Des "branches d'olivier" plutôt que "des roquettes". Le principe d'une force internationale de stabilisation à Gaza est acté, mais tout reste à faire
Le Conseil de sécurité de l'Onu a approuvé la résolution portée par les États-Unis. Elle laisse ouverte l'idée d'un État palestinien indépendant, mais de façon évasive, laissant les deux camps sur leur faim.
- Publié le 18-11-2025 à 20h04
- Mis à jour le 19-11-2025 à 11h53

Attablé au Conseil de sécurité, l'ambassadeur américain auprès des Nations unies Mike Waltz a regardé avec attention les mains se lever autour de lui. Peu après minuit (heure de New York) dans la nuit de lundi à mardi, la résolution présentée par les États-Unis pour une paix durable à Gaza a remporté 13 votes pour, aucun vote contre et deux abstentions de la part de la Chine et de la Russie.
Ce texte prévoit la création d'une "Force internationale de stabilisation" dans l'enclave palestinienne, sur deux ans. Ses missions consisteraient à sécuriser les frontières, organiser la distribution de l'aide humanitaire et désarmer le Hamas au profit d'une "force de police palestinienne reconstituée" avec la collaboration de l'Égypte et d'Israël. Gaza serait dirigée jusqu'au 31 décembre 2027 par un "Comité de la paix" agissant comme une gouvernance de transition. À sa tête, le président américain Donald Trump. Après ces deux ans, les forces internationales et israéliennes se retireraient "complètement" au profit d'une Autorité palestinienne réformée.
L'indépendance palestinienne mentionnée
Dix minutes auront suffi pour le vote de ce texte souhaité "historique" par les Nations unies. Il trace, selon Mike Waltz, "une voie possible vers l'autodétermination des Palestiniens" dans un territoire où "les roquettes céderont la place aux branches d'olivier et où il sera possible de s'entendre sur un horizon politique".
La question de l'indépendance palestinienne figure noir sur blanc dans cette résolution. L'avant-dernier des 20 points du "plan Trump" en annexe prévoit en effet "l'autodétermination et la création d'un État palestinien, (reconnu) comme étant l'aspiration du peuple palestinien".
Signataire de la résolution soutenue par de nombreux pays arabes et musulmans (Qatar, Égypte, Jordanie, Arabie saoudite, Turquie, Émirats arabes unis, Pakistan, Indonésie), l'Algérie a réaffirmé son "devoir solennel d'être toujours aux côtés de la Palestine", et appelé le Conseil à prendre en compte le texte "dans son ensemble" en intégrant les interdictions émises à l'égard d'Israël. "Pas d'annexion, pas d'occupation, pas de déplacements forcés !", a martelé son ambassadeur. "Nul ne devra quitter Gaza", a abondé pour sa part l'ambassadrice grecque, presque un an après le tollé international provoqué par le projet de "Riviera du Moyen-Orient" formulé par Donald Trump, qui prévoyait le déplacement des Palestiniens de l'enclave.
Avec cette résolution, les États-Unis pourraient aujourd'hui initier une prise de distance avec Israël. "Les modifications apportées cette semaine au projet américain témoignent d'une volonté de répondre aux préoccupations des États arabes", analysait ainsi le quotidien israélien Haaretz dimanche en prévision du vote.
Quelques heures plus tard d'ailleurs, Donald Trump recevait en grande pompe le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane pour sa première visite à Washington depuis l'assassinat retentissant en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi. Il espère le convaincre de normaliser les relations avec Israël et a promis d'accéder à sa très sensible demande d'avions de combat, outre la signature d'un accord-cadre sur le nucléaire civil.
"L'idée illusoire d'un État palestinien"
Mais l'indépendance palestinienne est une épine dans le pied du gouvernement israélien. Dimanche, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avait réitéré son refus de la création d'un État palestinien indépendant : "Je lutte contre ces tentatives depuis des décennies, tant contre les pressions externes que contre les pressions internes. Je n'ai donc besoin ni du soutien, ni des tweets, ni des leçons de qui que ce soit." Un gage supplémentaire à ses ministres d'extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich qui, la veille, lui avaient demandé des garanties pour "clarifier au monde entier qu'aucun État palestinien ne sera créé".
Sur les réseaux sociaux, Amit Segal, analyste politique orienté à droite, s'est félicité d'une résolution qui "améliore la situation concernant l'idée illusoire d'un État palestinien" en refusant aux Palestiniens une gouvernance indépendante.
Un "coup dur […] à l'autodétermination palestinienne et à tout futur État palestinien viable, […] ce qui, en fin de compte, nuit également à la sécurité à long terme d'Israël et perpétue à la fois Netanyahou et le Hamas", a jugé, de son côté, l'intellectuelle de gauche Mairav Zonszein. Pour elle, le plan Trump doit au contraire s'étendre également à la Cisjordanie, aujourd'hui sujette à une violence sans précédent des colons et forces d'occupation.
Réactions palestiniennes mitigées
Côté palestinien, les réactions étaient contrastées. Peu après le vote, l'Autorité palestinienne a salué "un premier pas sur la longue route de la paix", tandis que le Hamas faisait part de sa désapprobation quant à l'instauration imposée d'un "gardiennage international" sur Gaza.
Pour Tariq Kenney-Shawa, chargé des questions politiques américaines dans le réseau international Al-Shabaka, la chose était claire : ce plan "légalise une nouvelle forme d'occupation internationale de Gaza. Il permet à Israël de se tirer d'affaire face aux accusations de génocide, de nettoyage ethnique et de crimes de guerre dont il fait l'objet", affirme-t-il depuis les États-Unis, d'où il a suivi la réunion onusienne.

