Quand Friedrich Merz refuse de signer un appel à la fin immédiate de la guerre à Gaza… "L'Allemagne se rend complice"
Malgré un durcissement de ton envers Israël ces dernières semaines, le chancelier allemand s'isole en refusant de signer un appel à mettre fin "immédiatement" à la guerre à Gaza. Les relations se tendent au sein de sa coalition.
- Publié le 24-07-2025 à 17h03
- Mis à jour le 24-07-2025 à 17h06

Les critiques sur la position allemande envers Israël et le conflit à Gaza sont remontées d'un cran. Depuis son arrivée à la chancellerie en mai, le nouveau chancelier Friedrich Merz avait surpris les observateurs en durcissant le ton envers le gouvernement de Benjamin Netanyahou, jugeant à plusieurs reprises la situation à Gaza "inacceptable". Mais cette semaine, il a refusé de s'associer à 28 autres pays – parmi lesquels la Suisse, la Belgique, la France, l'Espagne, le Canada, le Japon mais aussi la Commission européenne – pour appeler Israël à "cesser immédiatement" à la guerre à Gaza.
Lancé à l'initiative du Royaume-Uni, ce texte demande aussi la libération des otages, l'entrée de l'aide humanitaire et "s'oppose fermement à toute initiative visant à modifier le territoire ou la démographie dans les territoires palestiniens occupés".
Sur le même pied que Trump
Sur la liste des signataires ne se trouvent donc ni les États-Unis de Donald Trump ni l'Allemagne de Friedrich Merz.
Devant la presse mardi, ce dernier a estimé que le contenu de cet appel était "presque identique" à celui d'une déclaration du Conseil européen qu'il a signée, le 26 juin dernier. M. Merz rappelle aussi que l'Allemagne "exhorte avec force le gouvernement israélien à mettre fin aux interventions militaires massives, à permettre un cessez-le-feu et, surtout, à autoriser l'acheminement de l'aide humanitaire à la population locale".
De source gouvernementale, on explique en outre ne pas être tenu d'adhérer à toutes les initiatives qui voient le jour sur le sujet et préférer s'adresser de manière plus directe, au gouvernement israélien, sur la base de la "forte influence" de l'État allemand.
Les critiques fusent de toutes parts
Si le sujet peut sembler anecdotique, la polémique est sérieuse dans un pays qui, du fait de sa responsabilité historique dans la mort de six millions de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, peine à se défaire de sa loyauté envers Israël.
Or, face à l'ampleur de la catastrophe humanitaire à Gaza, certaines lignes bougent dans le pays. Ainsi, les partenaires sociaux-démocrates (SPD) de Friedrich Merz au gouvernement s'insurgent de l'absence de l'Allemagne sur la liste des signataires. "L'Allemagne devrait se rallier à l'initiative britannique et ne pas faire cavalier seul" estime le président du groupe parlementaire SPD, Matthias Miersch. Selon ce dernier, "l'Allemagne a une responsabilité particulière envers le droit à l'existence d'Israël, mais aussi envers le respect du droit international et la protection des Palestiniens". "Cette responsabilité nous oblige, même dans les moments difficiles, à insister sur le respect du droit international humanitaire, comme nous le faisons dans d'autres conflits. Les doubles standards sapent notre crédibilité internationale", écrit-il.
Au sein de son parti, de plus en plus de voix prônent aussi une suspension des livraisons d'armes à Israël, et celle de l'accord de partenariat économique entre l'Union européenne et Israël. Deux lignes rouges, à ce stade, pour le chancelier Friedrich Merz.
Du côté des politologues les voix se multiplient également pour constater "le très fort isolement" de l'Allemagne sur ce dossier. "Friedrich Merz espère faire passer ses critiques de manière plus efficace via des contacts directs avec le gouvernement israélien. Jusqu'à présent cela n'a pas eu de succès", constate l'expert Peter Lintl, du centre SWP de Berlin. "L'Allemagne est de plus en plus isolée et va devoir penser à des actions communes avec d'autres États si rien ne change à l'avenir sur le terrain humanitaire", estime-t-il.
Une partie de la presse aussi lève le ton. Le magazine Der Spiegel critique le ministre conservateur des Affaires étrangères qui, lors d'une interview a affirmé cette semaine que l'Allemagne ne peut pas être un médiateur neutre. "Nous sommes partisans. Nous sommes du côté d'Israël", a affirmé Johann Wadephul (CDU). "C'est une déclaration troublante", estime le Spiegel. "Après près de 22 mois de guerre à Gaza, l'Allemagne n'a plus sa place aux côtés d'un gouvernement qui commet systématiquement des crimes de guerre", estime ce magazine pour qui "l'Allemagne se rend complice" de la catastrophe qui se joue dans l'enclave palestinienne.
