04-2025 à 17h51

De notre correspondant à New Delhi.
C'est une véritable onde de choc qui a saisi l'Inde depuis mardi. Alors que les détails de l'attentat qui a coûté la vie à 26 touristes tombaient peu à peu, le Premier ministre Narendra Modi a interrompu sa visite en Arabie saoudite. Le pays n'avait plus connu d'attentats contre des civils aussi sanglants depuis ceux de Bombay en 2008.
D'après les témoignages publiés dans la presse, au moins trois assaillants en treillis militaire sont arrivés dans une prairie du Cachemire, très prisée pour son panorama et surnommée "la petite Suisse", mardi après-midi. En les apercevant, les touristes pensaient avoir affaire aux forces de sécurité. L'armée et les paramilitaires sont en effet omniprésents dans cette région qui fut à l'origine de trois guerres avec le Pakistan. 500 000 hommes y seraient déployés.
Les non-musulmans ciblés
Les terroristes ont contrôlé les identités avant d'ouvrir le feu. Des témoins affirment qu'ils étaient armés de fusils de type kalachnikov et M4. L'armée américaine en a abandonné des milliers en quittant l'Afghanistan en 2021, signe que les armes pourraient venir de là. Beaucoup de M4 ont fini au marché noir.
Plusieurs rescapés assurent que les terroristes ont ciblé les non-musulmans. Une jeune femme a raconté à l'agence de presse PTI qu'ils ont demandé à son père, de confession hindoue, de réciter une prière islamique pour vérifier sa religion avant de l'assassiner. Dans une vidéo prise sur les lieux de l'attentat, une autre explique qu'elle pique-niquait avec son mari quand les tireurs l'ont exécuté après avoir découvert qu'il n'était pas musulman. On y voit l'auteur de la vidéo se diriger ensuite vers un cadavre, t-shirt relevé et pantalon baissé. Ces images recoupent une autre information recueillie par les enquêteurs : les terroristes auraient forcé les hommes à leur montrer s'ils étaient circoncis.
Le mode opératoire sonne comme un défi au Premier ministre Narendra Modi. Une survivante a détaillé comment elle avait été épargnée : "Je leur ai dit : tuez-moi ! Vous avez déjà tué mon époux. L'un d'eux m'a répondu : on ne va pas te tuer. Va dire ça à Modi." Plus embarrassant, selon des sources sécuritaires citées par le quotidien The Indian Express, le massacre aurait duré une vingtaine de minutes, en plein jour, dans une région ultra-militarisée.
Une gifle sanglante à Narendra Modi
Ces derniers mois, le gouvernement répétait qu'il avait presque éradiqué le terrorisme au Cachemire. La région est en proie à des attentats réguliers depuis les années 90. "Tout l'écosystème terroriste a été paralysé. Les efforts incessants du Premier ministre Modi sont en train d'impulser une nouvelle ère de prospérité pour tous", avait clamé le ministre de l'Intérieur Amit Shah lors d'une visite en février. Il faisait allusion à l'abrogation de l'autonomie régionale décrétée par le gouvernement en 2019. Cette réforme libéralisait aussi l'achat de terrains et de biens immobiliers par des Indiens ne résidant pas sur place. La mesure avait été imposée sans concertation ni préavis. Les Cachemiris avaient déclenché plusieurs jours de grève générale pour protester contre celle-ci, en vain.
Par la suite, les attentats s'étaient enchaînés de manière sporadique : attaque de convois militaires, accrochages avec l'armée, assassinats ciblés d'Indiens de confession hindoue et de travailleurs migrants…
Un groupe méconnu
L'attaque de mardi tranche avec les autres par son ampleur. Elle résonne aussi comme une opération de représailles à l'abrogation de l'autonomie régionale. Elle a été revendiquée par un groupe méconnu qui se fait appeler "Kashmir Resistance". L'organisation critique dans son message l'arrivée de 85 000 "intrus" au Cachemire ces dernières années. "Ceux qui tentent de s'installer ici illégalement en paieront le prix", ajoute-t-elle.
L'opinion publique indienne perçoit derrière cette violence la main du Pakistan. Islamabad instrumentalise en effet des groupes armés au Cachemire depuis la partition du sous-continent en 1947. L'armée a financé et équipé une myriade d'organisations afin de faire pression sur New Delhi qui, de son côté, revendique la partie du Cachemire contrôlée par le Pakistan. Les négociations de paix sont au point mort.
Dans un discours prononcé ce mercredi à New Delhi, le ministre de la Défense indien, Rajnath Singh, a promis une réponse rapide contre les individus qui ont mené et planifié cette attaque.
