À court de souffle, Viktor Orban n'utilise plus qu'un seul argument de campagne et s'est même emporté de façon très inhabituelle
Le Premier ministre hongrois, candidat à un 5e mandat d'affilée, peine à faire vibrer les foules comme autrefois. Son seul argument de campagne pour les élections du 12 avril : une théorie du complot pour installer un gouvernement "pro-Ukraine" en Hongrie.
- Publié le 01-04-2026 à 15h23
- Mis à jour le 01-04-2026 à 17h36

Sur les images publiées sur les réseaux sociaux, la foule semble nombreuse, compacte et enthousiaste. Il s'agit de se montrer plus fort que l'adversaire, à savoir Tisza, le parti de Péter Magyar qui entend faire chuter le Premier ministre Viktor Orban de son trône.
La réalité est moins réjouissante. Trois ou quatre cents personnes à peine s'étaient rassemblées ce mardi soir à Ócsa, une petite ville de dix mille habitants à une trentaine de kilomètres au sud de Budapest. Le temps froid et venteux a sans doute dissuadé des partisans du Fidesz de venir encourager le doyen de la politique hongroise et européenne. Peut-être également les sondages en berne.
Un meeting poussif pour Viktor Orban
Au stand des Cercles civiques numériques (DPK), une initiative de mobilisation en ligne lancée à l'automne mais qui a rapidement périclité, on ne se presse pas pour acheter les t-shirts et sweat-shirts à l'effigie du Premier ministre national-populiste. Ceux-ci affichent des slogans sans équivoque : "Celui qui est hongrois est avec nous" ou encore le très trumpien "Rendre sa grandeur à la Hongrie".
Un peu en marge, des jeunes sympathisants de Tisza sont venus jauger la foule, mais sans pancartes ni cris provocateurs qui ont ponctué les derniers rassemblements de Viktor Orban. Péter Magyar a appelé au calme après des accrochages entre ses partisans et des gros bras tout de noir vêtus.
"Je voulais voir la taille de la foule… pas bien nombreuse", constate Péter, ingénieur ferroviaire de vingt-cinq ans. Avec un débit de mitraillette, il déballe tous les griefs adressés au Premier ministre qui vient de monter sur scène : l'état des écoles, des hôpitaux et des chemins de fer, la corruption, la propagande qui a plongé une partie du pays dans une autre réalité, etc.
"Tant que je suis aux commandes, la Hongrie restera hors de la guerre", tonne la voix enrouée de Viktor Orban dans les enceintes. Et de poursuivre sur le même registre : "Cette élection qui arrive, ce n'est qu'une question d'argent. Ils veulent nous faire les poches pour envoyer notre argent en Ukraine. Le plan, c'est d'installer un gouvernement pro-ukrainien en Hongrie alors qu'on a besoin d'un gouvernement national", proclame-t-il. "On ne se laissera pas faire !" scande quelques secondes la petite foule.
"Ordures de Fidesz", répliquent quelques partisans de Tisza qui n'ont pas su se retenir malgré les consignes.
Le complot comme seul horizon
Viktor Orban a quasiment renoncé à évoquer les difficultés de la vie quotidienne auxquelles fait face la population, à commencer par la forte hausse du coût de la vie. Il préfère agiter sa théorie d'un complot des élites européennes et de l'Ukraine pour installer leur marionnette – Péter Magyar – au pouvoir. Il s'agit désormais de son seul argument de campagne, martelé ad nauseam grâce à son empire médiatique et par le biais d'une campagne d'affichage massive présentant Péter Magyar et Volodymyr Zelensky en repris de justice.

Les risques d'ingérences ne proviendraient pas de Moscou mais de Kiev, soutient Viktor Orban, alors qu'ont été diffusés mardi les contenus de discussions téléphoniques entre son ministre des Affaires étrangères Péter Szijjartó et son homologue russe, Sergueï Lavrov. Le premier apparaît aux ordres du second, qui lui demande notamment d'intervenir pour soustraire aux sanctions européennes la sœur d'un oligarque russe proche de Vladimir Poutine.
Le "moment Ceaușescu" de Viktor Orban
Avocat âgé de 54 ans, Zoltan est de tous les meetings du Fidesz et semble convaincu par cette propagande. Pour quelle raison soutient-il encore celui qui gouverne le pays depuis seize ans ? "Parce qu'il ne resterait plus que la pauvreté ici une fois notre argent envoyé en Ukraine", répond-il comme une évidence.
L'étape de Viktor Orban dans la ville de Győr quelques jours plus tôt a marqué les esprits. Chahuté par des contre-manifestants de Tisza, il a abandonné le "calme stratégique" et la "force tranquille" vantés par les slogans du Fidesz pour s'emporter de façon très inhabituelle, pointant un doigt accusateur vers les opposants. "Vous êtes du côté des Ukrainiens, vous voulez un gouvernement pro-Ukraine, qu'on prenne l'argent des Hongrois pour l'envoyer en Ukraine !"
Un moment d'énervement dont la vidéo s'est répandue comme une traînée de poudre sur Internet, d'aucuns évoquant le "moment Ceaușescu" de Viktor Orban, en référence au dictateur roumain qui était apparu désemparé face à une foule qui le conspuait, le 21 décembre 1989 à Bucarest, quelques jours avant sa chute.
"Merci de m'avoir soutenu depuis 37 ans que je suis en politique. Merci de m'avoir supporté toutes ces années, à la télé le soir dans votre canapé", lancera encore le Premier ministre, une pointe de pessimisme perceptible dans la voix, en conclusion d'un discours d'à peine trente minutes.