Le Parlement européen durcit le ton sur l'immigration : "Une étape supplémentaire dans la déshumanisation de la politique migratoire de l'Union"
Deux textes adoptés mardi à Strasbourg par la droite et l'extrême droite établissent des listes de pays dits "sûrs", permettant d'accélérer le traitement des demandes d'asile ou de les externaliser hors des frontières européennes.
- Publié le 11-02-2026 à 08h47

Deux textes adoptés ce mardi midi en plénière du Parlement européen, à Strasbourg, durcissent fortement la politique migratoire de l'Union. Ils complètent le Pacte sur l'asile et la migration dont l'entrée en vigueur interviendra en juin prochain et définissent – au travers de rapports spécifiques – deux concepts très controversés : celui de pays d'origine sûrs et celui de pays tiers sûrs.
En juillet 2025, ces dossiers ont été attribués à deux rapporteurs la conservatrice allemande Lena Düpont (Parti populaire européen) et l'Italien Alessandro Ciriani (Conservateurs et Réformistes européens, droite radicale) – qui ont dès le départ profité d'une coopération sans précédent avec les groupes d'extrême droite. Cette alliance a donc remporté la mise lors du vote (408 voix pour, 184 voix contre et 60 abstentions).
Des listes de pays qui font polémique
Après accord officiel du Conseil, l'institution où sont représentés les États membres, seront donc désormais considérés comme pays d'origine sûrs, dont les ressortissants verront leurs demandes d'asile traitées en accéléré et fortement fragilisées, les États candidats à l'adhésion (dont la Turquie) mais aussi le Bangladesh, la Colombie, l'Égypte, l'Inde, le Kosovo, le Maroc, la Tunisie. Une liste très préoccupante aux yeux de la gauche mais aussi de nombre d'ONG de défense des droits humains. Qui rappellent, pour la Tunisie, notamment, "l'escalade des détentions arbitraires, des persécutions motivées politiquement et des restrictions des libertés" dénoncées par le Parlement européen lui-même dans une résolution de novembre dernier.
La liste des pays tiers sûrs précise quant à elle que, sur la base d'accords bilatéraux, les États membres peuvent renvoyer des demandeurs d'asile vers des pays non-membres de l'Union afin que leur demande de protection y soit examinée. Une solution déjà testée – mais bloquée pour des raisons juridiques – par l'Italie en direction de l'Albanie. Le vote de ce mardi devrait en faciliter la mise en œuvre.
Pragmatisme pour les uns, perte d'âme pour les autres
Pour les tenants de ces textes, il s'agit de pragmatisme et d'efficacité. Pour les opposants, on assiste à un abandon de valeurs fondatrices. "Il s'agit d'une étape supplémentaire dans la déshumanisation de la politique migratoire de l'Union européenne, bafouant les droits fondamentaux et la dignité des personnes", dénonce ainsi la Française Mélissa Camara du groupe des Verts.