L'Espagne affronte son été le plus meurtrier face aux incendies : "Le vent ne souffle pas dans le bon sens"
Quelque 19 000 personnes ont été évacuées. Le gouvernement central a pris le contrôle des opérations et déclaré l'état d'urgence nationale. Le mécanisme européen de protection civile a également été activé.
- Publié le 24-07-2026 à 17h48
- Mis à jour le 24-07-2026 à 18h37

L'Espagne brûle. Le soleil brille à travers un voile de fumée sur la capitale, encerclée par les feux de forêt depuis jeudi soir. Un peu plus tôt, une épaisse colonne de fumée s'élevait depuis la petite commune de Navas del Rey, dans la région de Madrid, 47 km à l'ouest de la ville. "Ça arrive près de chez moi", s'alarmait Muath Ahmed, correspondant palestinien installé en Espagne, en envoyant des images dans un groupe WhatsApp professionnel. Il a finalement reçu un ordre d'évacuation de la zone.
Trois incendies "d'une extrême gravité" sont actifs dans la région, ont averti les autorités locales. C'est "le pire incendie" qu'ait connu la Région de Madrid, a estimé sa présidente, Isabel Díaz Ayuso, le lendemain. Il s'inscrit dans la continuité d'une dure série qui frappe le pays depuis le début de l'été.
L'Espagne est de loin le pays le plus touché de l'Union européenne. À la date du 22 juillet, plus de 130 000 hectares, sur les 300 000 recensés pour l'ensemble de l'UE, étaient partis en fumée. Depuis le début de l'été, de nouveaux incendies font les gros titres quotidiennement. Les 13 morts dans la commune de Bédar, en Andalousie, le 9 juillet, ont particulièrement choqué la population, alors que la saison s'annonce encore longue. "Un automne et un hiver particulièrement pluvieux ont provoqué la croissance de broussailles abondantes. Les températures très élevées depuis ce début d'été en ont fait un combustible qui peut prendre à la moindre étincelle", explique Jesús Miranda Paez, directeur de la chaire de Sécurité, urgences et catastrophes de l'université de Málaga.
Une saison des feux hors norme
Le dérèglement climatique y est pour beaucoup. Janvier et février ont été les plus humides depuis 47 ans. Les épisodes de chaleur extrême ont débuté précocement, avec une intensité inhabituelle. "La saison des grands incendies est de plus en plus longue et on peut attendre des feux hors des périodes habituelles. Le changement climatique donne aussi une atmosphère plus instable, qui rend le comportement des flammes plus dur et imprévisible. L'intensité des feux a augmenté entre 14 et 30 %, et ils se propagent plus rapidement", résume Victor Resco de Dios, professeur d'ingénierie forestière à l'université de Lleida.
Un phénomène qui se combine à l'abandon des zones rurales, favorisant l'accumulation sans contrôle de la végétation broussailleuse. S'y ajoute un urbanisme dont les règles protègent mal les habitants contre ce risque. Pour le Pr Resco de Dios comme pour Jesús Miranda, la société civile n'est pas suffisamment préparée à cette nouvelle réalité climatique.
Sur le terrain, l'attente et la peur
"Mon village est proche de la forêt, où il y a beaucoup d'espaces arborés. Rien que sur le terrain de ma maison, il y a une dizaine d'arbres. Donc les gens sont inquiets", explique Muath Ahmed à La Libre. Il vit depuis cinq ans à Colmenar del Arroyo, à 42 km à l'ouest de la capitale. Ses valises étaient prêtes pour un départ imminent ce vendredi, peu avant midi. "Il y a cette lumière étrange, jaunâtre-orangée, du soleil à travers la fumée. Et les cendres qui font comme des flocons de neige dans mon jardin."
Jeudi soir, le gouvernement central a pris le contrôle des opérations en déclarant l'état d'urgence d'intérêt national, sur demande de la Région. Ce vendredi, les trois foyers actifs la veille ont fusionné en un gigantesque incendie. Quelque 19 000 personnes ont été évacuées. La Commission européenne a annoncé l'envoi de quatre Canadairs de Grèce et d'Italie pour lutter contre les flammes à Madrid, dans le cadre du mécanisme européen de protection civile.
"J'en ai couvert des feux depuis que je suis en Espagne, mais c'est différent quand ça te touche toi", raconte Muath Ahmed. Il sait que le sens du vent déterminera la suite des événements pour lui. Et le vent souffle fort. "J'ai vécu en Palestine, je ne panique pas devant le danger. Mais ça me ferait beaucoup de peine que le village et la forêt brûlent. J'aime la proximité avec la nature ici. Je dors avec le son des vaches. Et puis, il y a tous les souvenirs des enfants."
"Le vent ne souffle pas dans le bon sens", indique-t-il encore avant de mettre fin à la conversation. L'ordre officiel tombe à peine 20 minutes plus tard : "Évacuation immédiate".