La nouvelle main tendue de Benjamin Netanyahou à un parti fondé par un ancien nazi : une "honte"
Le Premier ministre israélien a reçu ce 25 janvier un député du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ), créé par un ancien SS, aux côtés d'autres représentants de l'extrême droite européenne. Ce rapprochement s'inscrit dans sa stratégie de survie politique.
- Publié le 29-01-2026 à 06h44
- Mis à jour le 29-01-2026 à 09h30

Un portrait d'Anton Reinthaller, fondateur du parti FPÖ, ou Parti de la liberté d'Autriche, publié par le mensuel américain The Nation, décrit ainsi son curriculum : "Il a commencé comme militant nazi opposé à la Première République autrichienne après la Première Guerre mondiale, puis est devenu membre du Reichstag après l'adhésion du pays à l'Allemagne nazie en 1938."
Près de 70 ans après la fondation de ce parti d'extrême droite en Autriche, son actuel représentant au Parlement européen, Harald Vilimsky, était l'invité du Premier ministre Benjamin Netanyahou ce dimanche 25 janvier, à Jérusalem. Une réunion "historique", selon cette formation qui était ostracisée de longue date par Israël.
À ses côtés, la ministre des Transports israélienne Miri Regev, ainsi que plusieurs eurodéputés de la mouvance des Patriotes pour l'Europe – groupe parlementaire d'obédience nationaliste et souverainiste fondé en 2024 par le Premier ministre hongrois Viktor Orban et actuellement présidé par le Français Jordan Bardella.
Un revirement qui indigne en Israël
En Israël, ce revirement de l'histoire en a indigné certains, dont le commentateur politique irano-israélien Meir Javedanfar, enseignant à l'université de Reichman d'Herzliya. "Israël a été en partie fondé par les survivants de l'Holocauste nazi", a-t-il rappelé, estimant que le Premier ministre israélien se couvrait de "honte".
Ce type de visites n'est en revanche plus un tabou pour le gouvernement Netanyahou. L'an dernier, la presse internationale, dont La Libre Belgique, avait assisté à la venue de nombreux penseurs de l'extrême droite internationale à l'occasion d'une conférence sur l'antisémitisme organisée par le très droitier ministre de la Diaspora, Amichai Chikli. L'occasion de célébrer des obsessions communes : antisémitisme supposé des médias, islamisme radical… Et de viser un objectif paradoxal au vu de l'histoire : faire de l'extrême droite le principal défenseur politique du peuple juif.
Alors qu'il gouverne avec l'appui de l'extrême droite israélienne et qu'il est actuellement sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour Pénale Internationale pour "crimes de guerre" et "crime contre l'humanité", Benjamin Netanyahou et son parti, le Likoud, ne cessent de faire du pied au groupe des Patriotes pour l'Europe, dont les représentants ont largement soutenu la guerre post-7 octobre à Gaza et les opérations militaires contre les Palestiniens.
Lors de sa rencontre avec Harald Vilimsky dimanche, Benjamin Netanyahou a ainsi affirmé sur son compte X : "La civilisation judéo-chrétienne occidentale est attaquée. Il s'agit d'une action menée non seulement par l'islam radical mais aussi en collaboration avec l'extrême gauche et les islamistes, unis par une seule chose : la haine d'Israël et des Juifs."
La mue de façade de l'extrême droite
La visite de Harald Vilimsky rompt une tradition de boycott du FPÖ par l'État hébreu. En 2000, quand ce parti est entré dans le gouvernement autrichien, le pays avait ainsi rappelé son ambassadeur à Vienne en signe de désaccord. Le vent a visiblement tourné. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou – le plus droitier de l'histoire du pays – participe aujourd'hui au mouvement plus global qui tend à faire passer des partis extrémistes pour des partis traditionnels honorables.
"Le FPÖ est le bras politique des fraternités nationalistes allemandes", a rappelé ce lundi le président de la principale organisation représentant les Juifs d'Autriche, Oskar Deutsch, depuis Vienne. Rappelant que la méfiance des juifs autrichiens vis-à-vis du FPÖ demeure, il a qualifié la visite de Vilimsky d'"extrêmement préoccupante".
À l'image de plusieurs partis d'extrême droite européens, comme le Rassemblement national français, le FPÖ affirme avoir rompu avec l'idéologie néonazie de ses origines. Un ravalement qui ne paraît, là aussi, que de façade.
